vendredi 15 juin 2018

Pochoir : Liberté pour l'anarchiste ALEXANDR KOLTCHENKO


Anarchistes radicaux en Biélorussie, Ukraine et Russie, 2008-2017

Vidéo :
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En Russie, les anarchistes radicaux ont déjà été vaincus à la fin des années 1990 (avec l’affaire NRA). Le dernier combattant clandestin, Ilya Romanov, a été arrêté en 2002 en Ukraine et condamné à 10 ans de prison [après être sorti de taule, le compagnon a été arrêté à nouveau le 23 octobre 2013 à Nizhnii Novgorod, en Russie, lorsque la bombe qu’il s’apprêtait à poser contre un bâtiment militaire lui a explosé à la main. Amputé, il est actuellement en train de purger une autre peine de prison; NdAtt.]. Mais est-ce que les anarchistes ont perdu leur esprit combatif ? Dix ans plus tard, une nouvelle génération de révolutionnaires est arrivée, qui voulait plus que des manifs et de l’antifascisme.
L’équipe d’Anarchy Today  a préparé une petite vidéo [ici; NdAtt.]à propos des différentes attaques menées par des anarchistes en Biélorussie, Ukraine et Russie (BUR), depuis 2008 jusqu’à 2017. Par « attaque » nous entendons la destruction ou l’endommagement de la propriété de l’ennemi – bâtiments, locaux, voitures, matériel de construction, objets, etc.

Il est vrai que les anarchistes insurrectionalistes dans la dénommée BUR ont toujours préféré les attaques incendiaires avec des cocktails Molotov. Comme ils disent, une guérilla n’a besoin que d’essence et d’une bouteille. Des engins explosifs artisanaux ont parfois été utilisés.
Il faut remarquer que durant cette période il y a eu dix fois plus d’attaques que ce qui est montré dans la vidéo. En réalité, il y a eu des centaines d’attaques, pour la plupart en Russie. Le fait est que de nombreuses attaques n’ont pas été filmées du tout. Certains anarchistes n’ont jamais revendiqué ou ont donné une fausse adresse du lieu, parfois même un autre pays. Par exemple, il n’y a pas de vidéo d’anarchistes faisant exploser des voitures de police ou jetant des engins incendiaires dans des concessionnaires de voitures de luxe ou posant des engins explosifs artisanaux devant des locaux de la police ou des bâtiments administratifs. On peut simplement lire à ce propos de courts compte-rendus sur certains sites anarchistes (Black BlogFrom Russia With Love, Center of Study of Anarchists…) et dans le livre Other generation. Il y a eu davantage de superbes et courageuses attaques que ce que l’on imagine.
Comme on le sait, le premier incendie visant des flics, à Moscou, par la nouvelle génération de militants anarchistes (ce n’est pas correct de les appeler insurrectionalistes) a eu lieu dans la nuit du 19 au 20 février 2009. Le lendemain, le groupe People’s Revenge a publié sur le Net une vidéo où l’on voit des personnes qui lancent des cocktails Molotov sur des voitures de police. People’s Revenge a déclaré que deux voitures ont été détruites et ont fait appel à « toute personne décente… de se lever et combattre l’arbitraire et le despotisme de la police, des services de renseignement et de la bureaucratie ». La période des incendies et des explosions a ainsi commencé…
La première attaque sérieuse des anarchistes de Minsk a été l’incendie de la porte d’entrée de la banque de Biélorussie, le 1er mai 2010. Avant cela, il y avait seulement eu des incendies de panneaux d’affichage et des manifs sauvages symboliques.
En Biélorussie, les anarchistes n’ont pas réussi à développer une stratégie d’attaques. Lors de l’automne 2010 déjà, les autorités publiques ont lancé une grosse offensive répressive. Deux structures se sont occupées des anarchistes : la Direction centrale de lutte contre le crime organisé et la corruption (GUBOPiK) et le Comité de sécurité de l’État (KGB). Les flics ne plaisantaient pas. De nombreux anarchistes radicaux ont été arrêtés. Certains d’entre eux se sont vendus, d’autres sont restés dignes, chose pour laquelle ils ont été envoyés en taule (à ce jour tout le monde est libre). La propagande d’État a même fait un film de cela : Anarchy. Direct Action (2011).
En Russie, la situation était bien meilleure. Cela est du notamment à l’immensité du pays et en particulier de la métropole de Moscou, où la plupart des attaques ont eu lieu. Il faut aussi noter que ce qui est une attaque terroriste pour le régime de Lukashenko [le dictateur Biélorusse ; NdAtt.], pour Poutine c’est simplement du vandalisme. Après tout, Moscou a à maintes reprises fait l’expérience de vraie, sanguinaires, attaques terroristes, menées par des militants islamistes ou nationalistes. Aucun incendie ou aucune attaque à la bombe mené par des anarchistes ne peut être comparé à ces derniers.
Par conséquent, les autorités publiques russes ne se sont pas vraiment occupés des anarchistes. Il y a eu de nombreuses arrestations, mais aucune de manière spécifique pour incendie et personne n’a été condamné à de la prison.
Puis, après 2012, l’activité subversive a décliné. Certes, les flics des Services de Sécurité de la fédération Russe (FSB [l’héritier du KGB soviétique, tout comme l’homonyme biélorusse ; NdAtt.]) ont joue un rôle important là-dedans. Ils ont réussi à faire en sorte que des personnes abandonnent toute tentative destructrice. Certaines personnes ont même dû fuir l’État policier russe.
Sur le site Karalupa (connu aussi comme Centre d’études anarchistes), on peut lire des compte-rendus de ce qu’on fait les réseaux clandestins anarchistes en 2010, 2011, 2012, 2013.
En général, le réseau clandestin anarchiste n’a pas été vaincu. Il vit et se développe.
Notre idée principale est que l’anarchisme ouvert et pacifique n’a pas d’avenir! Nous savons une chose : la lutte contre l’État et le capitalisme se doit d’inclure un large éventail d’actions – en partant de celles pacifiques à celles militantes, de celles créatrices à celles destructrices.
La période 2009-2012 a été le sommet de la résistance anarchiste dans l’histoire du BUR post-soviétique. Presque chaque jour, notamment dans la région de Moscou, il y avait quelque chose qui se passait, de jour ou de nuit. Les médias ont commencé à s’intéresser au milieu clandestin anarchiste et ont cherché des entretiens. En 2011, le quotidien Gazeta a publié le premier entretien avec ces rebelles.
Les sites anarchistes qui couvraient de telles activités, soit ont été fermés, soit ne sont plus mis à jour. Black Blog, la voix de la guérilla anarchiste, est silencieux depuis 2015. Les actions tendent à être oubliées, les compte-rendus perdus, les vidéos sont supprimées. Rien n’est éternel. Mais nous voudrions rappeler et rafraîchir encore la mémoire de ces années. Nous portons haut ces traditions et toutes les actions militantes menées par nos compagnons au cours de ces dernières années. Avec cette vidéo nous voulons présenter aux nouveaux venus cette histoire et faire plaisir aux vieux combattants qui ne se sont pas encore retirés.
Bonne chance. Ne vous faites pas choper par les flics.
La résistance militante anarchiste continue !
Janvier 2018
 

jeudi 14 juin 2018

Russie : Affaire « Réseau » – Arrestation d’anarchistes


Automne 2017. L’État russe participe activement à la guerre en Syrie. Ses relations internationales sont réduites à néant après l’annexion de la Crimée, les interventions militaires et les menaces. La société civile se rappelle de l’assassinat de l’important politicien d’opposition Nemtsov. Des centaines d’exilés politiques et des dizaines de prisonniers politiques. Les sanctions commerciales à l’importation et la chute des prix de l’énergie sont en train de dévaster l’économie. Des protestations de masse contre la corruption et la grève des transporteurs de fret, la guérilla islamiste dans le sud – voilà la situation de la Russie. En quelques mois, il y aura les élections présidentielles [elle ont eu lieu le 18 mars 2018 et ont été gagnée, sans surprise, par le tsar Poutine ; NdAtt.].
Courant octobre, des rumeurs courent à propos de nombreux anarchistes arrêtés à Penza [grosse ville à 600 km au sud-est de Moscou ; NdAtt.]. Mais aucune information n’est disponible sur internet. C’est difficile d’avoir des nouvelles. Même le nombre des personnes détenues n’est pas connu. Seuls quelques fragments de fuites d’infos font état du fait que la section anti-terroriste du FSB (les services secrets) a pris part aux arrestations. Cela est difficile à croire, puisqu’il n’y a pas eu d’actions radicales à Penza depuis de nombreuses années. Il paraît que ces rumeurs ne sont pas fiables, exagérés.
Tout à coup, dans les milieux anarchistes arrivent des nouvelles de l’un des arrêtés. Il demande à tous.te.s celleux qu’il connaît de s’enfuir et assure que « le FSB possède des méthodes efficaces ». Les camarades qui s’attendaient au pire se sont mis au vert à l’avance.

Pendant trois mois, l’affaire a été couverte de zones d’ombre, jusqu’à ce qu’une nouvelle vague d’arrestations débute. A Saint-Pétersbourg, Victor Filinkov, Igor Shishkin et Julian Boyarshin ont été emprisonnés. Ilya Kapustin également, un collègue de travail de l’un des arrêtés, a été incarcéré. Après l’interrogatoire, il a été relâché. Il a parlé des tortures et est parti en Finlande, où il a demandé l’asile politique. A ce moment-là, les nouvelles sur l’affaire s’est largement répandues et des détails sont ressortis, notamment à propos des tortures.
Aksenova Alexandra, la femme de Filinkov, a, elle aussi, demandé l’asile politique en Finlande. Les enquêteurs la considèrent comme une idéologue du « Réseau » [« сеть » en russe : en anglais, le mot est traduit par « network »; NdAtt] et disent qu’elle aurait eu un entraînement militaire en Ukraine.

Clandestin

Selon le FSB, les personnes arrêtées appartiennent à l’organisation anarchiste clandestine « Réseau », qui se composerait de plusieurs groupes autonomes. Les buts du « Réseau » seraient la radicalisation des gens durant des protestations de masse, des attaques contre des autorités publiques lors les élections présidentielles et la Coupe du monde de football, l’élimination physique des chefs des administrations locales, de chefs de « Russie unie » [le parti de Poutine ; NdAtt.] et des chef de filiales d’agences des affaires internes, et le renversement de l’ordre constitutionnel.
La seule chose certaine est que les anarchistes ont suivi des entraînements militaires dans la forêt. Celleux qui y ont participé y ont appris des tactiques d’affrontements, la pyrotechnie, des techniques de survie, de premier secours. Le vidéo de cet entraînement est à disposition du FSB. Toutefois, il n’y a aucune preuve concernant la commission d’action directes et les personnes emprisonnées ne sont même pas accusées d’en avoir réalisées.

Chronologie des arrestations

En octobre-novembre 2017, des membres supposés du groupe local du « Réseau » ont été arrêtés à Penza :
Egor Zorin
Ilya Shakursky
Vasily Kuksov
Dmitry Pchelintsev
Andrey Chernov
Arman Sagynbaev
d’âges compris entre 21 et 27 ans.
Selon le dossier, deux autres membres du groupe « 5.11 », de Penza, ont réussi à s’enfuir. Pendant les perquisitions dans des appartements et des voitures, les agents du FSB ont saisi des pistolets, des grenades, des la poudre noire et du matériel pouvant servir à confectionner des explosifs. Les arrestations n’ont pas eu lieu toutes au même moment, mais ont été effectuées pendant deux semaines. Cependant, peu de monde en a profité pour s’échapper.
Toujours selon le même dossier des enquêteurs, Filinkov et Shishkin, incarcérés à la fin janvier 2018, étaient des membres de deux groupes de Saint-Pétersbourg, respectivement «Champs de Mars » et « Jordan ». Quant à savoir à quel groupe ils rattachent Boyarshin, ça reste un mystère. En plus des trois arrêtés, le FSB pense qu’il y a au moins 8 autres membres des groupes de Saint-Pétersbourg. De plus, deux autres personnes sont nommées en relation avec le groupe « MSK », de Moscou. Le FSB a aussi parlé de l’existence d’une branche du « Réseau » en Biélorussie. Plus tard, le KGB [les services secrets biélorusses ; NdAtt.] a arrêté un anarchiste biélorusse, mais pour l’instant on ne sait pas si cela est en lien avec « l’affaire Réseau » ou pas.

Témoignages

Les preuves principales sont les témoignages des personnes arrêtées. Malheureusement, parmi les neuf personnes arrêtées, seuls Vasily Kuksov et Julian Boyiarshin ont refusé de parler. Tous les autres ont donné des témoignages sur eux-mêmes et leurs camarades.
« Un homme masqué est entré, il avait un mouchoir couvert de sang dans sa main, c’est quand j’ai entendu le nom de Kuksov. C’est là que j’ai compris ce qu’étaient ces gémissements venant de l’autre pièce. » (Shakursky)
Les agents du FSB ont tout de suite fait recours, en plus des tabassages classiques, à la torture avec des décharges électriques, mais dans certains cas ils ont utilisé des électrodes.
« Ils m’ont bandé les yeux et m’ont mis une chaussette dans la bouche. Ensuite, une sorte de fils métalliques a été attaché à mes orteils et j’ai ressenti la première décharge de courant et je n’ai pas pu m’empêcher de gémir et de trembler. Ils ont répété ce processus jusqu’à ce que je promette de dire ce qu’ils allaient me dire de dire. Depuis lors, j’ai oublié le mot « non » et j’ai dit tout ce que les flics m’ont dit de dire ». (Shakursky)
Les choques électriques ont été appliqués des dizaines de fois partout sur le corps, y compris les zones génitales.
« Il alternait des coups sur la jambe avec des décharges électriques dans les menottes. Parfois il frappait dans le dos ou le cou… J’ai capitulé presque immédiatement, après les dix premières minutes. J’ai ciré : « Dites-moi quoi dire, je dirais tout ce que vous voulez ! » mais la violence ne s’arrêtait pas ». (Filinkov)
Il est important de remarquer que les flics ont utilisé la torture aussi après que les personnes arrêtées ont été visitées par la Commission de supervision publique (PMC) [une commission étatique censée contrôler le respect des droits humains en prison ; NdAtt.]. Pendant la visite à Filinkov, les contrôleurs des droits humains ont trouvé des traces récentes de coups, ecchymoses, traces de brûlure par électrocution. Mais cela n’a pas arrêté les tortures.
Les agents des services secrets les ont forcés à apprendre les « témoignages » qu’ils voulaient entendre, les mauvaises réponses portant de nouveaux coups. Ils ont distribué les rôles eux-mêmes et sélectionné les faits de manière aléatoire, les modifiant à plusieurs reprises.
« On m’a posé des questions, si je ne connaissais pas les réponses j’étais frappé, si ma réponse ne coïncidait pas avec leurs expectatives j’étais frappé, si je prenais du temps pour y penser ou pour formuler la réponse j’étais frappé, si j’oubliais ce qu’ils avaient dit j’étais frappé ». (Filinkov)
« Quelque fois, les enquêteurs ont amené les feuilles avec mon « témoignage » en dehors de la pièce. Il devenait évident que toute cette histoire, fabriquée par le FSB, a des commanditaires qui s’assurent que rien ne sorte du cadre général »
Il n’y a pas uniquement les accusés qui ont été torturés, mais aussi les témoins. Les agents ont pris Ilya Kaputsin, un collègue de travail de Shishkin.
« Je veux présenter mes plus profondes excuses aux personnes qui ont été touchées par mon problème, excusez-moi, les gars ! » (Shishkin).
« Quand je ne connaissais pas la réponse à une question, par exemple quand je ne comprenais pas de qui ou de quoi j’étais en train de parler, ils me frappaient avec des décharges électriques dans la zone de l’aine ou sur le côté de l’estomac. J’étais frappé par une décharge électrique pour que je dise que cet ami ou tel autre serait en train de préparer quelque chose de dangereux ». (Kapustin)
Pchelintsev Dmitry a été pendu la tête en bas avec une dynamo attachée à ses doigts. Ils m’ont mis dans un tel état qu’« ils touchaient mon cou et vérifiaient que je n’étais pas en train de mourir…». Plus tard, Dmitry a dénoncé les tortures, grâce à un avocat. Après, il a été de nouveau torturé et il a été prévenu que s’il « y restait », les agents auraient mis en scène son suicide et montré une vidéo à ses proches.
Andrei Chernov, en plus de la torture, a aussi été menacé du fait que son frère allait aussi être emprisonné.
Boyarshin a été tabassé après avoir été incarcéré pour avoir refusé de parler. Plus tard, il a été transféré dans le centre de détention « Gorelovo », où il a été durement tabassé dans sa cellule par des prisonniers qui collaborent avec l’AP. Cette prison est connue pour ses mauvaises conditions : les prisonniers y sont tabassés, violés, torturés et les autorités publiques en ont connaissance. Le processus de torture est contrôlé par des agents du FSB. Ils sont venus à nouveau pour demander à Julian de témoigner, mais pour le moment il reste fort.

La solidarité sous le coup de la répression

Le FSB ne s’est pas limité aux figurants de l’ « affaire Réseau ». De façon inattendue, il a commencé à faire arrêter les critiques et aussi la solidarité avec les arrêtés. Le premier coup a été porté aux activistes des droits de l’homme qui ont fait des déclarations critiques. Dinar Idrisov, qui a dit qu’avant les élections présidentielles il allait y avoir le « balayage programmé » de personnes fichées par le Centre « Extrémisme » (une autre agence publique de sécurité), a été tabassé devant chez lui. D’autres journalistes qui ont couvert des actions de solidarité ont été perquisitionnés.
Le FSB a interrogé l’anarchiste Sofiko Arifjanova ; ils voulaient qu’elle témoigne sur le fait que les anarchistes soutiennent le mouvement Artpodgotovka (« Bombardement d’artillerie») du nationaliste Maltsev [Vyacheslav Maltsev, politicien nationaliste et bloggueur russe qui avait appelé à une « révolution » contre Poutine pour le 5 novembre 2017, anniversaire de la révolution d’Octobre ; des centaines de manifestants convenus ont été interpellés – et Artpodgotovka déclaré illégal ; NdAtt.], dont les militants ont été massivement incarcérés en novembre 2017. Peu avant les arrestations, Maltsev s’est tout à coup déclaré lui-même anarchiste, ce qui peut difficilement être une coïncidence.
En janvier 2018, des anarchistes de Moscou ont mené des actions de solidarité dans la rue, y compris le fait de briser la fenêtre du bureau du parti « Russie unie » et jeter à l’intérieur des feux d’artifice. Quelques jours après, les forces spéciales ont débarqué dans les appartements d’Elena Gorban et d’Alexei Kobaidze, qui ont été interpellé.e.s et amené.e.s au commissariat pour y être interrogé.e.s.
En février 2018, il y a eu une action de solidarité à Cheliabinsk [à l’est de l’Oural, à 1500 km de Moscou ; NdAtt.] : une banderole avec le slogan « FSB – les plus grands terroristes » a été posée devant les locaux du FSB. Quelques jours plus tard, les forces spéciales de la police ont arrêté l’anarchiste Dmitry Tsibukovsky, directement à l’usine où il travaillait. Trois autres personnes ont également été interpellées. Tsibukovsky et Maxim Anfalov ont été tabassés et torturés avec des décharges électriques. Ils ont été forcés de se déclarer coupables de l’action et de témoigner là-dessus.
« Ils frappaient avec un shocker électrique sur la poitrine, sur les jambes, sur les mains – ça sentait comme s’ils y mettaient quelque chose de très chaud. La chose la plus désagréable était quand ils frappaient sur les menottes, c’était très douloureux et puisque je tremblais, cela faisait mal aussi à cause de la compression des menottes. Les coups les plus douloureux étaient ceux portés sur les mains – ils me disaient de tenir le shocker à deux mains et l’allumaient. C’était très douloureux. » (Anfalov)
« Puisque je n’ai rien déclaré pendant un long moment, le flic m’a appliqué un shocker électrique. Il m’a infligé au moins cinq décharges sur les jambes, dans les cuisses. Après chaque décharge, il me demandait si j’avais décidé quoi dire. La douleur due au courant électrique était insupportable et j’ai décidé « d’avouer», de donner le témoignage dont le flics avaient besoin pour m’enfermer, moi et les autres. Pour moi, en ce moment, c’était important de sortir vivant de cette situation. Pendant l’interrogatoire, le flic a écrit le témoignage lui-même et il me l’a tendu pour que je le signe ». (Tsibukovsky)
Anastasia Safonova n’a pas été torturée, mais a été obligée d’écouter les tortures subies par Tsibukovsky, son copain.
« Pendant l’interrogatoire, ils m’ont donné la possibilité de parler avec Safonova à travers le téléphone interne. Safonova était enfermée dans le bureau d’à côté. On m’avait dit que je devais la convaincre de confirmer mon témoignage et qu’ainsi ils nous mettraient ensemble. » (Tsibukovsky)
Les flics se sont moqués de Dimitry Semenov, l’obligeant à rester pendant longtemps dans une position mi-accroupie.
« Ils ont amené une sorte d’objet, ils m’ont dit que c’était une sorte de shocker électrique, ils m’ont attaché à une chaise et m’ont dit que c’était ma dernière possibilité d’écrire une confession, mais je ne l’ai pas écrite. » (Semenov)
Il a été sauvé de la torture par un avocat, qui est arrivé rapidement.
En février, l’anarchiste Yevgeny Karakashev a été arrêté à Yevpatoria, en Crimée. Il a été accusé d’incitation à la haine et d’appel public au terrorisme. La base de ces accusations était une vidéo des « Partisans de Prymorie », un groupe de combat de l’extrême-orient russe, qui a été actif en 2010.
Début mars, à Sébastopol (Crimée), des membres des structures répressives ont débarqué dans la maison de l’anarchiste Alexei Shestakov pour une perquisition. Ils lui ont mis un sachet plastique sur la tête et l’ont amené dans la camionnette, où il a été jeté a terre.
« J’ai perdu mes chaussures – ils avaient enlevé les lacets. Ils ont serré le sachet sur ma tête, l’air est sorti et j’ai commencé à suffoquer. J’ai essayé de respirer, ils ont de nouveau serré. Dix ou vingt minutes se sont écoulées. A ce moment-là, ils ont levé mes bras derrière mon dos, tirant sur les menottes, les tordant. Ils m’ont dit « Crie : je suis un animal ! ». J’ai crié. Ils ont laissé mes bras. Ils ont pris mon pouce et commencé à le tordre, lentement. Maintenant il est cassé. Quand ça allait vraiment mal, ils demandaient :  « Ça ne te plaît pas, ici ? » » (Shestakov).
Shestakov a été condamné à 11 jours de détention pour avoir publié des chansons interdites sur des réseaux sociaux. Après, il est parti en Ukraine.
En mars, plusieurs personnes ont été arrêtées à Moscou, l’anarchiste Svyatoslav Rechkalov et son colocataire et aussi plusieurs personnes de gauche qui ont été relâchées par la suite.
« Ma main et celle de mon coloc’ ont été attachées ensemble, derrière nos dos, puis ils nous ont couvert les yeux avec du ruban adhésif noir et nous ont placés dans le coffre d’un micro-van. Ils m’ont dit que c’est une erreur d’agir comme un criminel dans la lutte contre le crime. Qu’il faut coopérer avec les autorités publiques et s’engager dans des activité socialement utiles. Un d’eux a dit, avec un ricanement : « Bon, je pense qu’un révolutionnaire si déterminé dans ses idées supportera toute douleur ». Deux autres ont commencé à me frapper. Les coups n’étaient pas forts, mais la force des décharges électriques augmentait jusqu’à devenir assez douloureuse. Quelqu’un de l’extérieur m’a attrapé par le pantalon, ils ont commencé à tirer et crier qu’ils n’y seraient pas allés de main morte. J’ai dit ensuite que j’étais prêt à parler [il a témoigné contre soi-même, mais pas contre d’autres personnes] » (Rechkalov)

La couverture de l’affaire en Russie

De nombreux anarchistes ou journalistes russes interprètent cette affaire à leur manière. Les anarchistes arrêtés sont appelés avec des définitions amorphes « d’antifascistes » ou « activistes de gauche », niant complètement l’existence d’un mouvement anarchiste, au-delà des fantaisies du FSB. Quel est le but d’un tel comportement ?
Tout d’abord, le désir d’influencer la société civile proche de l’opposition, de façon que cette affaire puisse avoir la plus grande résonance et sympathie, ainsi que de trouver l’argent pour les avocats. Le but a été atteint, la répression est largement documentée, les activistes des droits de l’homme ont rejoint la campagne de solidarité.
Évidemment, lors du procès, quelques unes des personnes arrêtées récuseront les accusations et certains activistes supposent que l’opinion publique aidera à obtenir des sentences plus légères… Les familles des compagnons veulent y croire, ils ne peuvent pas encore accepter l’inévitable.
Mais est-ce qu’on peut vraiment y croire ? Est-ce que la faveur de l’opinion publique a évité la condamnation des Pussy Riot ? A-t-elle protégé les manifestants condamnés en 2012 ? A-t-elle aidé Dmitry Buchenkov [anarchiste, arrêté le 2 décembre 2015 car accusé d’avoir participé aux heurts entre la police et les manifestants à Moscou, en mai 2012, lors des protestations qui ont suivi la réélection de Poutine ; NdAtt.] à éviter des accusations évidemment fausses ? Dans un ou deux ans, la société civile aura oublié les prisonniers, et tout ce qui leur restera sera quelques proches et leur propre conviction, pour leur éviter de sombrer dans l’abîme d’années de désespoir. Compter sur l’opinion publique en tant que levier de pression sur l’autorité russe, sourde, est une illusion dangereuse.
Il est impossible de ne pas comprendre que nos compagnons seront emprisonnés de façon exemplaire et cruelle. La réalité objective ne changera pas par le fait que des personnes veulent aider les prisonniers de cette manière ou s’auto-persuader de l’inexistence du « réseau ». Et la majorité des anarchistes, ainsi que le FSB, savent que le mouvement clandestin anarchiste n’est pas une fiction.
Jusqu’à présent, les anarchistes ont perdu leur identité à cause de leur propre retenue. Cela génère la fausse impression que le FSB a attrapé des activistes de gauche au hasard, qui se limitaient à jouer à l’airsoft et partageaient des vagues vues « antifascistes ». Le mot « anarchistes », en référence aux compagnons, apparaît de moins en moins dans les médias du pouvoir, nous sommes perdu dans un « antifascisme » anonyme. Les anarchistes apparaissent comme les victimes de la terreur d’État, n’ayant aucune volonté de combattre le système, ce qui devrait pourtant être ce qui les caractérise. On doit payer le prix de l’impersonnalité quand on veut obtenir la sympathie de la majorité.
Et au fait, la majorité ? Avec le durcissement du régime, la désillusion de la population quant aux méthodes de lutte libérales et légales grandit. L’affrontement direct avec les autorités publiques gagne de plus en plus de sympathies. La Russie a déjà traversé un moment semblable, au début du 20ème siècle, quand les révolutionnaires jouissaient d’une large sympathie dans la société.
Les anarchistes ne doivent pas avoir honte d’eux-mêmes. Nous pouvons, à la rigueur, nier toute « culpabilité » au tribunal. Cependant, un anarchiste qui récuse les accusations, ne doit pas laisser tomber son identité, ses idées. Personne ne pourrait condamner les faits contestés : il n’y a rien de honteux dans des attaques contre l’autorité, dont on devrait être embarrassés ou qu’on devrait éviter. C’est cela que les autorités publiques désirent le plus : que pour quelques chances illusoires dans la court d’un tribunal, les anarchistes eux-mêmes dénoncent les méthodes radicales. Tout ce que les compagnons détenus peuvent faire c’est de rompre l’arrangement de la repentance et du déni de soi mis au point par le FSB, afin de passer le procès qui viendra avec dignité. C’est à cela que nous tous devons contribuer.

La couverture de l’affaire à l’étranger

Nous ne savons pas si cela a été fait de façon intentionnelle ou pas, mais le mouvement anarchiste international s’est fait induire en erreur. Par exemple Crimethinc répète la version droit-de-l’hommiste, selon laquelle le FSB « a utilisé la torture pour les obliger à signer de fausses déclarations par lesquelles ils admettent de participer à un réseau terroriste bien évidemment inventé ».
Le 20 avril, la télé russe a montré une vidéo de propagande sur l’affaire, qui contient aussi la vidéo d’un entraînement militaire, qui ne ressemble pas du tout à de l’air soft.
Un telle approche, comme celle de remplacer la réalité par une interprétation arbitraire (quoique avec de meilleurs intentions) détruit la confiance à l’intérieur du mouvement. Si on ne peut pas dire la vérité, qu’on garde le silence, mais qu’on ne mente pas.
La vérité est que les personnes arrêtées sont des anarchistes ou des personnes qui se considèrent d’abord antifa ; il n’y a pas d’antifas non-anarchistes parmi eux. En outre, le FSB n’est pas en train de taper au hasard, mais il vise les anarchistes appartenant à un certain courant social-révolutionnaire.
Cependant, cela signifie-t-il qu’il n’y a pas de falsification ? Bien sûr que non.

Falsifications

Évidemment, les instructions internes adressées au FSB ont laissé aux flics la possibilité de recourir à leur gré à un certain panel de torture, le but principal étant d’atteindre le résultat voulu. Auparavant, le fait que les tortures aient été rendues publique les a, en général, fait arrêter. Les flics de base ont préféré ne pas prendre de risques. Maintenant, la publicité de ces faits ne les dérange plus et les flics affichent impertinemment leur pouvoir sans limites.
Selon les compagnons, les flics sont en train de suivre des pistes délirantes, comme celle des financements venant de l’Iran ou des liens avec le mouvement nationaliste  Artpodgotovka . les flics surestiment donc de manière voulue l’importance de l’organisation anarchiste clandestine. Avec de telles méthodes d’investigation, personne peut dire de manière sûre où est la vérité et où se trouve la fiction. Des telles méthodes permettent de créer des affaires complètement bidons, comme cela a été le cas pendant longtemps pour ce qui concerne les immigrés.
De telles falsifications rappellent les bien connues pratiques des tribunaux de Staline. Dans les années 30, la violence à l’encontre des personnes arrêtées grandissait d’une année à l’autre, jusqu’à atteindre le niveau de tortures médiévales sophistiquées. Des antifascistes européens qui avaient été interrogés par la Gestapo et ont par la suite été arrêtés par la NKVD (l’ancêtre du KGB) dans l’Union Soviétique ont témoigné de l’emprunt évident de l’arsenal des techniques de torture aux nazis. En même temps, il y avait un niveau grandissant de falsification des investigations, jusqu’à celles complètement inventées, au hasard des personnes qui étaient jugées.
Il n’y a pas de garanties : à savoir si les personnes arrêtées n’ont rien à voir avec l’affaire, si les armes ont été mises là [pour être trouvées par les flics ; NdAtt.] et lesquelles, si les buts de l’organisation ne sont pas fictifs. Avec de telles méthodes d’investigation, les falsifications cessent de différer de la réalité : sous torture, presque tout le monde fournira les témoignages demandés.

Conclusions

Un des buts de la torture était son aspect démonstratif. L’ordre à ce propos est arrivé d’en haut, ça n’a pas été simplement une méthode pour mettre des gens hors-jeu ou pour fabriquer des témoignages. Le FSB voulait convaincre les anarchistes et les mouvements anti-régime que même un comportement loyal collaboratif avec les forces répressives] après l’arrestation ne garantirait pas le fait d’échapper à la torture. Ces tortures sont prophylactiques et ont le but d’intimider.
Le gouvernement russe, comme tout régime autoritaire, ne peut pas exister sans l’image de l’ennemi, extérieur ou intérieur. Mais les gens, depuis l’époque de l’Union soviétique, ont été habitués à l’éternelle « menace venant de l’Ouest » avec ses espions. Par conséquent, la société est de plus en plus poussée vers le massacre brutal des « ennemis publiques». Pour parvenir à cette fin, le sujet de l’extrémisme est activement promu et de nouveaux « ennemis » sont détruits.
Maintenant c’est au tour des anarchistes de jouer le rôle de l’ « ennemi ». Cela est manifeste depuis plusieurs années, depuis que la répression a commencé à créer de fausses affaires « extrémisme ». Le FSB se fout des actions radicales réelles, maintenant les personnes sont sélectionnées simplement pour leurs intentions, pour leur idéologie. Dans la Russie moderne, être appelé un anarchiste révolutionnaire est devenu un crime. Nous sommes revenu aux temps du tsarisme.
La Russie se dirige vers le fascisme, le pire est devant nous.

lundi 11 juin 2018

Notre-Dame-Des-Landes : Journal de guerre avril/mai 2018

Soudain, sifflement, explosion : la guerre. La guerre maintenant, le choix du mot — pourquoi parler de « guerre » ?


« Tout bonheur sur terre mes amis, est donné par la lutte ! Oui pour devenir amis, il faut la fumée de la poudre ! En toutes choses les amis ne font qu’un : Frère face à la misère ; égaux face à l’ennemi ; Libres face à la mort. »


Nietzsche en K-way

En avril et mai 2018, je faisais parti des brigades internationales venues défendre la ZAD des expulsions, et plus particulièrement des milices urbaines issues du mouvement social contre la loi Travail de 2016. Ne soyez pas choqués de l’emploi des mots, nous nous expliquerons. Je voudrais ici témoigner de ce que nous aimerions vous convaincre d’appeler une guerre. Pour raconter cette histoire, nous naviguerons entre la fiction et la réalité. Nous pensons que le réel doit être fictionné pour être pensé et que l’histoire ne s’écrit pas avec des faits mais avec des histoires. Nous traverserons ces histoires, pas celles des grands hommes ou des manuels scolaires mais celles des hommes. Cela ne veut pas dire que ce que nous dirons est faux, mais que pour combler le fossé de l’expérience qui nous sépare, pour comprendre le réel, nous construirons un imaginaire.
Le récipient de ces images est un journal, car nous ne saurions écrire sans subjectivité. Non pas un journal objectif, mais bien un journal de bord. Un Moleskine volé à Gibert Joseph, sûrement le même que Hemingway tenait dans ses grosses mains pendant la guerre d’Espagne — tenez, vous le voyez, le fantasme (la fiction) est déjà-là — un petit carnet de note, qui tient dans une poche — voilà l’utilité — qui peut être amené sur le champ de bataille (la réalité). Une accalmie ! L’ennemi tient ses positions, et les guerriers se transforment en témoins. Derrière une barricade, untel griffonne rageusement sur un bout de papier, un autre, perché sur un arbre, dessine au fusain. Son regard se tourne vers le ciel, inquiet. Soudain, sifflement, explosion : la guerre. La guerre maintenant, le choix du mot — pourquoi parler de « guerre » ?

Guerre et paix

La paix est un vieux mensonge qui dure depuis 1945, il dit : « la guerre est un privilège réservé aux États civilisés se massacrant entre eux ». Il y aurait de quoi remplir plusieurs romans de Tolstoï (et certains le font !) sur l’histoire d’amour entre la France et la guerre. Le discours historique officiel dit : « la guerre est un fléau et un joyau de l’humanité ». Elle est gloire et beauté mais surtout elle est terminée. Statues momifiées dans les squares, uniformes démodés, jouets en plastiques et musées. La guerre, ce fauve indomptable, se serait écrasée contre le temps ? Ne serait-elle pas plutôt un monstre, caché sous le lit des français ? Et au capitalisme de leur faire peur : « soyez sage, ou nous le feront revenir ». L’image (gracieusement offerte par la gendarmerie) d’un blindé traversant une barricade en feu n’est-elle pas l’exacte expression de cet odieux chantage ?
Il y a une autre version, elle dit : « la guerre a parcouru son chemin au-delà de la paix ». Si l’on regarde de près les mots comme « pacification » ou « évènements » on peut la reconnaitre, roulant de la « décolonisation » aux « interventions extérieures », de l’Algérie au Mali. Soudainement, tout devient clair dans le nuage de lacrymogène, je la vois, c’est elle, la guerre, elle court dans l’histoire. Elle se cache sous les « menaces sécuritaires », les « rétablissements de l’ordre », de la Syrie à l’Indochine. Alors que les grenades explosent autour de moi, je souris, je l’ai reconnue, cette angoisse et cette joie de l’enfance. J’ai moins peur, j’avance entre les tirs ennemis, je me sens habité par les autres hommes, ces guerriers, ces ancêtres. Un projectile touche mon casque et l’explosion résonne dans ma tête. Je reste sonné quelques minutes, sans rien entendre. Comment ne l’ai-je pas démasquée plus tôt ? Je la connais si bien, et elle n’est pas discrète ! Difficile de ne pas entendre les hélicoptères, de ne pas voir les blindés. Et que croyez-vous ? Que comme le nuage radioactif de Tchernobyl elle se serait arrêtée aux frontières ? Mais la guerre, mon bon monsieur, passe au-dessus de vos idées abstraites (douanières ou épistémologiques). Elle est encore là, elle cavale, emportant tout sur son passage, des colonies aux banlieues, sous les « zones de non-droit », les « territoires perdus de la république », c’est la guerre qui se déplace des villes aux marais, jusqu’à moi... Et jusqu’à vous, car je l’ai reconnue. Recroquevillé contre une barricade en feu, immobile au milieu de l’enfer, attendant les secours, je pense à Marx. Parler de guerre c’est une émancipation, destruction du fétiche : « La guerre est déjà là », dépassement de l’aliénation : Journal de guerre. Ce texte, sera écrit avec une pensée particulière pour nos camardes « jeunes des cités » qui subissent cette oppression depuis plus longtemps que nous dans une indifférence effrayante.

Absurde modernité

Cette indifférence (qui nous guette) est due à une répression d’État, tant juridique que médiatique, à ne pas en douter. Si cette répression (cette guerre) est d’abord raciste, elle se déplace, et les policiers traitent leurs prisonniers comme des ennemis : « gaucho », « terroriste », « black bloc », « zadiste », qui sont autant de caractéristiques méritant un passage à tabac en cellule. On peut aussi accuser les perceptions modernes. Cette étrange schizophrénie de la modernité, permettant qu’une opération militaire de grande envergure puisse avoir lieu à 20 km d’une métropole, que le RER relie le Tiers Monde aux Champs Élysées. Cette guerre est une plongée dans l’absurde moderne : toujours avec ma raquette de badminton, je me bats sur une barricade le matin et l’après-midi je suis à la plage. Le TGV me permet de rejoindre la paix depuis la guerre, ou l’inverse. être sur zone est une explosion de réalités qui se superposent : chaque km compte, la différence de perception entre les lieux est énorme, sans parler du fossé qui sépare l’intérieur à l’extérieur. On pense aux poilus qui rentrent à l’arrière dans l’incompréhension de leur famille.
Ce terrain est propice à brouiller les frontières entre fiction et réalité, à attiser les haines de chacun et à cristalliser les positions politiques. A cela s’ajoute une guerre de l’image, du média, de l’information et une révolution esthétique qui fait éclater les cadres de représentation. Pour se protéger de la répression juridique et de l’appareil de vidéo surveillance, beaucoup d’entre nous sont masqués, cette nécessité est aussi transformée en expression émancipatrice (clowns masqués, esthétique de la cagoule...). C’est dans cette atmosphère étrange que l’on prend son repas : un drone survole une foule épuisée au visage dissimulé. Avez-vous déjà essayé d’avaler une soupe vegan à travers une cagoule ? La confusion est totale, le sensible s’ouvre et laisse apparaître les possibles.
Il y a d’un côté la nécessité d’appeler cette paix une guerre, de dénoncer le réel, de le comprendre, de mettre des mots justes sur des phénomènes concrets. Une urgence épistémologique. De l’autre, un combat esthétique à mener, une mythologie à créer, ce que nous ferons à l’aide de la fiction.

De quoi est faite notre guerre ?

Vous pensez peut-être, avec raison, qu’il y a un problème moral à parler de guerre à la ZAD alors que les morts des guerres mondiales se comptent par millions, que l’on tue à Gaza et que la Syrie est une boucherie sans nom. Mais c’est que vous ne comprenez pas mon propos. C’est qu’il faut penser la guerre comme un système. Que l’expérience de guerre, la souffrance n’implique pas de hiérarchisation possible. Pensez aux jeunes « indigènes » ou aux jeunes recrues d’Algérie qui n’ont jamais « fait le coup de feu », certains sont morts, les vivants sont traumatisés. On peut parler d’intensité de guerre, et sur son thermomètre, nous parlons depuis les plus bas degrés. Mais lorsqu’il y a 200 blessés en deux heures, que l’on porte des camarades sur son dos avec la jambe déchirée, que des corps s’entassent à l’infirmerie dont les blessures par balles sont autour des parties génitales, que l’ennemi vise les brancardiers, nous avons le besoin mais aussi le devoir de parler d’une guerre. Cette guerre s’inscrit dans la guerre « moderne », la guerre « propre », avec toute l’absurdité qu’elle contient. Se poser cette question est douloureux car c’est accepter cette guerre (que l’on n’a pas voulu) mais c’est aussi s’y sentir à l’aise. Aménager les tranchées, tant matérielles qu’intellectuelles, pour y vivre.
Le premier matin de la trêve, nous sommes deux, casque, bouclier, attendant les renforts pour accueillir 2500 gendarmes mobiles. Notre guerre est faite d’inégalités de forces, elle s’inscrit dans la guerre contre-insurrectionnelle, d’un État contre sa population. Une guerre où l’ennemi a dans son camp la légitimité et la loi. Mais cette insurrection est aussi la défense d’un territoire. Les forces ennemies occupent militairement une partie de ce territoire, pratiquent la politique de la terre brulée, il détruit des habitations, saccage au couteau des campements, menace et surveille depuis le ciel. A cela s’oppose la guérilla, avec l’appui de la population locale, les camps clandestins, les expéditions dans la nuit échappant au spot de l’hélicoptère. Une guerre d’occupation militaire et contre-insurrectionnelle dont l’armée française (que nous avons en face de nous) est finalement une spécialiste historique. Justement, que nous dit l’histoire ? Que c’est une guerre hors-la-loi, psychologique, et terrible : Les mesures juridiques exceptionnelles, l’antiterrorisme. Que dire de ces réveils à la grenade, des fumigènes dans les dortoirs, des caravanes en feu, des coups de couteaux dans la nourriture, les bouteilles d’eau, de ces traques à travers champs, poursuivies par des chiens ? On voit que le débat doit se porter au-delà de la question de la violence, pour parler de notre vécu (qu’on le veuille ou non) fait d’images, de situations, de mécanismes. Nous pouvons parler de la guerre, comme d’un registre théâtral, tragique, pas celui des dieux et des rois mais des humains qui dure depuis toujours et qu’il est vain de croire en dehors de nous.

Tragédie humaine

C’est elle, la tragédie, qui nous a le mieux parlé de la guerre, à travers les films, les livres, elle nous racontait les histoires d’hommes et de femmes. C’est à travers la fiction, les motifs, que nous percevons où nous sommes, l’époque dans laquelle nous nous inscrivons. La tragédie est la lanterne de l’Histoire. C’est avec elle que nous pouvons voir, dans les blindés, l’armée d’occupation nazie, les marécages et les hélicoptères du Vietnam, les pelleteuses de Palestine, les barbes et les feux de camps de Cuba, les tranchées et la boue de 14-18, les grenades de la Seconde Guerre mondiale, les civières et les sous-off de toutes les guerres de position, le drone du futur, les barricades de la Commune, les infiltrés d’Algérie, les bourreaux du Chili, les légionnaires de Rome, les charges héroïques de l’époque napoléonienne, les suffragettes pyromanes, le siège d’Alésia, les angoisses, les prisonniers de la résistance, les tours de garde de l’IRA, les jusqu’au-boutistes de la bande à Baader- Meinhof, les bolchéviques bureaucratiques, les anarchistes illuminés, les blanquistes de la barricade, les fétichistes de l’uniforme, les chevaliers et leurs écuyers s’armant sur le champ de bataille, les divisions internes du FLN... C’est la tragédie qui aide à comprendre les mécanismes, les traumatismes de la guerre et à les déjouer. Cette tragédie semble se jouer en plusieurs actes :
1) répression 2) rébellion 3) radicalisation
1) Infiltration 2) Suspicion 3) désolidarisation
1) division 2) négociation 3) trahison
1) criminalisation 2) invisibilisation 3) marginalisation
Ces mécanismes auxquels nous sommes confrontés, sont-ils des règles objectives de la guerre ? En tout cas, se faire tirer dessus par un char, donne une certitude inébranlable : La guerre c’est l’horreur. Malheureusement, si nous parlons d’elle dans le registre tragique c’est qu’elle n’est pas le drame. La guerre est aussi la beauté, la grandeur, la joie.

La guerre, abrutis !

C’est la guerre ! quoi ? Abrutis ! La guerre nous abruti. Elle simplifie tout sur son passage, elle écrase, aplati les réalités. Les difficultés sont traitées dans l’urgence, les choses et les hommes s’écrasent sur son passage comme sur le passage d’une tempête. Le réel explose, l’information se fait rare, le vivant est partout et les désirs multipliés. Nous sommes dans le présent. Le doute trouve mal sa place. La menace pèse lourd dans les débats, la mort ou la prison rendent toutes les choses graves. Les esprits des hommes sont concentrés, et les corps raidis dans l’obscurité. C’est la guerre dans les corps. Elle les blesse, les meurtri, les mutile, les rend malades. Les sens sont aux aguets du danger. Mais elle les rend plus forts, les endurci, les rend glorieux et vivants, on danse entre les éclats. L’affrontement est un jeu, un mouvement vers la vie, cette « longue mort ». Sartre parlait de la résistance, de la « république du sang et des larmes », comme de la plus belle qu’il ait connu, ou du moins, la plus vraie.
Cette expérience de guerre, et nous espérons que vous êtes convaincus de l’utilisation du mot, nous fait voir sous un meilleur jour le pacifisme radical. Mais elle donne surtout envie de célébrer la résistance, car nous sommes aujourd’hui à nouveau rassurés : aucun monde, aussi dystopique, aussi puissant soit-il, ne peut venir à bout de la résistance d’un peuple. Cette certitude pourrait passer pour une loi de l’Histoire.

Signé X

Poubelle nucléaire : Appel à converger en Meuse la semaine du 16 au 24 juin

« Le développement forcené actuel de l’énergie nucléaire est un choix irréversible que le capitalisme nous impose. De par son fonctionnement, sa nature, l’énergie nucléaire est la caricature d’un univers hiérarchisé, technocratisé, militarisé, ou nous n’intervenons en rien.
L’État ne respecte même plus sa propre légalité pour la construction des centrales nucléaires, l’ouverture des mines d’uranium, l’extension des usines de retraitement des déchets, etc. Le choix de l’énergie nucléaire, de par la concentration des moyens économiques, technologiques, humains, est l’occasion rêvée pour le capitalisme de pérenniser sa domination sur nos vies. Une centrale nucléaire, une fois construite, ne peut être détruite avant 20 ans. C’est ici qu’un moratoire limité apparaît clairement comme démagogique.
Par ailleurs, le développement actuel des recherches sur l’énergie solaire, s’orientant vers de grosses unités de production, montre que l’intérêt du capital réside dans la concentration de l’énergie, pour garder le contrôle de sa redistribution. La lutte contre le développement de l’énergie nucléaire ne peut se cantonner dans l’opposition légaliste des partis et syndicats. De même, il est évident que les manifestations antinucléaires et écologiques ont révélé l’existence d’une contestation profonde de cette société sur les bases d’un refus de tout centralisme, toute hiérarchie, contre le travail salarié et la consommation à outrance, ces rassemblements ne peuvent suffire à stopper le pouvoir. Il est indispensable d’intensifier les actions de sabotage qui touchent directement le pouvoir dans ses intérêts économiques et permettent de retarder, voire de stopper la construction des centrales, mines, usines liées au nucléaire. Quoi qu’il en soit, le nucléaire n’est qu’un des aspects les plus apparents de l’exploitation généralisée du capitalisme qui ne peut être mis en échec que par l’auto-organisation des individus et par la prise en main de tous les aspects de notre vie quotidienne. »
Communique signe CARLOS, Libération du 22 novembre 1977

 
Samedi 16 juin aura lieu à Bar-Le-Duc une journée de contestation contre le projet d’enfouissement de déchets radioactifs, autrement connu sous le nom de projet CIGEO.
Ce projet de stockage de déchets radioactifs dans les sous-sols meusiens et haut-marnais représente le dernier maillon de la chaîne que constitue le complexe nucléaire français.
Les analyses qui démontrent la faillite écologique de ce projet sont nombreuses, nous n’y reviendrons pas dans ce texte. De même, il existe une littérature conséquente, qui pointe du doigt les errements, hasards, mensonges de l’Andra, l’institution en charge de la gestion des déchets radioactifs.
Pour l’État, l’enjeu est de taille. Premier parc nucléaire européen, deuxième à l’échelle mondiale, la France a misée beaucoup sur l’industrie nucléaire. En plus d’un demi siècle, ce moyen de production énergétique est devenu l’un des piliers de l’économie nationale. Et il concentre en son sein tout ce que le système actuel peut produire de haïssable. De l’exploitation coloniale de populations d’Afrique de l’ouest à la production d’armes nucléaires en passant par la croissance industrielle, le maillage et le contrôle du territoire à travers des infrastructures, les guerres préventives pour défendre les mines d’uranium, le désastre écologique… La liste est longue de nos griefs contre la société nucléaire.
Et pour mener à bien son projet, l’État ne lésine pas sur les moyens. D’un côté, les régions directement concernées, choisies en grande partie pour leur faible densité de population et pour leur précarité économique, sont littéralement arrosées d’argent. Une officine émanant de l’Andra, le GIP, dispose d’enveloppes très conséquentes à répartir sur le territoire. Tout s’achète et se finance : une nouvelle salle des fêtes, du matériel informatique pour une école, une caserne de pompier, un éco-festival, des travaux de réaménagement urbain… Pour mieux acheter le silence et les consciences.
De l’autre, le mouvement d’opposition au projet est durement réprimé. Depuis l’évacuation du bois Lejuc le 22 février dernier, les procès se sont succédés par dizaines. Plusieurs peines de prisons fermes ont été prononcées. L’interdiction de territoire est quasiment toujours requise par le procureur. Une enquête pour « association de malfaiteur », qualificatif désormais chéri par la magistrature, est en cours.
La formule est connue, l’État écrase, intimide, éloigne.
Autant de raisons qui poussent à venir en Meuse participer à cette semaine de résistance contre le projet Cigéo et tous ses promoteurs.

Le 16 juin à Bar-Le-Duc

Bar-Le-Duc est une petite ville de 15 000 habitants, chef lieu du département de la Meuse. Siège local du pouvoir.
Cela fait longtemps qu’il n’y a pas eu de manifestations anti-nucléaire dans cette ville. Il fut un temps où elles étaient plus récurrentes. La dernière remonte à 2005 et avait réunie 6 000 personnes.
C’est un pari que d’organiser cette journée à Bar-Le-Duc.
Elle fait écho à plusieurs envies. Celle de sortir, pour un temps, des faces à faces de plus en plus intenses autour de Bure. On se souvient de la manifestation du 15 août 2017 lorsque sous une pluie de grenade GLI-F4 une personne avait vu son pied arraché. On se souvient du canon à eau dans un village de moins de cent habitants. On se souvient des rencontres intercomités des 3 et 4 mars dernier, lorsqu’une ligne de Gardes Mobiles s’étalant à perte de vue et commandée par la préfète locale empêchait l’accès au bois Lejuc.
L’envie également, de déplacer la lutte au plus près des lieux de pouvoir. Au pieds des décideurs, des fossoyeurs. L’année dernière, à la même période, une manifestation était organisée à Saint-Dizier, préfecture de la Haute-Marne, autre territoire impacté par le projet Cigéo.
L’envie, enfin, de renouer avec des manifestations hétérogènes, rejoignables, inclusives, joyeuses. Qui laissent la place à une multiplicité des pratiques. Une manifestation que la population de Bar-Le-Duc et d’ailleurs puisse investir.
A ce titre, nous pensons qu’il faut prendre en compte le contexte et le lieu dans lequel s’inscrit cette manifestation. Il ne s’agit pas de reproduire un 1er mai parisien. Les lieux de pouvoirs à travers lesquels s’incarnent le projet Cigéo à Bar-Le-Duc existent mais sont rares. Il faudra les dénicher.
Il y a fort à parier que la ville sera militariser. Il n’y a qu’à voir l’ampleur du dispositif policier lors des derniers procès. Un bus, une dizaine de camion, des patrouilles dans tout le quartier du tribunal.
Une ville de cette taille est facile à quadriller. Face à ce mur répressif, il semble nécessaire de développer une intelligence collective à l’intérieur du cortège. De se parler. De ne pas cristalliser toute la tension dans un rapport de force inégalitaire. Même si, on le sait, dans ces moments, ce sont principalement les forces de l’ordre qui posent les conditions de l’affrontement.
Au niveau logistique, un camping est prévu à Bar-Le-Duc pour tout le week-end, et des cantines prendront en charge les repas.

Une semaine autour de Bure

La matinée du dimanche 17 juin est consacrée aux rencontres entre les différents comités. Avec la volonté de poursuivre les discussions et projets qui ont pu être entamés lors du dernier week-end inter-comités les 3 et 4 mars dernier.
Ensuite, l’idée est de partir en convoi vers la zone de Bure. Pour le deuxième acte de cette semaine de résistance. Tout le monde est plus qu’invité à rester. Un concert aura lieu dimanche soir. Puis à partir du mercredi 20 juin jusqu’au dimanche 24 juin, un certain nombre d’ateliers et de discussions seront organisées.
Aller à Bure, c’est voir ce qui se passe concrètement sur le terrain. Ce qui permet, entre autres, de mieux se projeter dans la lutte. C’est aussi l’occasion de rencontrer et soutenir les compagnon-nes qui vivent sur place, dans un territoire militarisé.
Enfin, cette semaine autour de Bure est pensée pour laisser la plus grande place aux rencontres, discussions, initiatives. Les possibilités d’agir sur place sont nombreuses.

Tous et toutes à Bar-Le-Duc et à Bure du 16 juin au 24 juin.

Pour plus de renseignements https://vmc.camp/ et
http://16juin2018.info/programme/.

Communiqué de la Fédération Anarchiste : Non au Salon de l'armement Eurosatory, antichambre de la mort !

« Les confits militaires à travers le monde, les tensions régionales, les menaces et agressions (notamment nucléaires, chimiques...) restent le mode privilégié des relations entre les États, le tout au profit des lobbys militaro-industriels », extrait de la motion « Maudite soit la guerre » adopté au récent Congrès de la Fédération anarchiste.

Du 11 au 15 juin se tient à Villepinte le plus important Salon de l'armement au monde, où 1 600 entreprises d'armement (dont 70 start-up) viennent exposer, promouvoir, vendre et se fournir en technologies de pointe de guerre et de surveillance.
Les armes sont promues au Salon comme « efficaces sur le terrain ».
Des « démonstrations dynamiques » seront réalisées par l’Armée de Terre, la Préfecture de Police, le Commandement des opérations spéciales, le GIGN, les Brigades de recherche et d’intervention...
La France, troisième marchand de mort mondial, dote le ministère des Armées (appelé plus clairement ministère de la Guerre jusqu'en 1974) d'un budget 26 fois plus élevé que celui de la Santé.

Dans le cadre de sa campagne antimilitariste et antinationaliste, la Fédération anarchiste soutient les initiatives qui se multiplient contre ce Salon, antichambre de la mort.

10/06/2018
Fédération Anarchiste



dimanche 3 juin 2018

7 juin Rassemblement pour le retrait de la loi asile et immigration à Lyon

Alors que le projet de loi Macron-Collomb “asile immigration” s’apprête à passer devant le sénat. Appel à rassemblement pour exiger sont retrait et la mise en place d’une réelle politique d’accueil en France. Rassemblement jeudi 7 juin - Place des Terreaux - 18h30 (M° Hôtel de Ville).

Le projet de loi Macron-Collomb “asile immigration” a été voté à l’Assemblée Nationale. Pour être adopté, il doit être voté au Sénat en juin. Il faut imposer le retrait de ce projet xénophobe et liberticide. Il va aggraver la situation de tous les étrangers exilés : rendre l’asile impossible, renforcer les contrôles, le fichage, le tri et l’enfermement, y compris des enfants.
Au moment où Macron mène la guerre sociale contre le monde du travail, contre les jeunes, il s’agit de diviser les classes populaires en faisant des étrangers des boucs-émissaires. Ce projet qui renforce la politique liberticide et sécuritaire est une menace pour toutes et tous.
Rassemblement le 7 juin à partir de 18h30 Place des Terreaux (M° Hôtel de Ville)

Liberté de circulation et d’installation stop dublin : ni rétention, ni expulsion régularisation de tous les sans-papiers


Collectif de soutien aux réfugiés et migrants Lyon-69 : ATTAC-Rhône, CGT Vinatier, CGT-Éduc’Action Rhône, Union Département. CGT, Union Département. CNT, Collectif Agir Migrants, Collectif Amphi Z, Collectif des EtudiantEs étrangerEs, Coordination Urgence Migrants, Émancipation-69, FSU 69, LDH Rhône, Migrations Minorités Sexuelles et de Genre, MRAP LYON 1-4 et 3-7-8, Planning Familial 69, RESF-69, Union syndicale Solidaires 69, Solidaires EtudiantEs, SUD santé sociaux 69, Alternative Libertaire, Coordination des Groupes Anarchistes-Lyon, EELV 69, ENSEMBLE !, France Insoumise Migrations, L’insurgé, Lutte ouvrière, MJCF 69, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti de Gauche 69, PCF, UPC
mai 2018

Contact : collectifrefugie69 (arobase) laposte.net