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dimanche 8 septembre 2019

Le « bon gros gâchis » de Biarritz : un récit libertaire du contre-G7

La mobilisation contre le G7 de Biarritz a été un énorme fiasco, avec une cristallisation des divergences stratégiques et organisationnelles au sein du milieu militant. Légalisme non violents d’un côté, insurrectionnalisme à courte vue de l’autre… C’est la rançon d’une mobilisation sans objectifs.
Le contre-sommet du G7 avait été organisé depuis septembre 2018 par une plate-forme double (une basque et une hexagonale) composée de différentes organisations et associations, notamment Attac, les Amis de la Terre, la LDH et diverses ONG, soutenues par plusieurs organisations politiques et syndicales. Peu avant le contre-sommet, les groupes révolutionnaires locaux qui participaient à l’organisation (les collectifs anarchistes locaux IPEH Antifaxista et Indar Beltza) s’étaient retirés de la plate-forme, déplorant l’opacité des décisions et les pratiques autoritaires qui y prévalaient.
Tout le monde se retrouvait néanmoins à Urrugne, sur le campement aménagé pour recevoir 10 000 contestataires. Un « village altermondialiste » isolé par les autorités… à 30 kilomètres de Biarritz, où se tient le G7, et à 7 kilomètres d’Hendaye, où se tiennent les conférences du contre-sommet.

Le campement d’Urrugne, à 7 kilomètres d’Hendaye. cc Pierre-Olivier Chaput/Radio Parleur.
Du début à la fin, sur ce camp d’Urrugne, il y aura peu d’animation politique : quelques stands de gilets jaunes avec journaux locaux et tracts, quelques anarcho-syndicalistes et autonomes. Les policiers ont d’abord été autorisés par les organisateurs et organisatrices à pénétrer dans le camp, et ont procédé à des contrôles. L’ambiance a vite été délétère, entre les prêcheurs de l’insurrection immédiate d’une part, rejetant toute règle (vue comme arbitraire) et toute discussion avec les organisateurs du contre-sommet volontiers traités de « collabos » ; d’autre part les institutionnels et légalistes de la plate-forme, chantres de la non-violence, hostiles à toute autre forme d’action, et autoritaires dans la communication des informations, la prise de décisions et l’organisation des actions.

Tentative avortée de bloquer l’autoroute

Dès vendredi, vers 16 heures, après s’être installé·es, environ 300 militantes et militants entament une manifestation sauvage près du camp, avec pour but le blocage de l’autoroute. Aucune casse en traversant la ville, pas d’incidents notables. La manifestation arrive face à un important barrage de fourgons des forces répressives, qui les attendent à l’entrée de l’autoroute. Derrière, les « Brigades de répression de l’action violente » (Brav, créés en mars, pendant le mouvement des gilets jaunes) bloquent la voie empruntée à l’aller. En réponse, quelques cailloux sont envoyés dans leur direction, après quoi ils répliquent en tirant dans le tas avec leurs LBDs, sans aucune sommation.
Cela révèle la posture des forces de l’ordre pour toute la durée du contre-sommet : attendre et/ou provoquer le moindre faux pas pour réprimer le plus violemment possible.
Le cortège suit l’itinéraire imposé par la police sans problèmes. Drones et hélicoptères le survolent et surveillent son évolution. Malgré cela, les forces de répression tentent des intrusions dans le cortège à deux reprises, d’abord un motard de la gendarmerie, puis une voiture de la Brigade anticriminalité (Bac), virés tour à tour du cortège. Les provocations deviennent menaces lorsque les Brav foncent sur les manifestantes et manifestants, les attaquant à coups de matraques et de LBD. Des blessé·es sont à déplorer, ainsi que plusieurs arrestations d’une violence extrême. Les agressions policières se poursuivent à l’encontre des manifestantes et manifestants qui cherchent à rentrer, jusqu’à l’entrée du camp où enfants et personnes âgées sont installé·es pour le contre-sommet.
Peu après le retour et le récit des camarades participant-es, nouveau rassemblement sur la route en bas du camp. Les forces répressives reviennent. Elles sont accueillies par des manifestant·es mis·es en colère par la répression qui a précédé. Après un moment de simple présence, les forces répressives se remettent à tirer au LBD, à envoyer des grenades lacrymogènes sur les gens, qui remontent sur le chemin vers le camp. Des barricades sont dressées, jets de pierres en réponse à l’agression des CRS. Ces derniers finissent par redescendre et se retirer après quelques derniers jets de grenades et tirs de LBD.

Quinze mille personnes à Hendaye

Samedi matin à 11 heures, à Hendaye, la manifestation est déclarée. Quinze mille marcheurs et marcheuses défilent sous divers drapeaux d’organisations politiques, syndicales et associatives, entre autres Attac, Ensemble, la CNT, Extinction Rébellion (XR), SUD-Solidaires, Oxfam, etc. On entend des chants pour la libération des prisonniers politiques basques. On reconnaît aussi les slogans des samedis Gilets Jaunes à Bordeaux.
La police se tient en retrait. Dans la ville il y a peu de monde outre les 15.000 manifestant-es annoncé-es. La plate-forme a prévu un service d’ordre de plusieurs centaines de non violent-es, notamment d’Alternatiba et d’Attac, qui protègent en chaîne humaine les banques et autres symboles capitalistes de toute action qui aurait pu les viser, tout en scandant des slogans anticapitalistes. Elle défend ainsi sa décision arbitraire et unilatérale de soumission et d’enchaînement au système capitaliste et à l’État, qu’elle nomme pudiquement « consensus d’action ». Les organisations non-violentes se sont ainsi faites les auxiliaires objectives des forces de répression, allant jusqu’à tenter d’empêcher les personnes agacées par cette attitude de sortir du cortège et de changer d’itinéraire.

À Hendaye, la manifestation du 24 août a attiré 15.000 personnes. cc Pierre-Olivier Chaput/Radio Parleur
Après avoir été défendu par les manifestant·es, un homme se fait arrêter : trouvant d’abord refuge dans un bar devant lequel ils et elles s’interposent avant d’être écarté-es par les policiers, hués par la foule, il est finalement interpellé. Cet exemple montre bien qu’à l’inverse des positions tranchées de la plate-forme qui n’a pas communiqué sur les multiples arrestations ni sur les blessé·es ou l’infiltration et le fichage policiers, les contestataires du G7 n’étaient pas dans leur globalité aussi aveugles sur le rôle historique des forces répressives ou sur l’action non violente. Tout le monde ne rentrait pas dans la logique de reddition des organisations de la plate-forme.
La manifestation finit sans plus d’incidents à Irun, côté espagnol de la frontière.

Le Pays basque bouclé par la police

Dans la région, contrôles systématiques de toutes les voitures, fouilles intégrales et intimidations sont la norme. Les voitures sont arrêtées et contrôlées tout le long de la route. Trois militants allemands ont ainsi été interpellés, et deux emprisonnés, sans autre motif que leur possession de brise-glace et de documents liés à la gauche radicale.

Table ronde « Ripostons à l’autoritarisme ! » au contre-G7, le 21 août. cc G7EZ
À Bayonne, zone interdite aux manifestations, plusieurs appels à rassemblement tournent ; des policiers et gendarmes à tous les coins de rues, ils contrôlent au hasard les passant-es, les ponts sont bloqués par des barrages avec nouvelles fouilles systématiques. Le Petit Bayonne s’en trouve verrouillé. Certain-es militant-es se font contrôler six fois de suite. De nombreuses arrestations préventives. Ambiance d’occupation, blindés, canons à eau, nombreux voltigeurs hués par la foule. Les forces répressives ont commencé à encercler la zone, finissant par la fermer totalement avec des grilles anti-émeutes mobiles. Les personnes ayant prévu de manifester sont éparpillées en petits groupes du fait de l’omniprésence des forces répressives, et régulièrement intimidées.
Le rassemblement a lieu à l’entrée de la ville sur la presqu’île, environ 500 personnes participent ; des affrontements ont lieu entre manifestant-es non équipé-es d’un côté et forces répressives, avec canon à eau, hélicoptères, drones et Brav de l’autre. Après un grand nombre d’arrestations de manifestant-es, le rassemblement se termine par une nasse très longue. Le soir, des affrontements ont lieu sur le camp, en réponse aux provocations des forces répressives.

L’annulation des actions de blocage

Le dimanche, la plate-forme annule sept actions de désobéissance civile. Selon Le Canard enchaîné, (1) le ministère de l’Intérieur aurait négocié cela en échange d’une autorisation officieuse de la « marche des portraits » à Bayonne… qui par ailleurs sera un échec, en ne rassemblant que peu de monde.
Le lendemain, les deux plateformes anti-G7 ont opposé un démenti formel aux informations du Canard (2).
La nuit de dimanche à lundi, dernière confrontation avec les forces répressives qui sont revenues harceler les participantes et participants par des contrôles incessants à l’entrée du camp après avoir contrôlé les gens le long de la route.

La grille mobile anti-émeutes utilisée par la police. cc Pierre-Olivier Chaput/Radio Parleur
Ce contre-sommet est finalement une victoire politique pour le gouvernement et plus largement pour l’État. En effet le déroulement du G7 n’a absolument pas été dérangé par les mobilisations. Le camp a été infiltré par une policière, qui a été surprise en train d’envoyer photos et informations multiples sur des centaines de personnes notamment lors d’assemblées générales ou de réunions sensibles, dont elle rendait compte à sa hiérarchie (3). Les arrestations et emprisonnements ont été très nombreuses. Les actions et rassemblements n’ont pas réuni beaucoup de monde hormis à la balade de Hendaye.

Repenser les contre-sommets

Tout cela doit amener à certaines conclusions. Tout d’abord il faut analyser que les organisations de la plate-forme ont joué un rôle de négociatrices plutôt que véritablement contestataires, et noter leur inconséquence politique et organisationnelle, qui a mis en danger de nombreuses personnes. D’autre part noter l’incapacité des organisations révolutionnaires à se concerter pour apporter une réponse solide à ce genre d’événements. On ne peut plus laisser la place à des légalistes frileux vis-à-vis de l’action directe, et porteurs d’un anticapitalisme tronqué, se résumant dans la plupart des cas au retour à un stade antérieur de développement capitaliste (4), ou à un contrôle citoyen institutionnel idéalisé, qui ne tient absolument pas compte des siècles de lutte des classes ni du rôle historique de l’État, chien de garde des intérêts du capital.
Il faut enfin réaffirmer face aux tendances à idéaliser une opposition insurrectionnelle, que cette dernière doit se penser et s’organiser véritablement, et qu’elle doit tenir compte du rapport des forces en présence, qui nous était lors de ce G7 extrêmement défavorable. Des actions de blocage et de sabotage dans des villes autour du Pays basque nord auraient pu être une alternative.
Quoi qu’il en soit, ce G7 laisse un goût amer, et une « impression de bon gros gâchis » pour reprendre les mots d’un militant de l’UCL sur place. En effet, même si notre stratégie est avant tout la construction du rapport de forces et du contre-pouvoir sur les lieux de travail, nous pensons que la propagation des idées révolutionnaires peut aussi passer par le blocage – ou au moins la perturbation – des sommets des maîtres du monde. A condition de bien lier les deux !

Arthur (UCL Bordeaux),
avec les camarades d’Auvergne et de Gironde
 
(1) « Ministre négociateur », Le Canard enchaîné, 28 août 2019.
(2) « À aucun moment les plateformes n’ont eu de “discrètes négociations avec Laurent Nunez” ». Lire leur communiqué de presse.
(4) Les organisations comme Attac se revendiquent anticapitalistes, mais ne ciblent dans leur discours que des morceaux du problème : mondialisation, concentration du capital par quelques individus, etc. Elles laissent entendre qu’il suffirait de limiter les symptômes, sans remettre en question les causes, à savoir les fondements du capitalisme, comme la propriété privée.

 Source : http://unautrefutur.org/le-bon-gros-gachis-de-biarritz-un-recit-libertaire-du-contre-g7/

samedi 20 juillet 2019

Actions directes contre les mines de charbons allemandes

Camp d'action Ende Gelände. C'est la cinquième année que des militant-e-s pour le climat se réunissent pour bloquer les infrastructures charbonnières allemandes autour des mines appartenant au géant énergétique RWE dans la région de la Rhénanie.


Bure : Réoccupation du Bois Lejuc depuis le 18 juillet 2019 – Appel à soutien

Près de Bure, le bois Lejuc est réoccupé depuis le 18 juillet à 14h.


De nombreuses personnes ont réinvesti ce lieu au sol comme dans les arbres pour réaffirmer leur opposition au projet de centre d’enfouissement de déchets radioactifs Cigéo [1], au nucléaire et à son monde, industriel, colonial, militaire. Les forces policières qui occupaient jusque là ce lieu stratégique et protégeaient les intérêts de l’Andra ont été contraintes de quitter les lieux. Nous appelons dès maintenant à converger dans le bois Lejuc ainsi que dans les villages de Bure et Mandres-en-Barrois, situés à deux kilomètres de la forêt.
Le bois Lejuc est sur la zone du projet de poubelle nucléaire. L’Andra projette de le défricher pour y faire des fouilles archéologiques et des forages, et à terme de le bétonner pour y construire des puits de ventilation. Le bois a déjà été occupé à deux reprises auparavant, en juillet 2016 puis du 15 août 2016 au 22 février 2018, date à laquelle 500 gendarmes ont expulsé la forêt et détruit les habitations des occupantes.
Sur place, la répression s’exprime par une présence policière quotidienne, des contrôles judiciaires, des interdictions de territoire, des perquisitions, et des peines de prison ferme et avec sursis. Cette réoccupation se veut aussi une réponse à la répression de l’État, affirmant que l’opposition sur le terrain n’a pas été étouffée. L’État réprime et expulse, ces dernières années comme toujours. Bure n’est qu’un de ses nombreux laboratoires du maintien de l’ordre. Ce 18 juillet, nous avons essayé de le mettre en déroute et les flics n’ont eu d’autres choix que de reculer.
Nous appelons à converger dans le bois Lejuc ainsi que dans les villages de Bure et Mandres-en-Barrois, situés à deux kilomètres de la forêt. Si vous souhaitez nous soutenir, vous pouvez venir sur place, où
nous avons besoin d’aide au sol, dans les arbres, dans les villages. Que ce soit pour grimper dans les arbres, construire des barricades, les tenir, apporter du matériel, préparer à manger, etc. Vous êtes
bienvenues. Vous pouvez aussi diffuser le plus largement possible ce communiqué. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, c’est aussi possible de nous soutenir de loin, les infrastructures de l’industrie nucléaire et les sous-traitants travaillant pour l’Andra sont partout.
Si vous souhaitez venir, vous pouvez consulter le site bureburebure.info pour des informations actualisées concernant la situation sur place.
À l’attention des journalistes : les personnes sur place ne souhaitent pas répondre aux questions ou aux interviews et ne souhaitent pas en dire davantage que ce qui est écrit ci-dessus. Si vous souhaitez
diffuser une information, relayez ce communiqué.
[1] https://bureburebure.info/qu-est-ce-qui-se-passe-a-bure/

lundi 17 juin 2019

De Hambourg à Biarritz : «United we stand» - On reste soudé·e·s!

Appel à actions décentralisées les 6 et 7 juillet 2019 en solidarité avec tou·te·s ceux·elles qui sont touché·e·s par la répression, entre autres suite au G20 de Hambourg.

Appel à actions décentralisées les 6 et 7 juillet 2019 en solidarité avec tou·te·s ceux·elles qui sont touché·e·s par la répression, entre autres suite au G20 de Hambourg.
Nous relayons ici l’appel de « United we stand » pour des actions décentralisées les 6 et 7 juillet 2019 en solidarité avec tou·te·s ceux·elles qui sont touché·e·s par la répression. 

Cela fait déjà deux ans que les manifs, les colonnes de fumée, les vitres brisées et les sirènes du G20 de Hambourg sont passées. Malgré la violence policière massive, ce sont les souvenirs de moments libérateurs qui prédominent, comme un espoir tangible exprimé à travers la colère de dizaines de milliers de personnes.

Unite against repression – Uni·e·s contre la répression 

La répression n’a pas seulement pris la forme d’une violence policière inouïe pendant le sommet. Elle est allée bien plus loin : surveillance, traques publiques, enquêtes, diffamation, amendes et privations de liberté pour de nombreux·ses ami·e·s.
Des conditions de détention indescriptibles et un système de justice politique, infligeant des privations de libertés aberrantes directement après le sommet, sont une riposte brutale pour un sommet échoué que personne ne voulait. Pourtant, l’escalade et le démantèlement conséquent de droits fondamentaux par la police étaient d’une évidence prévisible. Le « festival de la démocratie » s’est transformé en un désastre pour les libertés publiques.
En décembre 2018 a démarré le procès de la « Elbchaussee ». Quatre jeunes Allemands d’Offenbach et le poète français Loïc S., seul encore en détention à ce jour, doivent payer pour une série de voitures et vitres dégradées aux abords d’une manifestation dans le quartier d’Altona. Comble de l’ironie, l’expression de notre solidarité a été qualifiée de « pédagogiquement négative » par le tribunal et a été utilisée pour justifier le déroulement du procès à huis clos.
Outre le procès « Elbchaussee », d’autres poursuites judiciaires contre notre mouvement sont en cours et à venir. Elles concernent la fête des barricades dans le quartier « Sternschanze », la manifestation de la veille au port, et le déchaînement de violences policières dans le district « Rondenbarg ». Il est donc plus que jamais nécessaire de rendre notre solidarité audible et visible.

Unite to resist – Uni·e·s pour résister 

Mais la résistance de Hambourg était et reste légitime dans toute son ampleur face à la crise mondiale actuelle de la machinerie capitaliste. Nous ne nous laisserons pas impressionner par les lois autoritaires à venir et le violent virage vers la droite que prend la société. Il s’agit au contraire de s’opposer d’autant plus à l’oppression économique, la catastrophe environnementale et l’agitation raciste et antiféministe.
Cette année, la France de Macron tient la présidence du G7. Dans un climat de tensions sociales croissantes et de répression, le sommet de Biarritz en août 2019 donnera également lieu à des protestations massives. Nous serons à nouveau debout côte à côte, sur les plages de l’Atlantique, pour lever nos poings face à l’appareil répressif. Aucun sommet ne se passera jamais au calme.
Construisons la solidarité transfrontalière ! Poursuivons la lutte pour une société fondée sur la solidarité et contre les sommets des dirigeants et de leurs sbires ! Après le sommet, c’est avant le sommet ! Notre solidarité contre leur domination !

L’alliance des structures solidaires contre le G20 en Allemagne appelle à des actions de soutien à l’occasion du second anniversaire du sommet de Hambourg les 6 et 7 juillet 2019. Organisez-vous dans votre ville et devenez actif ! La solidarité est notre force !
De Hambourg à Biarritz : United we stand ! 

Source : https://de.indymedia.org/node/33676


Communiqué : Soutien à Yannis Youlountas

Le 14 juin 2019
La Fédération anarchiste apporte son soutien plein et entier à Yannis Youlountas, lâchement agressé par des néo-nazis, dans la nuit de jeudi à vendredi 145 juin 2019, au Pirée, Grèce.
Même s’il est hors de danger, il a dû passer la nuit à l’hôpital. Yannis semble avoir été suivi après être sorti du centre social autogéré Favela, alors que la nuit venait de tomber. Il portait un tee-shirt au logo de Favela qu’on venait de lui offrir. Par chance les trois agresseurs ont été dérangés par l’arrivée d’un groupe de personnes en provenance de la station de tram voisine. Yannis a aussitôt été emmené aux urgences.
La Fédération anarchiste souhaite un prompt rétablissement à Yannis et réaffirme son engagement antifasciste.
No pasaran !

Fédération Anarchiste

mercredi 12 juin 2019

Poznań (Pologne) : Rozbrat ; on y est, on y reste !

En octobre, le squat Rozbrat fête ses 25 ans. Malheureusement, son avenir est plus que jamais menacé. Rozbrat est situé dans la ville de Poznań, dans l’ouest de la Pologne. Le terrain a été squatté en 1994 et est depuis devenu un centre culturel et politique. Plus de 20 personnes habitent le squat, qui sert également de refuge pour les personnes sans abri.



Le lieu est assez grand. C’est ici qu’est né le syndicat anarchiste Initiative Ouvrière et l’organisation d’autodéfense juridique. Rozbrat abrite le siège de la Fédération Anarchiste locale, le Food not Bombs, une bibliothèque et une maison d’édition anarchiste, des ateliers de vélo et d’impression, une école de langue, un club de sport, des salles de concert et de répétition pour les musiciens. De nombreux évènements ont été organisés à Rozbrat, notamment des expositions et des concerts, des pièces de théâtre et des projections de films, des conférences et des séminaires, des ateliers et des réunions …

Rozbrat a accueilli plusieurs générations de militants qui ont joué un rôle crucial lors de nombreux mouvements sociaux. Ils ont activement défendu les habitants les plus exclus de la ville, en soutenant et lançant des manifestations de défense des travailleurs, des locataires, de l’environnement et d’évènements antifascistes. Ils ont aussi cofinancé l’association régionale des locataires et organisé des blocages d’expulsions, rendant presque impossible l’abandon des sans-abri, des personnes malades, handicapées, agées ou ayant des enfants.

Dans un communiqué paru le 15 mai, Rozbrat a déclaré :
« Nous avons fourni un soutien organisationnel, juridique et moral à des milliers de victimes du capitalisme et de l’Etat, et nous avons soutenu d’autres groupes indépendants en Pologne. Nous construisons un mouvement qui repose sur la solidarité et l’entraide, plutôt que sur la concurrence et le chacun-pour-soi. Nous avons organisé des centaines de rassemblements et de manifestations, refusant le mépris que subissent les gens des classes exploitées, ayant des opinions politiques ou une couleur de peau différentes. »
Une tentative d’expulsion a déjà eu lieu en 2009, mais aucun acheteur ne s’est déclaré lors de la vente aux enchères. Aujourd’hui, l’avenir du squat est à nouveau incertain. En mai, le bureau des huissiers de justice a annoncé qu’il préparait une vente aux enchères de la propriété. Cette décision a été prise malgré le fait que Rozbrat avait saisi le tribunal pour obtenir des droits de possession (l’affaire est toujours en cours).

Le statut juridique du terrain, où Rozbrat est situé, est compliqué. Il a été nationalisé après la Seconde Guerre mondiale et, après 1989 et la transition de la Pologne au capitalisme, il a été repris par une entreprise privée, dans le cadre du processus de reprivatisation. Le nouveau propriétaire a rapidement fait faillite, suite à plusieurs emprunts. Le prêteur, une banque, a vendu le terrain à une société de négoce de titres de créance. La société demande maintenant que le terrain soit vendu pour un montant estimé à 1,4 million d’euros, ce qui va certainement mener à une nouvelle tentative d’expulsion du squat, afin de laisser le champ libre aux développeurs et spéculateurs fonciers.

Rozbrat ajoute, dans son communiqué :
« Le maire de Poznan a déclaré qu’il ne disposait d’aucun outil pour forcer la banque à renoncer à son droit et laisser les anarchistes occuper le terrain. Or, nous savons que l’Etat et la municipalité peuvent légalement défendre la propriété sociale. Ils refusent simplement de faire usage de ce droit et de mettre fin à la spéculation foncière. L’huissier de justice, les spéculateurs immobiliers et leurs alliés politiques ont à nouveau pris des mesures juridiques pour se débarasser de nous. Nous sommes convaincus qu’après 25 ans, cette zone appartient à la communauté de Rozbrat et doit rester une propriété collective du mouvement. Nous ne l’abandonnerons pas sans nous battre. Rozbrat a prouvé à de nombreuses reprises qu’il servait l’intérêt public, contrairement aux autorités qui représentent les intérêts privés des promoteurs immobiliers. »

Rozbrat sera certainement obligé de se lancer dans une bataille juridique onéreuse et compliquée pour se défendre. Le squat a lancé un appel au don de solidarité pour couvrir les frais de justice sur le compte de WSL : BIGBPLPW 03 1160 2202 0000 0002 3589 7475 (« Don pour sauver Rozbrat »).

Merci de partager l’information.
Bien sûr, nous invitons chaleureusement à notre festival d’anniversaire les 13 et 14 septembre
Collectif Rozbrat

Evénement facebook pour ses 25 ans https://www.facebook.com/events/337285440347555/
Rozbrat
Pułaskiego 21a
60-607 Poznan, Pologne
http://www.rozbrat.org/
Si vous souhaitez soutenir ce lieu :
le compte bancaire c’est : Wielkopolskie Stowarzyszenie Lokatorów IBAN: PL 03 1160 2202 0000 0002 3589 7475
SWIFT: BIGBPLW

Suisse : Bâle reste sans nazis !


La manifestation baselnazifrei (« Bâle sans nazis ») du 24 novembre 2018 date déjà de six mois. Elle restera en mémoire comme un signal fort contre le fascisme et le discours de la droite contre les minorités. Grâce à la résistance décidée de presque 2’000 personnes il a été possible d’empêcher la prise de l’espace publique par les nazis qui voulaient y faire leur propagande fasciste. Pour arriver à ce but, les manifestantes et manifestants ont dû passer outre aux directives de la police. Car celles-ci avaient autorisé une manifestation du parti d’extrême droite PNS (parti nationaliste suisse) sur la place de la foire (Messeplatz) à Bâle tout en envoyant la contre-manifestation à une place lointaine.
Des mois plus tard, tôt le matin, la police pénètre sur ordre du ministère public bâlois dans beaucoup d’appartements. Le but : des personnes auxquelles ils reprochent d’avoir été dans la rue contre le PNS. Dans le cours de quelques semaines on compte à Bâle et dans d’autres cantons au moins 17 perquisitions et arrestations. Certaines personnes sont retenues jusqu’à 48 heures au poste – la détention provisoire demandée est cependant rejetée par les juges. Ce qui frappe en outre, c’est que des détenus étrangers subissent des chicanes supplémentaires comme des insultes racistes.
Souvent, les reproches sont minimes : il semble que tenir une banderole lors d’une manifestation non-autorisée suffit au ministère public comme raison pour une perquisition à domicile. A d’autres, on reproche d’avoir été impliqués dans des affrontement avec des nazis ou dans des affrontements avec la police. Ces afrontement ont eu lieu après que la police a une fois de plus tiré sur les manifestant.e.s avec des balles en caoutchouc. Ils ont tiré sans raison apparente, d’une distance très courte et à hauteur de tête. Les balles en caoutchouc ont blessé plusieurs personnes aux yeux dont une si gravement qu’il risque de garder la lésion pour le reste de sa vie.
Avec une grande quantité de matériel vidéo et des vêtements confisqués, le ministère public essaie avec une énergie inouïe de persécuter les manifestant.e.s antifascistes.
Nous voyons dans ces procédures pénales une manœuvre d’intimidation et un signal politique du ministère public bâlois : ils veulent criminaliser la grande mobilisation antifasciste du 24 novembre. Cela va bien avec la répression renforcée contre des mouvements sociaux. La répression ne frappe que quelques-uns, mais on vise tou.te.s qui ont pris la rue ce jour-là pour empêcher les fascistes à trouver une plateforme. Nous sommes solidaires avec les personnes frappées, sans distinction de reproches.
Les événements des derniers mois (entrée en scène du « Ku-Klux-Klan » et de « Combat 18 » à Schwyz, les résultats des élections européennes ou le groupe Facebook bâlois démasqué par le Blick avec ses armes et ses fantasmes « d’extinction ») montrent que c’est justement le moment d’avoir une réponse claire contre les activités d’extrême droite.

Descendons donc encore dans la rue, le 22 juin pour renforcer la résistance antifasciste et de protester contre la criminalisation de baselnazifrei. Bâle maintient sa déclaration : Pas de place pour les nazis !

Manifestation : 22 juin 2019, 14 heures, parc De Wette (près de la gare CFF) à Bâle

Source : https://renverse.co/Bale-reste-sans-nazis-2096

vendredi 3 mai 2019

Tentative d’assassinat à Publico

Un compagnon anarchiste a été violemment agressé à coup de couteau dans la librairie Publico cet après-midi. A priori, rien ne montre qu'il s'agisse de le viser spécifiquement mais plutôt l'organisation qu'il représente, nous, anarchistes au sein de la Fédération Anarchiste.

Nous ne nous laisserons pas impunément menacer, intimider ou violenter. Nous continuerons à porter, haut et clair, nos messages politiques, qui sans doute dérangent en ces temps de lutte. Nous continuons le combat contre cette société qu'on nous impose.

Solidarité avec notre compagnon, Solidarité avec Publico,

Vive l'anarchie
Paris 2 mai

mardi 23 avril 2019

Global May Day 2019 – 1er mai 2019 –

Chacun des syndicats/groupes/unions organisent ses activités de manière autonome avec leurs propres particularités. L’appel à l’action suivant fait partie d’un cadre de travail commun qui aidera à connecter ces activités et à leur communication au niveau international. Inscrivez vous ou contactez la liste mail Global May Day 2019 [globalmayday[AT]lists.riseup.net] si vous voulez soutenir l’appel et/ou entrer en contact avec d’autres groupes pour établir des solidarités.

Appel download (pdf.)

Blog: https://globalmayday.wordpress.com

Global May Day 2019
– 1er mai 2019 –

Chaque année, des gens manifestent et font grève le 1er mai pour commémorer la Journée Internationale des Travailleur-euse-s. Avec l’appel suivant, qui a été initié par plusieurs sections des syndicats de base FAU et IWW, nous voulons inciter les syndicats à lier leurs actions et leurs initiatives pour donner une dimension internationale à la lutte.
Nous, travailleur-euse-s et étudiant-e-s, serons solidaires, parce que nous faisons toutes et tous parti-e-s de la même lutte contre le capital, qu’importe notre lieu de résidence. Les coupes budgétaires dans les services sociaux, les baisse de salaires, les privatisations, la hausse du coût de la vie ou des frais d’inscriptions dans l’éducation sont quelques symptômes qui sont directement liés au système économique mondial. Un système qui est basé sur l’exploitation et la concurrence et qui pousse à la marchandisation de tous les aspects de nos vies.
La course à la performance est dangereuse, que ce soit sur le lieu de travail, à l’université ou à l’école, d’autant plus qu’elle s’accroit constamment. La logique de l’économie de marché et l’Etat-Nation qui lui est accolé ordonnent une adaptation à tout prix à la compétitivité et au profit, au mépris du développement de moyens d’émancipation.
Nous ne voulons pas simplement perturber le capitalisme, nous voulons le vaincre.
Vu la nature internationale du système capitaliste, il est nécessaire pour les travailleur-euse-s de s’unir au niveau mondial. En créant nos réseaux au-delà des frontières, les interconnections mondiales qui définissent nos conditions locales peuvent devenir visible. De plus, cela ouvre de nouvelles potentialités et de nouveaux objectifs à notre action contre l’exploitation ainsi que le travail et les conditions de vie précaires. Le pouvoir de négociation des travailleurs et travailleuses augmenterait significativement si nous nous unissions dans les mêmes unités économiques. Il suffit d’imaginer quelles différences cela aurait fait si les mineurs grévistes de Marikana en Afrique du Sud et les travailleur-euse-s de l’industrie chimique de BASF en Allemagne se seraient organisé-e-s et uni-e-s dans leur lutte, étant donné que BASF est le premier acheteur des ressources extraites par les mineurs. De tels liens aurait pu changer voire prévenir le massacre de 2012.
Les travailleurs et travailleuses du textiles au Sri Lanka (qui produisent des vêtements pour le groupe H&M) qui se sont battu-e-s le 27 novembre 2018 pour un salaire qui leur permette de vivre dignement. Le même jour, des groupes en Europe et aux Etats-Unis ont organisés des actions de solidarité devant les magasins H&M. Cela montre que la pression peut être générée par un réseau de groupes au sein d’une même filière de production, de celles et ceux qui produisent le vêtement jusqu’à celles et ceux qui travaillent dans un magasins, mais aussi par les client-e-s du magasin.
La même logique s’applique aux grèves à Amazon : par exemple le syndicat Ver.di a appelé à la grève en 2016 dans les centres logistiques d’Allemagne. Depuis, les centres logistiques en Pologne servaient d’entrepôts-secours pour casser la grève. Le syndicat polonais IP a donc organisé des actions de solidarité. Actuellement, des groupes d’action se forment dans les centres Amazon à travers le monde, créant un réseau de plus en plus dense.
Enfin, les travailleurs et travailleuses informatiques résistent aux conditions de travail précaires et s’organisent au-delà des frontières. Par exemple, nous voulons montrer l’initiative du syndicat Game Workers Unite! et mentionner le débrayage des travailleur-euse-s de Google, qui a été suivi par des dizaines de milliers de personnes dans 50 villes à travers le monde en novembre dernier.
Avec un 1er mai coordonné à l’échelle internationale nous espérons réaliser un objectif collectif d’amélioration de la vie, en développant nos réseaux et en construisant la solidarité internationale. Nous insistons sur la lutte commune et la résistance au chacun.e pour soi, particulièrement dans ces temps de nationalisme et de racisme exacerbés.
Pour une meilleure vie pour toutes et tous, à travers les frontières!
#1world1struggle
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Initial supporters:
Bangladesh Anarcho-Syndicalist Federation | Free Workers’ Union (FAU) Hamburg | Inter-Factory Workers’ Federation (FBLP) Jakarta | Forum for IT Employees (FITE) India | Garment Workers’ Trade Union Center (GWTUC) Bangladesh | Industrial Workers of the World (IWW) Gainesville | Industrial Workers of the World (IWW) Hamburg

lundi 8 avril 2019

Solidarité avec GIORGOS et les membres du groupe anarchiste ROUVIKONAS

https://www.lepotcommun.fr/pot/mjj83sy2


NOUVEL APPEL DU 7 AVRIL 2019 
CONTRE L'EMPRISONNEMENT 
DU CO-FONDATEUR DE ROUVIKONAS 


Suite à une énième condamnation, Giorgos Kalaitzidis, l'un des membres les plus exposés du groupe anarchiste ROUVIKONAS en Grèce, vient d'être sommé, ce samedi 6 avril 2019, de payer sous huitaine 3 000 euros sans quoi il sera aussitôt incarcéré pour une durée de 1 an et 4 mois de prison.

Cette somme s'ajoute à beaucoup d'autres amendes et frais de Justice et, concernant les peines, à un total de 56 mois de prison à lui seul (Giorgos a déjà passé 18 mois en prison). 

Le groupe ROUVIKONAS dans son ensemble est aujourd'hui menacé de 200 000 euros d'amendes et de 528 mois de prison (44 ans au total), auxquels s'ajoutent environ 25 000 euros de frais de Justice.

Parmi les nombreuses actions poursuivies : la destruction du fichier des personnes surendettées, celle du bureau de privatisation du bien commun, le blocage de négociations avec la Troïka, plusieurs intrusions au Parlement et dans d'autres lieux de pouvoir...). Pour plus de détails sur les actions de ROUVIKONAS :



Ni Giorgos ni les membres du groupe ne sont aujourd'hui en mesure de payer ces sommes astronomiques. Le groupe ROUVIKONAS sont soudeur.euses de chantier, électricien.nnes, institutrice.eurs, serveur.euses, libraires, jardinier.ères, infirmière.er, marin.es, éducateur.trices spécialisé.es, étudiant.es en philo...

Fin février, un convoi solidaire(1) en provenance de France, de Suisse et de Belgique a apporté un important soutien financier à ROUVIKONAS, mais cette forte somme a entièrement été utilisée le mois dernier par le groupe pour éponger une partie de ses dettes. 

C'est pourquoi, ce dimanche 7 avril 2019, nous lançons un nouvel appel pour soutenir Giorgos et les autres membres de ROUVIKONAS, leur éviter d'être incarcéré.es et leur permettre de continuer à lutter. 

Nous appelons à une solidarité financière aussi forte que leur engagement. Depuis plusieurs années, la solidarité offensive de ROUVIKONAS continue grâce à notre solidarité défensive qui parvient, dans l'entraide, à annuler certaines des peines qui les menacent.

L'objectif de cet appel est d'atteindre au moins 10 000 euros supplémentaires(2) pour mettre en échec la répression par l'argent de l'Etat.
                                                                                           
Ce soutien n'est pas seulement financier, mais politique. C'est pourquoi, même si vous n'avez pas les moyens de participer à ce pot commun, il est important que vous propagiez l'information dans vos réseaux.

Merci pour Giorgos et les autres membres de ROUVIKONAS.

LA SOLIDARITÉ EST NOTRE ARME ! 

LA LUTTE POUR LA JUSTICE, L'ÉGALITÉ ET L'ÉMANCIPATION SOCIALE N'A PAS DE FRONTIÈRES !

Collectif de soutien à Rouvikonas


(1) Compte-rendu du convoi, dont le soutien à Rouvikonas :
http://lamouretlarevolution.net/spip.php?rubrique15

(2) Précision concernant le montant affiché sur le compteur : 1300 euros ont déjà été versés précédemment pour les frais du Justice d'une action de Rouvikonas devant l'ambassade et le consulat de France à Athènes, en avril 2018 (des projections de peinture rouge sur toute la longueur de la façade du bâtiment pour protester contre la répression subie, dans l'hexagone, par les manifestant.es, zadistes, migrant.es et solidaires). La somme collectée cette fois est donc la somme totale affichée au compteur moins 1300 euros.

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Co-fondateur du groupe Rouvikonas, Giorgos est sur le point d'être jeté en prison pour une durée de plus d'un an, suite à une nouvelle sommation à payer reçue hier.

NOUVEL APPEL POUR EMPÊCHER L'INCARCÉRATION DE GIORGOS ET DES AUTRES MEMBRES DE ROUVIKONAS

Les condamnations tombent et se multiplient(1). Le groupe Rouvikonas est écrasé par un total de 200 000 euros d'amendes et de 528 mois de prison (44 ans), auxquels s'ajoutent environ 25 000 euros de frais de Justice.
Fin février, un convoi solidaire(2) en provenance de France, de Suisse et de Belgique a apporté un important soutien financier à ROUVIKONAS, mais cette forte somme a entièrement été utilisée le mois dernier par le groupe pour éponger une partie de ses dettes.
C'est pourquoi, ce dimanche 7 avril 2019, nous lançons un nouvel appel pour soutenir Giorgos et les autres membres de ROUVIKONAS, leur éviter la prison et leur permettre de continuer à lutter :
https://www.lepotcommun.fr/pot/mjj83sy2

Nous appelons à une solidarité financière aussi forte que leur engagement. Depuis plusieurs années, la solidarité offensive de Rouvikonas continue grâce à notre solidarité défensive qui parvient, dans l'entraide, à annuler certaines des peines qui les menacent.
L'objectif de cet appel est d'atteindre au moins 10 000 euros supplémentaires(2) pour mettre en échec la répression par l'argent de l'Etat.
Ce soutien n'est pas seulement financier, mais politique. C'est pourquoi, même si vous n'avez pas les moyens de participer à ce pot commun, il est important que vous propagiez l'information dans vos réseaux.
Merci pour Giorgos et les autres membres de Rouvikonas.

LA SOLIDARITÉ EST NOTRE ARME !
LA LUTTE POUR LA JUSTICE, L'ÉGALITÉ ET L'ÉMANCIPATION SOCIALE N'A PAS DE FRONTIÈRES !

Collectif de soutien à Rouvikonas

(1) Parmi les nombreuses actions poursuivies : la destruction du fichier des personnes surendettées, celle du bureau de privatisation du bien commun, le blocage de négociations avec la Troïka, plusieurs intrusions au Parlement et dans d'autres lieux de pouvoir...). Pour plus de détails sur les actions de ROUVIKONAS :
https://www.youtube.com/watch?v=342ZzVVCm70
(2) Compte-rendu du convoi, dont le soutien à Rouvikonas :
http://lamouretlarevolution.net/spip.php?rubrique15

vendredi 8 mars 2019

Autocollants militants

Un nouveau site propose des autocollants militants en vpc : https://deco161rebelletarue.bigcartel.com/

Exemple de modèle :


Un blog accompagne ce site ou l'on retrouve des brochures, affiches, ... à télécharger :
https://deco161rebelletavie.noblogs.org/

jeudi 27 décembre 2018

Le mal de révolution. Quel est exactement le problème avec les Gilets jaunes ?

Souvent c’est lorsque la société a l’apparence d’aller mal qu’on prend la mesure de ce que cela implique qu’elle aille bien. Dans le cas précis de la « crise actuelle », l’apparence reste une apparence. Car malgré le vacarme médiatique cette société tient bien debout, la nuit comme le jour : les pauvres continuent à créer la richesse pour les riches, les migrants se font pourchasser, les damnés pourrissent en prison, les industriels nous tuent à petit feu et tout le monde semble sombrer dans les tristes images de bêtise généralisée. Pourtant, c’est cette apparence de rupture dans son rapport à la société actuelle qui peut, à mon avis, donner quelques indices quant au terrain sur lequel nous faisons désormais nos pas : le problème avec les Gilets jaunes est le même qu’avec la société dont ils font partie.
Il me paraît essentiel de poser la question de manière la plus large possible. Certaines prises de distance récentes par rapport à ce mouvement populiste sont bien nécessaires et ont le mérite d’exister. Elles effleurent quelques problèmes d’importance en passant, mais cela avant de conclure de la même manière qu’à n’importe quelle occasion, n’importe quel mouvement social, n’importe quelle météo. Cette invariance de la part de certains compagnons est troublante et c’est en partie à elle que voudrais répondre avec le plus de camaraderie possible. En revanche, il n’est pas dans mes intentions de critiquer les positionnements infâmes et opportunistes de la part de nos ex-camarades sous teintes libertaires délavées – des positionnements complaisants envers des horreurs que je ne croyais jamais voir sous le pavillon anti-autoritaire ; je voudrais contribuer à la critique des rapports sociaux existants pour qu’un débat plus large et non-consensuel débouche sur d’autres réponses que celles qu’on a pris l’habitude de trouver. En d’autres mots, je ne veux pas confirmer ce sur quoi je suis d’accord dans les prises de distance susmentionnées ; je voudrais contribuer à ce qui n’a pas encore été dit.

***

Pourquoi un mouvement hyper-médiatisé, pas exactement plus massif que n’importe quel mouvement social, d’abord aux sensibilités puis aux revendications pour le moins douteuses, suscite autant d’hésitation de la part de ceux qui, d’une manière ou une autre, souhaitent la fin de toute domination ? Des compagnons ont déjà évoqué le fétichisme des moyens (blocage, sabotage, émeute, pillage, affrontement), ainsi que la coïncidence purement formelle entre certaines méfiances au sein de ce mouvement (des porte-paroles, des syndicats, des partis politiques) et les principes qui nous sont chers (refus de la représentation). Mais peu, à ma connaissance, ont parlé de notre propre mal de révolution qui est la source de bien des aveuglements. De ce mal qui attire le regard vers chaque petite braise en espérant que celle-ci serait prometteuse de quelque chose de fondamentalement autre – au point où elle nous rend parfois aveugles à des vraies brèches qui s’ouvrent là où nous les attendons moins. Dans la mesure où la critique des agissements et des positionnements des autres ne devrait pas être un exercice d’auto-satisfaction, je propose de chercher les causes de cécité dans quelque chose qui nous est commun – nous tous qui sommes profondément dégoûtés par ce monde et qui en cherchons une issue. Cette « générosité » critique n’empêche en rien de tourner le dos à certains ex-camarades, car il n’y a pas d’autre nom pour ceux qui passent leurs jours et leurs nuits sur les réseaux sociaux et restent aveugles aux revendications nationalistes, voire ultra-nationalistes de ce mouvement qu’à ce jour personne n’a dénoncé « de l’intérieur ». Il y a des erreurs qui finissent par ressembler à des choix malgré elles.

En cette grande époque de confusion, il n’est jamais anodin de commencer par des banalités de base. Car avant d’aborder la question des Gilets jaunes il faudrait se rappeler le contexte dans lequel se déroule ce spectacle fluorescent. L’hyper-médiatisation donne l’illusion lénifiante que c’est le désordre du mouvement qui fournit le contexte, comme si les blocages, les sabotages, les émeutes et les pillages étaient venus en droit chemin depuis un autre monde. Comme si les actions dépassaient les intentions en quelque sorte. À force de répéter que les casseurs sont apparus « en marge de manifestation », les journalistes finissent par nous convaincre de leur transcendance. Qu’il y ait des casseurs qui n’appartiennent pas aux manifestations, qu’il y ait des parties sans rapport au tout. De la même manière, toutes ses « dégradations » ont la fausse apparence d’être radicalement autre chose que le monde où l’on vit. Lorsque les apparences médiatiques nous réchauffent le cœur davantage que les horreurs relatées au quotidien, la représentation se confond avec la réalité et gagne l’esprit révolté. D’où l’aveuglement quasi-total devant l’image d’émeute : même si tout le monde sait que les destructions en soi parlent peu des intentions de leurs auteurs, la plupart préfèrent se comporter comme si elles étaient portées par les actions elles-mêmes, ceci malgré les individus qui y participent.
Le contexte, donc, n’est pas fourni par le désordre du mouvement, car ce désordre ne dit rien de ce qui passe par les têtes des gens. Le vrai contexte de ce mouvement est l’aliénation extrême et décomplexé, qui ne se cache ni dans les paroles, ni dans les actes des Gilets jaunes. Cette aliénation passe avant tout par l’identification personnelle à son rôle social. La croyance d’être fondamentalement identique à sa fonction dans la société est peut-être plus répandue que jamais. Même les travailleurs les plus intensément exploités, tels les saisonniers, les livreurs à vélo, les intermittents de toute espèce, s’identifient à leur métier au point de former des communautés autour du rôle économique qui leur a été attribué dans cette société. Pour les autres il reste toutes les communautés imaginaires selon les penchants spirituels, sexuels et récemment même « raciaux ». Ainsi la vie sociale, affective et amoureuse se trouve nettement divisée en tant qu’auxiliaire par rapport à ce que chacun est socialement, selon le rôle que cette société nous attribue. Dans une société où la nécessité de vendre son travail pour survivre conditionne forcément la vie sociale, les rôles sociaux sont inévitablement définis par le rapport au travail, ne serait-ce que négativement, comme c’est le cas de certains chômeurs assumés. Mais quel que soit le rôle social, rien n’est plus favorable au maintien des rapports sociaux en place que cette identification à son rôle dans leur sein.
Cette identification n’a fait que s’accroître durant ces quelques décennies de pacification sociale. Il suffit de comparer quelques films d’aujourd’hui à ceux d’antan pour s’apercevoir de l’effacement progressif de cette scission entre les rôles sociaux des personnages et leurs « vraies » aspirations dans la vie. En règle générale, le héros d’antan refuse son rôle dans lequel il se sent confiné et incapable de vivre ou d’être autre chose. Même les flics dans les polars agissent à partir de ce qu’il y a de humain en eux, par opposition à ce qu’il y a de flic. Le héros d’aujourd’hui agit en affirmant son rôle social : en tant que chef d’entreprise, en tant que paysan, en tant que politicien, flic ou pompier… Toute représentation converge vers ce mensonge absolu qu’on puisse s’épanouir en tant que membre de cette société.

Les réseaux dits sociaux ne font qu’exacerber cet aplatissement en donnant une plateforme pour s’exhiber avec plus ou moins de goût. Il est évident que les pensées réduites aux images ou à quelques 280 caractères ne sont pas des idées à réfléchir et débattre entre plusieurs personnes. Le fait de relayer ou de ne pas relayer une certaine information, une certaine image ou une certaine blague sur le Web a peu avoir avec leur contenu. Il s’agit avant tout d’exhiber les attributs de soi-même : plus important que le contenu d’un message est le fait que c’est moi qui le relaie. Dans cette situation il n’est pas étonnant que les idées qui ne sont pas effectivement réduites à quelques images ou phrases sont souvent tout à fait réductibles au format des réseaux sociaux. Tel est le cas des textes militants qui ne sont pour la plupart pas plus nuancés que les autocollants voués à les « populariser ». Ceci pour dire à quel point l’aliénation déborde les groupements sociaux selon leurs virages à gauche ou à droite. Il s’agit d’un fait social qui nous concerne tous et dont il ne faudrait pas sous-estimer la portée.

Il est désolant de voir certains admirer l’horizontalité de ce mouvement, car celle-ci, abstraction faite de son contenu, n’est jamais rien d’autre qu’un passe-tout pour les manipulateurs de toute espèce. C’est d’ailleurs pour ça que multiples réunions pendant des épisodes révolutionnaires étaient systématiquement interdites aux politiciens et aux syndicalistes. Mais il est tout à fait stupéfiant d’entendre parler d’une auto-organisation quelconque lorsqu’il s’agit des échanges sur les réseaux sociaux ! Ce qui me paraît un préalable indispensable pour n’importe quelle forme d’auto-organisation à grande ou petite échelle, c’est la rencontre, ne serait-ce que celle des idées… Or, la plateforme d’aplatissement que fournissent les réseaux est tout sauf favorable à de telles rencontres, pour des raisons évoquées ci-dessus. L’idée que les réseaux sociaux fournissent une rupture dans les modes de communication appartient au monde des mensonges. Il est donc très malheureux de constater que même les compagnons quelque peu obsédés par la toujours vulnérable surpuissance du « techno-monde » avalent la pilule quand c’est opportun de le faire.

Le plus important à souligner au sujet des réseaux sociaux est le fait que ceux-ci ne font que recycler les formes d’aliénation qui les précèdent. Ils ne fournissent aucune occasion de partager « sans médiation », comme disent certains. C’est pour cela que l’aspect dit non-centralisé et non-hiérarchique de ce mouvement n’est qu’un leurre promu depuis belle lurette par ceux qui sont aujourd’hui ses leaders rivaux. Ainsi toutes les grandes idées sorties de la gueule de ce mouvement ont à l’origine des personnages bien précis, très actifs sur les réseaux et très loin de l’apolitisme revendiqué : le noyau dur pour la VIe République et contre le « mélange racial » d’Éric Drouet (l’auteur de l’appel du 17 novembre) et Priscilla Ludosky (page Facebook La France en colère) ; l’adjacent Christophe Chalençon, un simple forgeron qui n’aime pas « l’oligarchie des énarques » et les musulmans ; les politiciens de droite « modérés » des Gilets jaunes « libres ». Tous sont caractérisés par cette étrange constante nationaliste qui semble déranger peu en dehors des groupuscules connus de l’ultra-droite. Ayant lu les 42 doléances à l’origine emphatiquement « mystérieuse » selon les journalistes, on pourrait se demander s’il y a quelque chose d’autre qu’un souci de concurrence dans le fameux « rejet » du Rassemblement national par les Gilets jaunes : des salaires calibrés à l’inflation pour les français à l’expulsion systématique des déboutés du droit d’asile, la pleurnicherie de « je ne suis pas raciste, mais il faut s’occuper de sa famille d’abord » n’a rien d’original – bien qu’il faille être un peu français au fond de l’âme pour ne pas s’en inquiéter.
Que tout cela ne soit pas partagé par tout le monde dans la nébuleuse fluo, c’est une chose. Que personne n’ait la moindre chose critique à dire là-dessus, c’en est une autre.

L’idée même de référendum qui, entre autres horreurs, fera « entendre et appliquer » les 42 chialeries est depuis longtemps soutenue par un supporteur fervent du fluorescent pisseux, un dénommé Étienne Chouard. Ami de Soral avec qui il ne se trouve en désaccord que sur ses opinions aux sujets de l’homosexualité et du féminisme, cet anarchiste auto-désigné est partisan de la démocratie athénienne dans la douce France. À commencer par les référendums d’initiative citoyenne, RIC pour les initiés, qui régleront les questions nationales de grande importance, telles les 42 revendications, le Frexit et on peut imaginer la suite. En parfait accord avec son désaccord face aux « élites », la totalité du mouvement a à ce jour repris cette revendication puante des atrocités à venir. Voilà pour les assemblées constituantes et la démocratie directe.

La liste des problèmes évoqués ci-dessus n’est pas exhaustive, mais elle illustre à quel point l’avalanche de merde à venir était déclenchée de manière tout à fait centralisée et politicienne. L’exacerbation de l’aliénation quotidienne par les réseaux sociaux ne permet rien d’autre que la confusion, porteuse de la Réaction crasse. On ne pourrait trop souligner le rôle joué par les pseudo-philosophes obscurantistes – bloggeurs, vidéologgeurs et rhétoriciens de tout genre – qui pullulent le Web depuis des années pour sortir à présent dans les rues et sur les rond-points. Ainsi la stigmatisation, d’apparence ridicule et inoffensive, de la « globalisation libérale et libertaire » par la plume logorrhéique de J.-C. Michéa, par exemple, est cet automne sortie dans les rues de Toulouse sous la forme d’une pancarte. La bêtise du monde virtuel n’attend que l’occasion de se concrétiser et la convergence des ressentiments suppurés en ligne est peut-être la seule véritable spontanéité de ce mouvement.

Tout cela n’enlève en rien le fait qu’il y ait des gens, avec ou sans gilet, qui voient dans cette effervescence une occasion de chercher autre chose que le quotidien des rapports sociaux. Le seul fait de « tenir » un rond-point témoigne du besoin de se rencontrer en dehors de travail, en dehors du Web et en dehors de toutes les formes d’être ensemble bien désignées. Ainsi que l’émeute, malgré l’obscurité des intentions des participants, qui témoigne d’une joie de se déchaîner un tant soit peu contre le luxe étouffant. Mais il est également vrai que cela ne relève pas des caractéristiques du mouvement lui-même. N’importe quel autre contexte à la même hauteur de désordre pourrait fournir une pareille « occasion », comme disent certains. Le problème, c’est que lorsqu’on agit dans un contexte donné, on agit par rapport à ce contexte aussi. Tout comme pendant des manifestations de 2016 certains camarades se sont posés la question s’ils n’étaient pas en train de jouer aux bras armés de la CGT en prenant des risques à leur place, aujourd’hui on pourrait se demander si cet assaut au luxe, bien trié et avec une remarquable préférence pour le luxe étranger, ne servirait pas la contestation nationaliste. Car les actions parlent très rarement par elles-mêmes, surtout dans un contexte où il y a une division nette entre ceux qui manient la parole et ceux qui agissent. À force d’ignorer le monde dans lequel ils vivent, certains compagnons partisans du « désordre » ont fini par prétendre que les leaders de ce mouvement ont condamné les violences. Or, le noyau durement nationaliste, peut-être le plus influent dans les réseaux, n’a jamais condamné les violences qui, quand elles ne parlent pas, parlent souvent en leur nom.

Pour ceux d’entre nous pour qui le niveau des dégâts n’a pas le dernier mot sur la portée subversive d’un mouvement, la force de celui-ci se définit par ce qu’il arrive à mettre en cause, dans les paroles et dans les actes. Ici la rupture dans le quotidien aurait pu provoquer une mise en cause de ce quotidien, ou de certains de ses aspects, mais elle ne l’a pas fait – y compris parce que la rupture a été très limitée malgré les exagérations médiatiques. Quelques slogans répétitifs mis à part, nulle part il n’y a eu une mise en cause de la propriété, de l’exploitation, de l’État. Plus concrètement, parmi les mille raisons de se prendre à Vinci, la critique n’a jamais dépassé les prix et l’entretien des autoroutes ! Autrement dit, en dehors des intentions individuelles de ceux qui ont « saisi l’occasion », après un mois de blocages, de sabotages, d’émeutes et de pillages ce mouvement n’a contesté aucun aspect des rapports sociaux en place.

Bien qu’on ne puisse pas vraiment parler de la totalité, ni même de la majorité des gens qui participent au mouvement des Gilets jaunes, on peut très clairement parler de sa tonalité générale, concertée par ses dirigeants. Avant de parler des groupes d’extrême- ou d’ultra-droite, il faudrait s’interroger sur le nationalisme flagrant des meneurs et des suiveurs. Les troupeaux des followers, ne sont peut-être pas tous d’accord sur les aspects les plus xénophobes (et encore, une position claire là-dessus s’est perdue quelque part dans les fils effilochés des réseaux sociaux), mais à ce jour personne – à part les Gilets jaunes « libres » beaucoup plus méthodiquement politiciens de droite – n’a contesté les positions nationalistes des initiateurs, ni de leurs successeurs. Les pancartes qu’on voit sur les rond-points, y compris les plus « gauchistes », ne convergent que sur ce doux ressentiment de se sentir abandonné par les « élites » de « son » pays. Et si, comme disait Jean Malaquais, qui aime « son » pays n’aime par conséquent pas le « vôtre », alors prendre soin de « sa » famille d’abord veut inévitablement dire en laisser une autre crever.

C’est dans ce contexte-ci que les drapeaux tricolores me paraissent bien plus menaçants que ne pourraient paraître les drapeaux nationaux dans d’autres contextes. N’en déplaise aux métaphysiciens du désordre, la différence d’usage des drapeaux nationaux entre les Gilets jaunes et pendant les Printemps arabes consiste dans le fait que pendant cette belle période de révolte au Maghreb et au Moyen-Orient l’usage de n’importe quel drapeau pour symbole était largement débattu par les participants et parfois refusé par certains d’entre eux. Or, dans nos contrées d’aujourd’hui le drapeau tricolore est brandi par les troupeaux avec ou sans chef et tout simplement ignoré par tous ceux qui voudraient « saisir l’occasion ».

En dernier chef je voudrais aborder la fameuse dimension de classe de ce mouvement. Dans certains textes publiés au cours de ce mouvement, des gens se sont demandés si le fait de questionner la dominante réactionnaire des Gilets jaunes ne relevait pas d’un certain « mépris de classe ». Poser la question, c’est y répondre : il faut se sentir en dehors, voir au-dessus des déshérités pour s’interroger de cette manière. C’est la moindre des choses que de se méfier de la pureté révolutionnaire, à commencer par soi-même. Pourtant, il me paraît également vrai qu’une masse des pauvres – bien que cela soit loin d’être le cas de la composition de ce mouvement – ne fait pas un mouvement de classe. Certains compagnons rejettent le terme tout court. Soit. Je ne suis pas particulièrement attaché à une terminologie quelconque. Mais placer l’individu – une notion qui m’est chère – au centre du projet révolutionnaire ne peut pas faire économie du fait que l’exploitation de l’homme par l’homme reste au cœur des rapports sociaux capitalistes. On peut chercher un autre mot si celui-ci ne nous convient pas. Il n’en reste moins que les adeptes du fluorescent n’ont pas fait preuve du minima de méfiance vis-à-vis de l’exploitation elle-même. Tout comme les nationalistes qui fournissent le vocabulaire populiste, les participants n’ont pas exprimé leur méfiance vis-à-vis de la richesse – seulement vis-à-vis des « oligarques » qui les distribuent de manière non-méritée selon quelque système de valeurs. Même les marxistes devraient le savoir : le mérite du prolétariat révolutionnaire, aujourd’hui anéanti, est non pas d’appartenir à sa condition d’exploité mais de la refuser. Sans prétendre que les rapports de classe couvrent l’intégralité des formes de domination, ce refus me paraît la moindre des choses. Qu’il soit partiel ou intégral, obscur ou lucide, pure ou impur, ce sont des questions à dépasser dans une situation donnée. Mais en aucun cas on ne peut parler d’un assaut de classe quand la bourgeoisie elle-même n’est pas remise en cause. Aucune dialectique ne cassera les briques s’il n’y a pas de dialecticien pour le faire.

Cela mis à part, ce n’est pas la première fois dans l’histoire que les pauvres sortent en masse dans la rue pour exiger leur propre asservissement. Que la pauvreté qui leur appartient soit bien réelle ne change en rien la situation.

***

Je reviens sur notre propre mal de révolution. Sur ce point je ne suis pas d’accord avec les prises de position de certains compagnons anarchistes. Car, à mes yeux, la peine de ne pas trouver de sortie de ce monde clôturé de tous les côtés appelle à réfléchir à ce que cela voudrait dire d’entrevoir une brèche, sans réponses données en avance. Il me paraît insuffisant de se contenter de l’invariance de ses propres méthodes. Bien que prendre des distances, garder un peu de lucidité et ne pas se laisser influencer soit important, il n’en reste pas moins que la réalité à laquelle on fait face est en train de se transformer et la Réaction, politique et sociale, gagne du terrain. Se poser la question « en tant que » – anarchiste, autonome, marxiste ou autre – ne fait souvent que contourner la question : comment s’opposer à ce monde de domination de manière plus conséquente que ce qu’on a fait jusqu’à maintenant.

Il ne s’agit en aucun cas de remettre en cause la révolte individuelle. Pourtant, il me paraît indispensable de dépasser l’auto-contentement qui, très souvent, l’accompagne.

Pour cela, il est indispensable de faire preuve d’une certaine humilité devant la tâche. La bêtise qui caractérise les milieux contestataires d’aujourd’hui est certainement alimentée par l’aliénation croissante dans cette société, dont les réseaux sociaux font indubitablement partie. Mais elle est aussi nourrie par le refus catégorique de débat un tant soit peu collectif et non-consensuel parmi les compagnons. Ce qui, très naturellement, empêche l’action collective. La valorisation absolue d’action, qu’elle soit en dehors ou en-deça du cadre légal, provoque une méfiance de toute réflexion qui ne se termine pas par un appel inconditionnel à manifester, à « être nombreux » ou à attaquer.
Agir ici et maintenant est un choix qui a du sens pour les individus qui le font. Nous avons tous des manières d’y attacher une certaine importance, qu’elle soit politique, sociale, économique ou tout simplement personnelle. Pourtant, l’humilité devant la tâche, le fait de reconnaître l’insuffisance perpétuelle de nos actes, pourrait déboucher sur une ambition plus grande que s’endormir en étant content de soi : créer de l’air dans ce monde étouffant et, qui sait, peut-être un jour le transformer.
Comment avancer dans cette direction-là ? Comment entraver cette bêtise nationale ? Comment critiquer l’exploitation de l’homme par l’homme en dehors des grandes concentrations industrielles ? Comment critiquer la propriété après un siècle d’« avancées » dans ses modes de fonctionnement ? Comment combattre toutes les formes de domination sans se spécialiser dans aucune d’entre elles ? Comment arriver au cœur des rapports sociaux qui ne font que nous rendre malades ? Comment, enfin, s’y prendre pour avancer vers leur destruction ?

Comment être à la hauteur de cette impossibilité actuelle d’une révolution sociale, pour la dépasser ?
Je ne sais pas. Il y a plein de choses qui se précisent aux moments de révolte collective, tout comme il y en a plusieurs qui prennent forme aux moments de révolte individuelle. Personne se saurait donner des recettes et ceux qui prétendent en avoir devrait être virés tout de suite. Je sais que malgré les apparences nous sommes quelques uns à être en mal de révolution et je propose de réfléchir aux manières de donner des moyens à nos ambitions.

Robert de Fulminet,
dernier jour avant le solstice d’hiver, 2018.




Source : https://www.non-fides.fr

Non à la RICupération ! Non au Référendum d’Initiative Citoyenne !

Une petite musique monte depuis quelques temps dans les groupes de gilets jaunes, sur Facebook comme sur les ronds points : le RIC, Référendum d’Initiative Citoyenne. En prenant de l’ampleur, cette revendication pourrait mettre en danger tout le mouvement des gilets jaunes, en offrant une porte de sortie au gouvernement, permettant même à Macron de sauver son poste.
Le figaro ne s’y est pas trompé : le RIC est une solution à la crise des gilets jaunes. Mais une solution pour qui ? Certainement pas pour celles et ceux qui galèrent à finir le mois et qui, sur les ronds points, dans les manifs, crient leur colère depuis des semaines.
Pour les non-initiés, un résumé en deux phrases. Avec le RIC, si suffisamment de personne signent une pétition, alors il y a un référendum à l’échelle locale ou nationale, sur un sujet. Cela peut même aller dans ses versions plus radicales, jusqu’à la révocation d’un élu.

Une porte de sortie sans débourser un centime

 

S’engager à mettre en place un tel dispositif est clairement une aubaine pour Macron. Cela lui permettrait de ne pas débourser un sou de plus que les 100 balles et un mars qu’il nous a lâché dans sa « grande générosité »… Et d’en finir ainsi avec ce mouvement ! C’est là ou les ennuis commencent.

Exit Macron démission ?

 

La fin du mouvement, c’est donc le maintien de Macron au pouvoir. Avec, la possibilité, une fois votée la réforme constitutionnelle, de proposer une pétition pour un référendum… On s’arrête. Alors, ça veut dire que l’une des toutes premières demande des gilets jaunes passe sous le tapis, comme ça ?
Qu’il faudrait repasser par la case attente, puis pétition, puis référendum, pour en arriver là ou on est aujourd’hui, et alors que sa démission ne serait même pas suffisante ? Cherchez l’erreur.

Les référendums sont le terrain des politiciens.

 

Qui a les moyens de faire des campagnes électorales ? Qui peut débourser des millions pour tout cela ? A une heure ou l’argent n’a jamais été aussi important dans le processus de réunions des suffrages, ou ce sont des milliardaires qui gagnent les élections, qui peut croire qu’une campagne électorale est le lieu ou les exploités, les galériens vont se faire entendre ? Ceux qui sont à leur place en revanche, dans un processus comme celui-ci, sont les partis classiques. D’ailleurs, dans les pays ou des formes de ce dispositif existe déjà, ils sont utilisés par ces partis. Et pour quoi faire, tiens ? On va être carré, impartiaux et prendre deux exemples venant de bords politiques opposés.

Deux exemples d’utilisations.

 

2009. L’extrême droite suisse et son parti l’UDC, longtemps dirigé par le milliardaire Christophe Blocher, a conduite une campagne de plusieurs mois contre la construction de nouveaux minarets en suisse. Il s’agissait d’un symbole, d’un prétexte pour s’en prendre aux musulmans, en mettant sur le devant de la scène un faux problème, celui des minarets : au moment du vote, il n’y avait que 4 minarets dans toute la Suisse, construits entre 1963 et 2008 ! Mais la campagne aura été l’occasion d’un déferlement d’attaques racistes. Elle s’est soldée par une victoire de l’extrême droite. En résumé, via ce dispositif, l’extrême droite a obtenue pour son parti une tribune, mis en scène un problème bidon pour diviser.
2017. Un syndicat de gauche italien, la CGIL, a fait campagne contre le Job act de Matteo Renzi, un équivalent encore pire par certains aspects, de la loi travail en France. Elle a obtenu les 500 000 signatures nécessaires, mais… a échoué devant la Cour constitutionnelle, qui a refusé d’accepter de retoquer l’ensemble de la loi. Selon la cour, la proposition de la CGIL aurait été « mal formulée »(!). En réalité, une abrogation totale de la loi, qui aurait provoqué la réintégration de millions de personnes licenciées, était inconcevable par le pouvoir. La CGIL a fait un recours… Qui a l’heure actuelle n’a pas abouti. Résultat : un référendum ne concernant qu’une partie de la loi. Et devant le succès de la campagne, le référendum n’a pas eu lieu, car ces dispositifs ont été supprimés avant. En résumé, le dispositif n’a pas permis d’abolir la loi contre les travailleurs car la cour constitutionnelle l’en a empêché. Mais la mobilisation a fait retirer certaines mesures sans même aller voter.

Bilan comparé.

 

Le bilan général de ces deux exemple, c’est que ce dispositif est avant tout un bon moyen pour créer de l’agitation sur de faux problèmes de société. En revanche, quand il s’agit de ce qui compte vraiment, nos conditions sociale, de vies, de travail et donc qui met en jeu les profits des riches capitalistes, alors plus question de laisser passer ! C’est qu’au final, on est en plein dans la politique politicienne avec ces dispositifs. Et que ce n’est pas notre domaine. C’est logique, qui d’autres que les politicards ont intérêt à nous dire que la solution est dans les urnes, alors que nous sommes de plus en plus nombreux à nous abstenir, et avec raison !

Souvenons nous des derniers référendums en France :

 

Au niveau national, le référendum contre la constitution européenne a produit une majorité de non. Le pouvoir n’en a rien eu a faire et a promulgué la constitution quand même.
Au niveau local, le projet d’aéroport de notre dame des landes, qui impactait toute la Bretagne, à été calibré pour que les gens répondent oui : la zone du référendum a été limitée a la Loire Atlantique par calcul. Résultat : le oui l’a emporté. Et si l’aéroport a été annulé, c’est grâce à la lutte, a la base.

L’aspiration à faire dégager les élus et a prendre le contrôle de nos vies est juste.

 

Ce qui fait que le RIC marche, c’est qu’il s’appuie sur une défiance légitime contre les politiciens. Mais ce qui fait que nous sommes en position de force pour les pousser à dégager, pour en finir avec les conditions d’existence pourries qu’on subit, c’est notre présence sur les rond points, sur le terrain de la lutte. C’est ici qu’il s’agit de s’organiser pour se faire entendre, en organisant par exemple des assemblées sur les rond points.
Isolés, comme dans un isoloir, chacun chez soi, on est faibles. C’est ensemble qu’on est fort, dans le mouvement. C’est aussi ici que tout le monde discute, qu’on échange, qu’on réfléchit pour agir.
Pour reprendre la métaphore des amérindiens : ne quittons pas le sentier de la guerre, ne signons pas les accords pourris que les politiciens trahiront !
Notre boussole est claire : refusons tout ce qui affaiblit le mouvement. Aujourd’hui ce sont souvent les mêmes qui proposent le RIC et qui veulent en finir avec les occupations de rond point. C’est que derrière ces propositions, il y a des courants politiques qui agissent en sous marins dans le mouvement, pour en prendre la direction. Ne laissons personne récupérer cette révolte sociale. Continuons jusqu’à la victoire.


En tract : https://paris-luttes.info/home/chroot_ml/ml-paris/ml-paris/public_html/local/cache-vignettes/L434xH614/jpeg-18a5f-a4185.jpg?1544620551

Source : http://www.19h17.info/2018/12/12/non-a-la-ricuperation/

mercredi 19 décembre 2018

Un point de vue antifasciste sur les Gilets jaunes

Alors que le mouvement des Gilets jaunes commence à se structurer et, du fait des miettes jetées aux pigeons par le chef de l’État, est un peu à la croisée des chemins (continuera ou pas ?), il nous a semblé intéressant de proposer notre point de vue, dont on espère qu’il contribuera à alimenter les discussions sur la nécessaire vigilance à l’égard des nouvelles stratégies nationalistes partis à l’assaut des mouvements sociaux. 
S’inquiéter de la présence de l’extrême droite dans le mouvement des gilets jaunes entraîne inévitablement un certain nombre de critiques : ce serait une façon de dénigrer un mouvement populaire, voire le reflet d’un mépris de classe qui voudrait que les gilets jaunes soient forcément des racistes prêts à suivre le premier facho venu. Il est donc nécessaire de rappeler que nous, antifascistes anticapitalistes, sommes capables de faire la part des choses, et de proposer, comme n’importe qui, des analyses de ce mouvement sous un angle particulier, celui de la lutte contre l’extrême droite, sans qu’elles soient simplistes, réductrices ou moralisatrices.
Si nous pensons qu’il est plus que nécessaire de rappeler le rôle nuisible de l’extrême droite dans un mouvement de ce type, c’est parce que justement nous pensons que tout n’est pas joué. Pour construire quelque chose au-delà de la colère, les gilets jaunes vont devoir se rassembler autour d’un certain nombre de valeurs : et c’est là que non seulement nous ne croyons plus au mariage de la carpe et du lapin, mais que la question de la pénétration des idées d’extrême droite est cruciale. Car il est malheureusement à craindre qu’une colère légitime qui ne s’affirmerait pas dans la défense d’une société égalitaire et ouverte, débouche finalement sur un durcissement du régime et de ses institutions, avec en prime un détournement du ressentiment populaire en direction des populations les plus fragiles, migrant.es en tête.

samedi 15 décembre 2018

Julien Coupat, interpelé par 5 voitures de la DGSI, placé 36h en garde à vue

Interpelé par 5 voitures de la DGSI, placé 36h en garde à vue

Il mangeait des croissants avec Julien Coupat, deux gilets jaunes dans le coffre


Samedi 8 décembre, alors que 9000 policiers interpellaient préventivement des centaines de gilets jaunes pour les empêcher de manifester et permettre à leur ministre de tutelle de parader fébrilement à la télévision, Julien B. musicien, s’est fait braquer au Buttes Chaument par une dizaine d’agents des services secrets.
Ami de longue date de Julien Coupat, nous nous sommes entretenus avec lui afin qu’il nous raconte cette arrestation aussi spectaculaire que ridicule et ce week-end inattendu mais instructif à de nombreux égards.

lundimatin : Bonjour Julien, vous vous êtes fait interpeler par la DGSI samedi dernier accompagné de Julien Coupat. Pouvez-vous nous expliquer les circonstances de cette interpellation ainsi que son déroulé ?
 
Julien B. : Julien et moi avions dormi dans le même appartement. Ce matin-là, nous achetons des croissants et nous montons dans sa voiture. Après quelques minutes, alors que nous approchons des Buttes Chaumont, je me rappelle que des croissants nous attendent sur la banquette arrière. Je me retourne pour les attraper, à ce moment précis une voiture pile devant nous. Des individus aux visages partiellement masqués par des foulards surgissent armés de revolvers qu’ils braquent sur nous nerveusement à travers les vitres de la voiture. Ils nous font descendre toujours en nous braquant (et en appelant Julien par son nom), et nous plaquent contre la voiture. Je comprends que je ne mangerai pas de croissants. Il y au moins 5, peut-être 6 ou 7 voitures banalisées plantées derrière et devant nous au milieu de l’avenue Bolivar, et une bonne collection de sales gueules plus ou moins dissimulées. Palpations et petits coups de pression de circonstance plus tard ils nous font ouvrir le coffre et y trouvent, ô mazette : des gilets jaunes, deux masques de peinture, du sérum physiologique, des compresses, des lunettes de protection, deux draps et deux bombes de peinture. Nous leur faisons quelques remarques sur le ridicule de cette arrestation. Ils nous passent les menottes et nous font monter chacun dans une voiture. Là il nous conduisent à toute berzingue vers un ’Cia’ (c’est comme cela qu’ils appellent le commissariat). À l’approche du commissariat, le conducteur de la voiture où j’étais, qui n’était pas masqué, enfile pour impressionner les simples flics du commissariat un passe-montagne. L’effet dramatique du costume tombe un peu à l’eau quand ils s’avère que ni le conducteur ni ses collègues ne connaissent exactement l’adresse du commissariat. Ils tournent dix minutes dans le quartier sans le trouver. Une fois le bâtiment identifé il leur faut encore quelques minutes pour débusquer l’entrée. La cagoule produit quand même l’effet escompté sur les collègues, qui font tous à peu près la même blague : ’oh putain, tu nous as fait peur, on a failli te tirer dessus’. Il n’a pas complètement perdu sa journée. Dans le commissariat règne le plus grand désordre. Ils sont visiblement débordés. On nous menotte à des bancs dans une espèce d’enclave ouverte sur le couloir principal. Les flics qui passent s’étonnent que ces deux-là ne soient pas emmenés avec les autres prises, au fond du couloir. Leurs collègues expliquent avec des airs entendus et mi-voix que ce sont ceux de la ’DG’. Nous sommes flanqués d’un gars de la DGSI qui a la mission ennuyeuse de nous surveiller. Une demande d’aller aux toilettes donne lieu à quelques débats théoriques entre flics et barbouzes pour savoir sous la responsabilité de qui nous sommes. Nous avons quelques échanges acides et de notre côté un peu sarcastiques. Puis ils emmènent Julien pour la fouille ou je ne sais quoi, et je me retrouve seul face au barbouze de la DGSI. Il me fixe le plus intensément qu’il peut pendant plusieurs minutes comme s’il cherchait à m’hypnotiser. Je ne veux aucun rapport avec ce pervers, je me contente de regarder le plafond. Puis il se redresse un peu sur son siège et me dit sur un ton faussement détendu : ’Bon alors, c’était quoi le programme ?’ Je soupire et tourne la tête. Je me dis qu’ils me considèrent comme le maillon faible et qu’ils vont sans doute essayer sur moi quelques-unes de leurs ficelles.
Les barbouzes finissent par nous laisser aux mains de leurs collègues en uniforme. On nous notifie notre garde à vue, lacets, ceinture, fouille, etc. À côté de nous des gens sont amenés l’un après l’autre pour subir les photographies d’identification, leurs tatouages et piercings sont soigneusement détaillés. On apprend que le commissariat est déjà plein et que nous allons être transférés ailleurs. Nous sommes emmenés au commissariat du 20 ème. Là aussi c’est la confusion. On nous monte au deuxième étage, mais en fait il ne fallait pas aller au deuxième étage donc on nous redescend. Après quelques errements nous sommes conduits dans une encoignure, et là, gardés par une demi-douzaine de flics, nous faisons connaissance avec nos premiers co-gardés à vue.

Les policiers de la DGSI vous disent-ils la raison de votre interpellation ? Ou bien devez-vous attendre le moment de votre placement en garde à vue par les policiers ’lambdas’ du commissariat ?
 
C’est au moment de la notification de notre garde à vue que nous apprenons le chef d’accusation de ’participation à un groupement en vue de commettre des violences ou dégradations’. Vu les circonstances de notre arrestation, deux types dans une voiture à plusieurs kilomètres du moindre rassemblement et le contenu de notre fouille et du coffre de la voiture, nous nous disons déjà que ce chef d’accusation va être un peu compliqué à défendre pour eux et que, sauf soutien sans faille de l’appareil judiciaire, la DGSI semble condamnée à très court terme à se couvrir une nouvelle fois de ridicule. Nous savons déjà à ce moment là qu’il y a eu de très nombreuses interpellations. Il y en avait déjà un certain nombre d’annoncées avant notre courte sortie en voiture. La surcharge du premier commissariat, le mélange de surexcitation et de confusion des flics en sont des indices supplémentaires. Ce sera plus clair encore quand nous arriverons au second commissariat.

Et lors de vos auditions, les policiers semblaient sûrs de leur fait et ont réellement essayé de vous interroger sur le contenu de votre coffre ?
 
Oui, absolument. À vrai dire, vu que je n’ai accepté de répondre à aucune de leurs questions, ils n’ont pas pu pousser très loin leurs raisonnements et leurs interrogations. En gros ils me demandaient mes rapports avec Julien Coupat qui de son côté a pris le parti de leur répondre uniformément la même réponse : "Le pouvoir a peur. La DGSI se venge.". Ils voulaient savoir où nous allions, mon opinion sur le mouvement des gilets jaunes, si je reconnaissais les objets trouvés dans la voiture et ce que nous comptions en faire. Quand ils les ont empilés devant moi sur le bureau, je n’ai pas pu réprimer un éclat de rire. Je leur ai fait remarquer au passage que c’était plutôt amusant de se faire reprocher d’avoir un gilet jaune dans le coffre de sa voiture. Entre temps j’avais eu le temps de discuter avec d’autres gens arrêtés, et de constater à quel point le niveau de délire de notre arrestation se retrouvait semblablement dans toutes les autres, bien que les formes en soient assez variées. Mais le point commun, c’est que la plupart des gens arrêtés en début de journée l’ont été parce qu’ils possédaient de simples équipements de protection. Considérer qu’avoir sur soi le minimum pour ne pas crever tout de suite dans des manifestations où chacun a pu voir à la télé qu’il faut s’attendre à se faire gazer copieusement sans sommation et à se ramasser des grenades et des coups de flashball, cela revient à dire qu’en somme on est soit une victime consentante, soit un casseur. Et c’était bien le message déversé toute la semaine précédente, diagrammes et pictogrammes à l’appui, sur BFM TV et ailleurs.
Ils voulaient également connaître les codes de mon téléphone. Cette question est revenue à plusieurs reprises, ils passaient également dans les cellules pour demander à tout le monde les codes pin et de déverrouillage. Vu le peu d’éléments pour soutenir la plupart des arrestations et le caractère vague, jésuitique de l’accusation, qui concerne l’intention, l’exploitation des téléphones, et en particulier les échanges de textos, les messages et les partages sur les réseaux sociaux ont pris une grande importance. C’est aussi le prétexte pour un fichage général, carnets d’adresses à l’appui.

Vous disiez tout à l’heure que les commissariats étaient pleins à craquer, il s’agissait de « gilets jaunes » ? Avez-vous eu l’occasion de discuter avec vos codétenus ?
 
Oui, c’est bien sûr de ’gilets jaunes’ que les commissariats étaient pleins. À part 4-5 gars au dépôt, je n’ai même vu que ça. Tout au long de la garde à vue, nous n’avons jamais été moins de 4 par cellule (soit dit en passant avec un seul matelas et une couverture qui puait la pisse à se partager) dans des cellules théoriquement individuelles. Dans une cellule un peu plus grande, au dépôt nous étions même plus d’une douzaine. Dans la ’salle de préfouille’ du dépôt nous nous sommes comptés, nous étions au moment où Julien et moi sommes arrivés 46 personnes et un chiotte bouché dans quelque chose comme 40 mètres carrés. À mesure que les gens sortaient pour être fouillés et intégrer leurs cellules, d’autres arrivaient. J’ai eu très largement le temps de discuter avec mes codétenus. En fait j’ai parlé avec une soixantaine de personnes. Je n’étais pas avec Julien dans les cellules successives où l’on nous a enfermés, nous avons donc rencontré des personnes différentes pendant la garde à vue proprement dite. Quand nous nous sommes retrouvés dans la salle de préfouille, nous sommes allés voir tous nos codétenus un par un. Chacun nous a raconté les circonstances de son arrestation, et nous avons bavardé. Il y avait là des gens incroyables et une ambiance folle. Si je n’ai ce jour-là rien vu de ce qui s’est passé dans les rues de Paris, hormis notre propre arrestation et si je n’ai à plus forte raison rien pu y faire, ce qui était le but de l’opération, j’ai le sentiment que toutes ces rencontres, ces récits, ces moments partagés en cellule m’ont appris au moins autant sur ce qui se passe réellement que ce que j’aurais pu voir au dehors. Il y avait là une sorte de radiographie un peu brute, un échantillonnage autrement plus charnel que ce qu’en connaissent les statisticiens.
Qu’est-ce qui vous a marqué ou interpelé dans le profil de vos co-détenus ? Etaient-ils là pour des raisons aussi subversives que vous ?
 
Déjà, c’était à de très rares exceptions près des ouvriers. Sociologiquement, rien à voir avec la population des manifestations d’extrême gauche. Intérimaires du bâtiment, magasiniers, travailleurs à la chaînes, marins pêcheurs, ... Et aussi des gamins. Au commissariat, il y avait deux filles de treize ans. Au dépôt il y avait quelques mineurs. Globalement des gens très chouettes, vivants, sensibles, intelligents. Une humanité tellement plus saine et plus forte que la bande de tarés qui prétendent encore gouverner ou représenter quoi que ce soit. On comprend que ceux-ci détestent ceux-là, je crois que ce sont le ressentiment et la peur qui se drapent dans les habits du mépris. Beaucoup des gens qui étaient là arrivaient tout juste en car des quatre coins de la France. C’était parfois leur premier séjour à Paris, dont il n’ont vu qu’un cordon de flics et des cellules pourries. Au début de la garde à vue, la crainte principale de mes compagnons de cellule était de ne pas savoir s’orienter dans ce merdier pour retrouver une gare après être sortis.
Autre fait frappant, ils étaient à peu près tous là pour des motifs aussi ridicules que nous, pris dans des circonstances dérisoires. Il est clair que sommés de produire tout le résultat possible dans toutes les directions et avec toute latitude, les flics ont souvent été au plus simple. Ils ont commencé par prendre les gens à la sortie des trains et des cars, ceux qui ne couraient pas vite ou qui n’avaient pas compris qu’il fallait courir, des gamins isolés. Ça leur a permis de faire du chiffre rapidement - il fallait donner l’impression que la situation était sous contrôle -, et tant qu’à faire d’impressionner des gens qui n’étaient pas tout à fait préparés à ça.
Beaucoup ont été cueillis à quelques dizaines de mètres de leur car, embarqués, placés en garde à vue sous prétexte de masque de protection, parfois quelques pétards ou un fumigène. Un de mes codétenus, un peu trop naïf, s’était approché d’un cordon de CRS et leur avait demandé où il pouvait aller manifester tranquillement. Réponse du CRS : ’Nulle part. La manif n’est pas autorisée. Qu’est-ce que vous avez dans votre sac ?’ Le type répond qu’il a un masque de protection et quelques pétards. Les CRS le gardent sur le côté et appellent du renfort. Quatre voitures de flics arrivent pour mettre hors d’état de nuire le dangereux individu. Un autre est pris alors qu’il va au commissariat demander des nouvelles de ses amis arrêtés. On lui demande s’il a sur lui des objets dangereux. Il répond qu’il a un couteau dans son sac et le confie à l’accueil. Il est arrêté pour port d’arme. Un autre est arrêté parce qu’il s’est fait mettre à terre et détruire la gueule à coup de pied par plusieurs flics qui lui ont ensuite enfoui la tête dans son bonnet avant de lui donner encore plusieurs coups dans la nuque. Deux jeunes garçons, des frères, gueules d’anges, sortaient d’un mariage dans les beaux quartiers (rare exception à la composition sociale dominante des interpellés) et ont ramassés des tasses Starbucks qui traînaient par terre (le sus-nommé établissement s’était fait saccager quelques temps plus tôt), ils se sont fait embarquer pour recel, je crois. Un autre gamin a quant à lui ramassé un pantalon sur la place de la République, relief du pillage du Go Sport. Un type très sympathique, témérairement armé de quelques pommes dans son sac à dos, est accusé à tort d’avoir jeté un pavé.
La plupart des gens arrêtés le sont sous le même chef d’accusation que nous, ’participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations’. Le caractère vague, prospectif, détaché de presque toute notion de fait objectif de cette accusation est dans la droite ligne de ’l’association de malfaiteurs’ et de ’l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste’.

De ce que vous en racontez, de ce qu’en a rapporté la presse et surtout du fait que vous ayez écopé d’un simple rappel à la loi, on comprend que les policiers de la DGSI comme ceux qui ont géré votre garde à vue après vos interpellations en grandes pompes, n’avaient en réalité rien à vous reprocher. Comment interprétez-vous le fait que la DGSI se soit lancée dans une opération aussi ridicule et que vous ayez fait malgré cela 30 heures de garde à vue ? Quelles étaient leurs intentions selon vous ? 
 
Tout d’abord, je dirais que c’était ridicule mais qu’ils l’ont fait. Cela ne prouve pas seulement que le ridicule ne tue pas. Cela atteste encore que la DGSI et l’appareil gouvernemental sont prêts à assumer publiquement qu’envoyer les services secrets arrêter armes aux poings et la cagoule en fête, en pleine rue, des manifestants présumés sous prétexte qu’on leur connaît une activité politique, fait désormais partie des moyens à disposition du pouvoir exécutif pour encadrer une manifestation. Quel que soit le caractère dérisoire de notre arrestation, c’est un message dont il ne faut pas négliger la portée. Pensaient-ils trouver plus dans notre coffre que ce qu’ils y ont trouvé ? On ne le saura jamais. Mais si du dehors le contraste entre la méthode et le résultat semble frappant, je crois que du point de vue de la police et du pouvoir ça n’apparaît même pas comme un inconvénient. Ils s’agit pour eux de revendiquer la légitimité de ces moyens comme aussi bien l’usage massif d’armes qui mutilent, comme les rafles arbitraires, comme l’envoi des blindés, comme le fait de communiquer sur le possible usage sur les foules de liquides incapacitants, comme le fait d’empêcher même des centaines de gens de monter dans les trains quitte à ce que les trains partent vides. Le pouvoir est aux abois, et le déchaînement de ces moyens extraordinaires lui sert autant à communiquer qu’à se rassurer sur le fait qu’il aura tout tenté. Dans ce contexte, j’interprète les prolongements de garde à vue, pas seulement les nôtres, comme une petite punition dissuasive. On peut imaginer aussi que les magistrats n’étaient pas en mesure de traiter ces centaines de dossier en 24h et qu’à défaut ils n’ont pas répugné à cette punition collective. Que cela les mène à l’échec, que par exemple les Bordelais qui n’ont pas pu prendre le train pour Paris aient finalement fait plus de dégâts à Bordeaux qu’ils n’en auraient peut-être pu faire à Paris, que parmi les centaines d’interpellés - il faut même dire les milliers, il y en a eu plus de 3000 ces dernières semaines -, ceux qui ne sont pas terrorisés soient naturellement conduits à revenir avec moins d’innocence et sans doute là où on ne les attend pas, que les mensonges grossiers des médias s’usent très vite d’eux-mêmes et définitivement, ne serait-ce que parce que presque tout le monde connaît désormais au moins quelqu’un qui a pu opposer sa version vécue des événements à celle retravaillée par le langage de la propagande, c’est ce qui me semble le plus vraisemblable.

Si l’intuition des services secrets avait été la bonne et que vous aviez pu rejoindre les rassemblements de gilets jaunes ce jour-là pour dégrader les murs des Champs-Elysées à l’aide d’une bombe de peinture, qu’auriez-vous inscrit ?
 
C’est évidemment difficile à dire hors contexte ! Ça dépend du moment, du lieu précis de l’inscription, etc. Mais bon, si j’imagine les Champs-Elysées, la proximité de cet Arc de Triomphe (triomphe de quoi ?) dont on nous a tant rabattu les oreilles, il me vient deux idées entre lesquelles je n’arrive pas à choisir. « Ici est passé le peuple inconnu » ou bien « Tu n’auras pas même droit à Sainte-Hélène ».
paru dans lundimatin#169, le 14 décembre 2018