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dimanche 8 septembre 2019

Le « bon gros gâchis » de Biarritz : un récit libertaire du contre-G7

La mobilisation contre le G7 de Biarritz a été un énorme fiasco, avec une cristallisation des divergences stratégiques et organisationnelles au sein du milieu militant. Légalisme non violents d’un côté, insurrectionnalisme à courte vue de l’autre… C’est la rançon d’une mobilisation sans objectifs.
Le contre-sommet du G7 avait été organisé depuis septembre 2018 par une plate-forme double (une basque et une hexagonale) composée de différentes organisations et associations, notamment Attac, les Amis de la Terre, la LDH et diverses ONG, soutenues par plusieurs organisations politiques et syndicales. Peu avant le contre-sommet, les groupes révolutionnaires locaux qui participaient à l’organisation (les collectifs anarchistes locaux IPEH Antifaxista et Indar Beltza) s’étaient retirés de la plate-forme, déplorant l’opacité des décisions et les pratiques autoritaires qui y prévalaient.
Tout le monde se retrouvait néanmoins à Urrugne, sur le campement aménagé pour recevoir 10 000 contestataires. Un « village altermondialiste » isolé par les autorités… à 30 kilomètres de Biarritz, où se tient le G7, et à 7 kilomètres d’Hendaye, où se tiennent les conférences du contre-sommet.

Le campement d’Urrugne, à 7 kilomètres d’Hendaye. cc Pierre-Olivier Chaput/Radio Parleur.
Du début à la fin, sur ce camp d’Urrugne, il y aura peu d’animation politique : quelques stands de gilets jaunes avec journaux locaux et tracts, quelques anarcho-syndicalistes et autonomes. Les policiers ont d’abord été autorisés par les organisateurs et organisatrices à pénétrer dans le camp, et ont procédé à des contrôles. L’ambiance a vite été délétère, entre les prêcheurs de l’insurrection immédiate d’une part, rejetant toute règle (vue comme arbitraire) et toute discussion avec les organisateurs du contre-sommet volontiers traités de « collabos » ; d’autre part les institutionnels et légalistes de la plate-forme, chantres de la non-violence, hostiles à toute autre forme d’action, et autoritaires dans la communication des informations, la prise de décisions et l’organisation des actions.

Tentative avortée de bloquer l’autoroute

Dès vendredi, vers 16 heures, après s’être installé·es, environ 300 militantes et militants entament une manifestation sauvage près du camp, avec pour but le blocage de l’autoroute. Aucune casse en traversant la ville, pas d’incidents notables. La manifestation arrive face à un important barrage de fourgons des forces répressives, qui les attendent à l’entrée de l’autoroute. Derrière, les « Brigades de répression de l’action violente » (Brav, créés en mars, pendant le mouvement des gilets jaunes) bloquent la voie empruntée à l’aller. En réponse, quelques cailloux sont envoyés dans leur direction, après quoi ils répliquent en tirant dans le tas avec leurs LBDs, sans aucune sommation.
Cela révèle la posture des forces de l’ordre pour toute la durée du contre-sommet : attendre et/ou provoquer le moindre faux pas pour réprimer le plus violemment possible.
Le cortège suit l’itinéraire imposé par la police sans problèmes. Drones et hélicoptères le survolent et surveillent son évolution. Malgré cela, les forces de répression tentent des intrusions dans le cortège à deux reprises, d’abord un motard de la gendarmerie, puis une voiture de la Brigade anticriminalité (Bac), virés tour à tour du cortège. Les provocations deviennent menaces lorsque les Brav foncent sur les manifestantes et manifestants, les attaquant à coups de matraques et de LBD. Des blessé·es sont à déplorer, ainsi que plusieurs arrestations d’une violence extrême. Les agressions policières se poursuivent à l’encontre des manifestantes et manifestants qui cherchent à rentrer, jusqu’à l’entrée du camp où enfants et personnes âgées sont installé·es pour le contre-sommet.
Peu après le retour et le récit des camarades participant-es, nouveau rassemblement sur la route en bas du camp. Les forces répressives reviennent. Elles sont accueillies par des manifestant·es mis·es en colère par la répression qui a précédé. Après un moment de simple présence, les forces répressives se remettent à tirer au LBD, à envoyer des grenades lacrymogènes sur les gens, qui remontent sur le chemin vers le camp. Des barricades sont dressées, jets de pierres en réponse à l’agression des CRS. Ces derniers finissent par redescendre et se retirer après quelques derniers jets de grenades et tirs de LBD.

Quinze mille personnes à Hendaye

Samedi matin à 11 heures, à Hendaye, la manifestation est déclarée. Quinze mille marcheurs et marcheuses défilent sous divers drapeaux d’organisations politiques, syndicales et associatives, entre autres Attac, Ensemble, la CNT, Extinction Rébellion (XR), SUD-Solidaires, Oxfam, etc. On entend des chants pour la libération des prisonniers politiques basques. On reconnaît aussi les slogans des samedis Gilets Jaunes à Bordeaux.
La police se tient en retrait. Dans la ville il y a peu de monde outre les 15.000 manifestant-es annoncé-es. La plate-forme a prévu un service d’ordre de plusieurs centaines de non violent-es, notamment d’Alternatiba et d’Attac, qui protègent en chaîne humaine les banques et autres symboles capitalistes de toute action qui aurait pu les viser, tout en scandant des slogans anticapitalistes. Elle défend ainsi sa décision arbitraire et unilatérale de soumission et d’enchaînement au système capitaliste et à l’État, qu’elle nomme pudiquement « consensus d’action ». Les organisations non-violentes se sont ainsi faites les auxiliaires objectives des forces de répression, allant jusqu’à tenter d’empêcher les personnes agacées par cette attitude de sortir du cortège et de changer d’itinéraire.

À Hendaye, la manifestation du 24 août a attiré 15.000 personnes. cc Pierre-Olivier Chaput/Radio Parleur
Après avoir été défendu par les manifestant·es, un homme se fait arrêter : trouvant d’abord refuge dans un bar devant lequel ils et elles s’interposent avant d’être écarté-es par les policiers, hués par la foule, il est finalement interpellé. Cet exemple montre bien qu’à l’inverse des positions tranchées de la plate-forme qui n’a pas communiqué sur les multiples arrestations ni sur les blessé·es ou l’infiltration et le fichage policiers, les contestataires du G7 n’étaient pas dans leur globalité aussi aveugles sur le rôle historique des forces répressives ou sur l’action non violente. Tout le monde ne rentrait pas dans la logique de reddition des organisations de la plate-forme.
La manifestation finit sans plus d’incidents à Irun, côté espagnol de la frontière.

Le Pays basque bouclé par la police

Dans la région, contrôles systématiques de toutes les voitures, fouilles intégrales et intimidations sont la norme. Les voitures sont arrêtées et contrôlées tout le long de la route. Trois militants allemands ont ainsi été interpellés, et deux emprisonnés, sans autre motif que leur possession de brise-glace et de documents liés à la gauche radicale.

Table ronde « Ripostons à l’autoritarisme ! » au contre-G7, le 21 août. cc G7EZ
À Bayonne, zone interdite aux manifestations, plusieurs appels à rassemblement tournent ; des policiers et gendarmes à tous les coins de rues, ils contrôlent au hasard les passant-es, les ponts sont bloqués par des barrages avec nouvelles fouilles systématiques. Le Petit Bayonne s’en trouve verrouillé. Certain-es militant-es se font contrôler six fois de suite. De nombreuses arrestations préventives. Ambiance d’occupation, blindés, canons à eau, nombreux voltigeurs hués par la foule. Les forces répressives ont commencé à encercler la zone, finissant par la fermer totalement avec des grilles anti-émeutes mobiles. Les personnes ayant prévu de manifester sont éparpillées en petits groupes du fait de l’omniprésence des forces répressives, et régulièrement intimidées.
Le rassemblement a lieu à l’entrée de la ville sur la presqu’île, environ 500 personnes participent ; des affrontements ont lieu entre manifestant-es non équipé-es d’un côté et forces répressives, avec canon à eau, hélicoptères, drones et Brav de l’autre. Après un grand nombre d’arrestations de manifestant-es, le rassemblement se termine par une nasse très longue. Le soir, des affrontements ont lieu sur le camp, en réponse aux provocations des forces répressives.

L’annulation des actions de blocage

Le dimanche, la plate-forme annule sept actions de désobéissance civile. Selon Le Canard enchaîné, (1) le ministère de l’Intérieur aurait négocié cela en échange d’une autorisation officieuse de la « marche des portraits » à Bayonne… qui par ailleurs sera un échec, en ne rassemblant que peu de monde.
Le lendemain, les deux plateformes anti-G7 ont opposé un démenti formel aux informations du Canard (2).
La nuit de dimanche à lundi, dernière confrontation avec les forces répressives qui sont revenues harceler les participantes et participants par des contrôles incessants à l’entrée du camp après avoir contrôlé les gens le long de la route.

La grille mobile anti-émeutes utilisée par la police. cc Pierre-Olivier Chaput/Radio Parleur
Ce contre-sommet est finalement une victoire politique pour le gouvernement et plus largement pour l’État. En effet le déroulement du G7 n’a absolument pas été dérangé par les mobilisations. Le camp a été infiltré par une policière, qui a été surprise en train d’envoyer photos et informations multiples sur des centaines de personnes notamment lors d’assemblées générales ou de réunions sensibles, dont elle rendait compte à sa hiérarchie (3). Les arrestations et emprisonnements ont été très nombreuses. Les actions et rassemblements n’ont pas réuni beaucoup de monde hormis à la balade de Hendaye.

Repenser les contre-sommets

Tout cela doit amener à certaines conclusions. Tout d’abord il faut analyser que les organisations de la plate-forme ont joué un rôle de négociatrices plutôt que véritablement contestataires, et noter leur inconséquence politique et organisationnelle, qui a mis en danger de nombreuses personnes. D’autre part noter l’incapacité des organisations révolutionnaires à se concerter pour apporter une réponse solide à ce genre d’événements. On ne peut plus laisser la place à des légalistes frileux vis-à-vis de l’action directe, et porteurs d’un anticapitalisme tronqué, se résumant dans la plupart des cas au retour à un stade antérieur de développement capitaliste (4), ou à un contrôle citoyen institutionnel idéalisé, qui ne tient absolument pas compte des siècles de lutte des classes ni du rôle historique de l’État, chien de garde des intérêts du capital.
Il faut enfin réaffirmer face aux tendances à idéaliser une opposition insurrectionnelle, que cette dernière doit se penser et s’organiser véritablement, et qu’elle doit tenir compte du rapport des forces en présence, qui nous était lors de ce G7 extrêmement défavorable. Des actions de blocage et de sabotage dans des villes autour du Pays basque nord auraient pu être une alternative.
Quoi qu’il en soit, ce G7 laisse un goût amer, et une « impression de bon gros gâchis » pour reprendre les mots d’un militant de l’UCL sur place. En effet, même si notre stratégie est avant tout la construction du rapport de forces et du contre-pouvoir sur les lieux de travail, nous pensons que la propagation des idées révolutionnaires peut aussi passer par le blocage – ou au moins la perturbation – des sommets des maîtres du monde. A condition de bien lier les deux !

Arthur (UCL Bordeaux),
avec les camarades d’Auvergne et de Gironde
 
(1) « Ministre négociateur », Le Canard enchaîné, 28 août 2019.
(2) « À aucun moment les plateformes n’ont eu de “discrètes négociations avec Laurent Nunez” ». Lire leur communiqué de presse.
(4) Les organisations comme Attac se revendiquent anticapitalistes, mais ne ciblent dans leur discours que des morceaux du problème : mondialisation, concentration du capital par quelques individus, etc. Elles laissent entendre qu’il suffirait de limiter les symptômes, sans remettre en question les causes, à savoir les fondements du capitalisme, comme la propriété privée.

 Source : http://unautrefutur.org/le-bon-gros-gachis-de-biarritz-un-recit-libertaire-du-contre-g7/

A propos de la flic infiltrée débusquée au contre-sommet du G7

Ceci est un texte rédigé en urgence afin que l’info tourne et que toutes les personnes et tous les groupes que cette personne a approché ces derniers mois puissent s’organiser en conséquence.
Ceci est un texte rédigé en urgence afin que l’info tourne et que toutes les personnes et tous les groupes que cette personne a approché ces derniers mois puissent s’organiser en conséquence. Il semble que cette flic infiltrée se faisait appeler « Dan », « Rose », « Rose des sables » ou « Clara » en fonction des villes et des groupes dans lesquels elle évoluait, et elle avait sûrement bien d’autres surnoms. Elle a la soixantaine, est assez fine, mesure entre 1,55 m et 1,65 m, c’est une grande fumeuse, elle a les traits tirés et porte presque tout le temps des lunettes de soleil (voir photos). Elle prétendait venir de Clermont-Ferrand auparavant et avoir eu une activité militante là-bas. Elle disait également qu’elle travaillait à Enedis sur Toulouse actuellement.
 
Sur le camp du contre-sommet, lors d’une assemblée assez sensible portant notamment sur l’organisation du départ de la manif de Bayonne, cette femme a été remarquée (par des personnes la connaissant du mouvement GJ à Toulouse) en train de prendre discrètement, avec son téléphone portable, des photos des gens participant à l’AG. Ces personnes ont décidé d’intervenir et de se confronter à elle, à l’écart de l’AG.
 
Lorsque son téléphone est checké, il apparaît que plusieurs centaines de photos d’actions, de manifs et d’AG ont été prises les 3 jours précédents. Par la suite, les camarades se sont rendus compte que certaines de ces photos, notamment celles de personnes prises en gros plan, donc clairement identifiables, ont été envoyées (accompagnées de rapports détaillés sur leurs activités, ainsi que des comptes-rendus de réunion en groupe restreints) à un supérieur qui lui demandait des précisions et lui donnait des consignes. Dans la confusion qu’a provoquée cette découverte, cette keuf a réussi à disparaître du camp (et il est probable qu’elle ait été exfiltrée du centre Pierre & Vacances où elle s’était sans doute réfugiée, lors de l’attaque du camp par les flics qui a eu lieu quelques heures plus tard). A noter qu’elle a tenté, juste avant, d’envoyer un message intitulé « téléphone HS » sur un groupe Telegram d’orga du G7, ce qui nous indique qu’elle était en contact avec d’autres flics présents sur ces listes.
 
Bien plus qu’une simple indic
 
Ce qui frappe dans cette histoire, c’est l’ampleur des connexions et des informations auxquelles cette personne avait accès. A ce jour, on sait qu’elle est apparue dans le mouvement Gilets Jaunes à Toulouse courant janvier, qu’elle a participé à l’organisation des parcours de manifestations, qu’elle s’est positionnée sur de nombreux groupes Telegram et Facebook (elle a à ce jour deux Facebook connus : « Dan boro » et « Rose des sables »), qu’elle a pris part aux assemblées et à différentes commissions du mouvement, qu’elle a réussi à approcher et à se connecter avec des personnes et des groupes qui pouvaient être perçus comme les plus déters du mouvement. Il faut également savoir qu’elle était dans les groupes d’organisation Telegram des hébergements GJ lors des Actes nationaux de Toulouse et qu’elle a donc pu procéder à un fichage conséquent. Nous sommes donc loin d’avoir affaire à une simple indic de la police, comme il y en a bien sûr ici et là. Cette personne organisait, impulsait et poussait à des actions ; elle mettait en relation des gens afin que la police puisse procéder à des arrestations. C’est l’État qui organisait ses coups de filet...
 
On a retrouvé cette situation à Toulouse, Bordeaux et Montpellier, mais également et surtout dans l’organisation du contre-sommet du G7. Pour paraître crédible, cette pourriture de flic s’appuyait sur les connexions en mettant en avant la place qu’elle occupait dans d’autres villes, dans d’autres réseaux - une technique de flic bien rodée.
 
Concernant le contre-sommet, elle a incité pendant des mois de nombreuses personnes de différentes villes à s’y rendre, en leur promettant une mise à disposition sur place de matériel défensif et offensif. Il est apparu qu’elle avait incité et facilité de nombreuses actions, et qu’elle était le seul contact sur place pour des personnes venant des quatre coins de la France et d’autres pays. Cette technique de flicaille, notamment de RG, est bien connue : pousser à l’infraction et ensuite interpeller… Elle organisait (et « sécurisait »...) la venue de personnes sur le camp et elle occupait une grande place dans la logistique du contre-sommet (organisation de la manif à Bayonne, autres « camps » près de Bayonne, et ouvertures possibles de squats, connexions avec des participants aux réus de la plate-forme officielle de l’anti-G7…). Le plan des keufs a sûrement été mis à mal par la découverte de l’une de leurs sales taupes. Cependant, il est aujourd’hui certain que cette infiltration a contribué à emprisonner de nombreux camarades ces derniers mois. Il reste encore difficile aujourd’hui de connaître l’ampleur des dégâts.
 
Malgré tout ce qui vient d’être dit ici, il s’agit de ne pas se laisser envahir par la paranoïa. Ne nous refermons pas sur nous-mêmes, notre force réside également dans nos espaces d’organisation collective ouverts. La répression que nous subissons est à la hauteur de la force de notre mouvement. Le meilleur moyen de se défendre de la flicaille reste de détruire ce qui la produit : le système qui a besoin d’elle.
Si vous avez des informations, n’hésitez pas
deratisation1312@riseup.net


P.-S.

Note de IAATA : Nous ne sommes pas encore en mesure de savoir précisément si cette personne est directement membre de la police ou d’un autre service ou si c’est une « indic ». Cela ne change rien aux mesures à prendre pour éventuellement se protéger si vous avez fréquenté de près ou de loin cette personne.

lundi 17 juin 2019

De Hambourg à Biarritz : «United we stand» - On reste soudé·e·s!

Appel à actions décentralisées les 6 et 7 juillet 2019 en solidarité avec tou·te·s ceux·elles qui sont touché·e·s par la répression, entre autres suite au G20 de Hambourg.

Appel à actions décentralisées les 6 et 7 juillet 2019 en solidarité avec tou·te·s ceux·elles qui sont touché·e·s par la répression, entre autres suite au G20 de Hambourg.
Nous relayons ici l’appel de « United we stand » pour des actions décentralisées les 6 et 7 juillet 2019 en solidarité avec tou·te·s ceux·elles qui sont touché·e·s par la répression. 

Cela fait déjà deux ans que les manifs, les colonnes de fumée, les vitres brisées et les sirènes du G20 de Hambourg sont passées. Malgré la violence policière massive, ce sont les souvenirs de moments libérateurs qui prédominent, comme un espoir tangible exprimé à travers la colère de dizaines de milliers de personnes.

Unite against repression – Uni·e·s contre la répression 

La répression n’a pas seulement pris la forme d’une violence policière inouïe pendant le sommet. Elle est allée bien plus loin : surveillance, traques publiques, enquêtes, diffamation, amendes et privations de liberté pour de nombreux·ses ami·e·s.
Des conditions de détention indescriptibles et un système de justice politique, infligeant des privations de libertés aberrantes directement après le sommet, sont une riposte brutale pour un sommet échoué que personne ne voulait. Pourtant, l’escalade et le démantèlement conséquent de droits fondamentaux par la police étaient d’une évidence prévisible. Le « festival de la démocratie » s’est transformé en un désastre pour les libertés publiques.
En décembre 2018 a démarré le procès de la « Elbchaussee ». Quatre jeunes Allemands d’Offenbach et le poète français Loïc S., seul encore en détention à ce jour, doivent payer pour une série de voitures et vitres dégradées aux abords d’une manifestation dans le quartier d’Altona. Comble de l’ironie, l’expression de notre solidarité a été qualifiée de « pédagogiquement négative » par le tribunal et a été utilisée pour justifier le déroulement du procès à huis clos.
Outre le procès « Elbchaussee », d’autres poursuites judiciaires contre notre mouvement sont en cours et à venir. Elles concernent la fête des barricades dans le quartier « Sternschanze », la manifestation de la veille au port, et le déchaînement de violences policières dans le district « Rondenbarg ». Il est donc plus que jamais nécessaire de rendre notre solidarité audible et visible.

Unite to resist – Uni·e·s pour résister 

Mais la résistance de Hambourg était et reste légitime dans toute son ampleur face à la crise mondiale actuelle de la machinerie capitaliste. Nous ne nous laisserons pas impressionner par les lois autoritaires à venir et le violent virage vers la droite que prend la société. Il s’agit au contraire de s’opposer d’autant plus à l’oppression économique, la catastrophe environnementale et l’agitation raciste et antiféministe.
Cette année, la France de Macron tient la présidence du G7. Dans un climat de tensions sociales croissantes et de répression, le sommet de Biarritz en août 2019 donnera également lieu à des protestations massives. Nous serons à nouveau debout côte à côte, sur les plages de l’Atlantique, pour lever nos poings face à l’appareil répressif. Aucun sommet ne se passera jamais au calme.
Construisons la solidarité transfrontalière ! Poursuivons la lutte pour une société fondée sur la solidarité et contre les sommets des dirigeants et de leurs sbires ! Après le sommet, c’est avant le sommet ! Notre solidarité contre leur domination !

L’alliance des structures solidaires contre le G20 en Allemagne appelle à des actions de soutien à l’occasion du second anniversaire du sommet de Hambourg les 6 et 7 juillet 2019. Organisez-vous dans votre ville et devenez actif ! La solidarité est notre force !
De Hambourg à Biarritz : United we stand ! 

Source : https://de.indymedia.org/node/33676


lundi 10 juin 2019

CGT VS Arabie Saoudite et sa guerre au Yemen

La CGT dockers et des personnels de la manutention du Golf de Fos qui dénonce et refuse de charger un navire d’armes à destination de l’Arabie Saoudite, ci dessous leur communiqué :


samedi 15 décembre 2018

Julien Coupat, interpelé par 5 voitures de la DGSI, placé 36h en garde à vue

Interpelé par 5 voitures de la DGSI, placé 36h en garde à vue

Il mangeait des croissants avec Julien Coupat, deux gilets jaunes dans le coffre


Samedi 8 décembre, alors que 9000 policiers interpellaient préventivement des centaines de gilets jaunes pour les empêcher de manifester et permettre à leur ministre de tutelle de parader fébrilement à la télévision, Julien B. musicien, s’est fait braquer au Buttes Chaument par une dizaine d’agents des services secrets.
Ami de longue date de Julien Coupat, nous nous sommes entretenus avec lui afin qu’il nous raconte cette arrestation aussi spectaculaire que ridicule et ce week-end inattendu mais instructif à de nombreux égards.

lundimatin : Bonjour Julien, vous vous êtes fait interpeler par la DGSI samedi dernier accompagné de Julien Coupat. Pouvez-vous nous expliquer les circonstances de cette interpellation ainsi que son déroulé ?
 
Julien B. : Julien et moi avions dormi dans le même appartement. Ce matin-là, nous achetons des croissants et nous montons dans sa voiture. Après quelques minutes, alors que nous approchons des Buttes Chaumont, je me rappelle que des croissants nous attendent sur la banquette arrière. Je me retourne pour les attraper, à ce moment précis une voiture pile devant nous. Des individus aux visages partiellement masqués par des foulards surgissent armés de revolvers qu’ils braquent sur nous nerveusement à travers les vitres de la voiture. Ils nous font descendre toujours en nous braquant (et en appelant Julien par son nom), et nous plaquent contre la voiture. Je comprends que je ne mangerai pas de croissants. Il y au moins 5, peut-être 6 ou 7 voitures banalisées plantées derrière et devant nous au milieu de l’avenue Bolivar, et une bonne collection de sales gueules plus ou moins dissimulées. Palpations et petits coups de pression de circonstance plus tard ils nous font ouvrir le coffre et y trouvent, ô mazette : des gilets jaunes, deux masques de peinture, du sérum physiologique, des compresses, des lunettes de protection, deux draps et deux bombes de peinture. Nous leur faisons quelques remarques sur le ridicule de cette arrestation. Ils nous passent les menottes et nous font monter chacun dans une voiture. Là il nous conduisent à toute berzingue vers un ’Cia’ (c’est comme cela qu’ils appellent le commissariat). À l’approche du commissariat, le conducteur de la voiture où j’étais, qui n’était pas masqué, enfile pour impressionner les simples flics du commissariat un passe-montagne. L’effet dramatique du costume tombe un peu à l’eau quand ils s’avère que ni le conducteur ni ses collègues ne connaissent exactement l’adresse du commissariat. Ils tournent dix minutes dans le quartier sans le trouver. Une fois le bâtiment identifé il leur faut encore quelques minutes pour débusquer l’entrée. La cagoule produit quand même l’effet escompté sur les collègues, qui font tous à peu près la même blague : ’oh putain, tu nous as fait peur, on a failli te tirer dessus’. Il n’a pas complètement perdu sa journée. Dans le commissariat règne le plus grand désordre. Ils sont visiblement débordés. On nous menotte à des bancs dans une espèce d’enclave ouverte sur le couloir principal. Les flics qui passent s’étonnent que ces deux-là ne soient pas emmenés avec les autres prises, au fond du couloir. Leurs collègues expliquent avec des airs entendus et mi-voix que ce sont ceux de la ’DG’. Nous sommes flanqués d’un gars de la DGSI qui a la mission ennuyeuse de nous surveiller. Une demande d’aller aux toilettes donne lieu à quelques débats théoriques entre flics et barbouzes pour savoir sous la responsabilité de qui nous sommes. Nous avons quelques échanges acides et de notre côté un peu sarcastiques. Puis ils emmènent Julien pour la fouille ou je ne sais quoi, et je me retrouve seul face au barbouze de la DGSI. Il me fixe le plus intensément qu’il peut pendant plusieurs minutes comme s’il cherchait à m’hypnotiser. Je ne veux aucun rapport avec ce pervers, je me contente de regarder le plafond. Puis il se redresse un peu sur son siège et me dit sur un ton faussement détendu : ’Bon alors, c’était quoi le programme ?’ Je soupire et tourne la tête. Je me dis qu’ils me considèrent comme le maillon faible et qu’ils vont sans doute essayer sur moi quelques-unes de leurs ficelles.
Les barbouzes finissent par nous laisser aux mains de leurs collègues en uniforme. On nous notifie notre garde à vue, lacets, ceinture, fouille, etc. À côté de nous des gens sont amenés l’un après l’autre pour subir les photographies d’identification, leurs tatouages et piercings sont soigneusement détaillés. On apprend que le commissariat est déjà plein et que nous allons être transférés ailleurs. Nous sommes emmenés au commissariat du 20 ème. Là aussi c’est la confusion. On nous monte au deuxième étage, mais en fait il ne fallait pas aller au deuxième étage donc on nous redescend. Après quelques errements nous sommes conduits dans une encoignure, et là, gardés par une demi-douzaine de flics, nous faisons connaissance avec nos premiers co-gardés à vue.

Les policiers de la DGSI vous disent-ils la raison de votre interpellation ? Ou bien devez-vous attendre le moment de votre placement en garde à vue par les policiers ’lambdas’ du commissariat ?
 
C’est au moment de la notification de notre garde à vue que nous apprenons le chef d’accusation de ’participation à un groupement en vue de commettre des violences ou dégradations’. Vu les circonstances de notre arrestation, deux types dans une voiture à plusieurs kilomètres du moindre rassemblement et le contenu de notre fouille et du coffre de la voiture, nous nous disons déjà que ce chef d’accusation va être un peu compliqué à défendre pour eux et que, sauf soutien sans faille de l’appareil judiciaire, la DGSI semble condamnée à très court terme à se couvrir une nouvelle fois de ridicule. Nous savons déjà à ce moment là qu’il y a eu de très nombreuses interpellations. Il y en avait déjà un certain nombre d’annoncées avant notre courte sortie en voiture. La surcharge du premier commissariat, le mélange de surexcitation et de confusion des flics en sont des indices supplémentaires. Ce sera plus clair encore quand nous arriverons au second commissariat.

Et lors de vos auditions, les policiers semblaient sûrs de leur fait et ont réellement essayé de vous interroger sur le contenu de votre coffre ?
 
Oui, absolument. À vrai dire, vu que je n’ai accepté de répondre à aucune de leurs questions, ils n’ont pas pu pousser très loin leurs raisonnements et leurs interrogations. En gros ils me demandaient mes rapports avec Julien Coupat qui de son côté a pris le parti de leur répondre uniformément la même réponse : "Le pouvoir a peur. La DGSI se venge.". Ils voulaient savoir où nous allions, mon opinion sur le mouvement des gilets jaunes, si je reconnaissais les objets trouvés dans la voiture et ce que nous comptions en faire. Quand ils les ont empilés devant moi sur le bureau, je n’ai pas pu réprimer un éclat de rire. Je leur ai fait remarquer au passage que c’était plutôt amusant de se faire reprocher d’avoir un gilet jaune dans le coffre de sa voiture. Entre temps j’avais eu le temps de discuter avec d’autres gens arrêtés, et de constater à quel point le niveau de délire de notre arrestation se retrouvait semblablement dans toutes les autres, bien que les formes en soient assez variées. Mais le point commun, c’est que la plupart des gens arrêtés en début de journée l’ont été parce qu’ils possédaient de simples équipements de protection. Considérer qu’avoir sur soi le minimum pour ne pas crever tout de suite dans des manifestations où chacun a pu voir à la télé qu’il faut s’attendre à se faire gazer copieusement sans sommation et à se ramasser des grenades et des coups de flashball, cela revient à dire qu’en somme on est soit une victime consentante, soit un casseur. Et c’était bien le message déversé toute la semaine précédente, diagrammes et pictogrammes à l’appui, sur BFM TV et ailleurs.
Ils voulaient également connaître les codes de mon téléphone. Cette question est revenue à plusieurs reprises, ils passaient également dans les cellules pour demander à tout le monde les codes pin et de déverrouillage. Vu le peu d’éléments pour soutenir la plupart des arrestations et le caractère vague, jésuitique de l’accusation, qui concerne l’intention, l’exploitation des téléphones, et en particulier les échanges de textos, les messages et les partages sur les réseaux sociaux ont pris une grande importance. C’est aussi le prétexte pour un fichage général, carnets d’adresses à l’appui.

Vous disiez tout à l’heure que les commissariats étaient pleins à craquer, il s’agissait de « gilets jaunes » ? Avez-vous eu l’occasion de discuter avec vos codétenus ?
 
Oui, c’est bien sûr de ’gilets jaunes’ que les commissariats étaient pleins. À part 4-5 gars au dépôt, je n’ai même vu que ça. Tout au long de la garde à vue, nous n’avons jamais été moins de 4 par cellule (soit dit en passant avec un seul matelas et une couverture qui puait la pisse à se partager) dans des cellules théoriquement individuelles. Dans une cellule un peu plus grande, au dépôt nous étions même plus d’une douzaine. Dans la ’salle de préfouille’ du dépôt nous nous sommes comptés, nous étions au moment où Julien et moi sommes arrivés 46 personnes et un chiotte bouché dans quelque chose comme 40 mètres carrés. À mesure que les gens sortaient pour être fouillés et intégrer leurs cellules, d’autres arrivaient. J’ai eu très largement le temps de discuter avec mes codétenus. En fait j’ai parlé avec une soixantaine de personnes. Je n’étais pas avec Julien dans les cellules successives où l’on nous a enfermés, nous avons donc rencontré des personnes différentes pendant la garde à vue proprement dite. Quand nous nous sommes retrouvés dans la salle de préfouille, nous sommes allés voir tous nos codétenus un par un. Chacun nous a raconté les circonstances de son arrestation, et nous avons bavardé. Il y avait là des gens incroyables et une ambiance folle. Si je n’ai ce jour-là rien vu de ce qui s’est passé dans les rues de Paris, hormis notre propre arrestation et si je n’ai à plus forte raison rien pu y faire, ce qui était le but de l’opération, j’ai le sentiment que toutes ces rencontres, ces récits, ces moments partagés en cellule m’ont appris au moins autant sur ce qui se passe réellement que ce que j’aurais pu voir au dehors. Il y avait là une sorte de radiographie un peu brute, un échantillonnage autrement plus charnel que ce qu’en connaissent les statisticiens.
Qu’est-ce qui vous a marqué ou interpelé dans le profil de vos co-détenus ? Etaient-ils là pour des raisons aussi subversives que vous ?
 
Déjà, c’était à de très rares exceptions près des ouvriers. Sociologiquement, rien à voir avec la population des manifestations d’extrême gauche. Intérimaires du bâtiment, magasiniers, travailleurs à la chaînes, marins pêcheurs, ... Et aussi des gamins. Au commissariat, il y avait deux filles de treize ans. Au dépôt il y avait quelques mineurs. Globalement des gens très chouettes, vivants, sensibles, intelligents. Une humanité tellement plus saine et plus forte que la bande de tarés qui prétendent encore gouverner ou représenter quoi que ce soit. On comprend que ceux-ci détestent ceux-là, je crois que ce sont le ressentiment et la peur qui se drapent dans les habits du mépris. Beaucoup des gens qui étaient là arrivaient tout juste en car des quatre coins de la France. C’était parfois leur premier séjour à Paris, dont il n’ont vu qu’un cordon de flics et des cellules pourries. Au début de la garde à vue, la crainte principale de mes compagnons de cellule était de ne pas savoir s’orienter dans ce merdier pour retrouver une gare après être sortis.
Autre fait frappant, ils étaient à peu près tous là pour des motifs aussi ridicules que nous, pris dans des circonstances dérisoires. Il est clair que sommés de produire tout le résultat possible dans toutes les directions et avec toute latitude, les flics ont souvent été au plus simple. Ils ont commencé par prendre les gens à la sortie des trains et des cars, ceux qui ne couraient pas vite ou qui n’avaient pas compris qu’il fallait courir, des gamins isolés. Ça leur a permis de faire du chiffre rapidement - il fallait donner l’impression que la situation était sous contrôle -, et tant qu’à faire d’impressionner des gens qui n’étaient pas tout à fait préparés à ça.
Beaucoup ont été cueillis à quelques dizaines de mètres de leur car, embarqués, placés en garde à vue sous prétexte de masque de protection, parfois quelques pétards ou un fumigène. Un de mes codétenus, un peu trop naïf, s’était approché d’un cordon de CRS et leur avait demandé où il pouvait aller manifester tranquillement. Réponse du CRS : ’Nulle part. La manif n’est pas autorisée. Qu’est-ce que vous avez dans votre sac ?’ Le type répond qu’il a un masque de protection et quelques pétards. Les CRS le gardent sur le côté et appellent du renfort. Quatre voitures de flics arrivent pour mettre hors d’état de nuire le dangereux individu. Un autre est pris alors qu’il va au commissariat demander des nouvelles de ses amis arrêtés. On lui demande s’il a sur lui des objets dangereux. Il répond qu’il a un couteau dans son sac et le confie à l’accueil. Il est arrêté pour port d’arme. Un autre est arrêté parce qu’il s’est fait mettre à terre et détruire la gueule à coup de pied par plusieurs flics qui lui ont ensuite enfoui la tête dans son bonnet avant de lui donner encore plusieurs coups dans la nuque. Deux jeunes garçons, des frères, gueules d’anges, sortaient d’un mariage dans les beaux quartiers (rare exception à la composition sociale dominante des interpellés) et ont ramassés des tasses Starbucks qui traînaient par terre (le sus-nommé établissement s’était fait saccager quelques temps plus tôt), ils se sont fait embarquer pour recel, je crois. Un autre gamin a quant à lui ramassé un pantalon sur la place de la République, relief du pillage du Go Sport. Un type très sympathique, témérairement armé de quelques pommes dans son sac à dos, est accusé à tort d’avoir jeté un pavé.
La plupart des gens arrêtés le sont sous le même chef d’accusation que nous, ’participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations’. Le caractère vague, prospectif, détaché de presque toute notion de fait objectif de cette accusation est dans la droite ligne de ’l’association de malfaiteurs’ et de ’l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste’.

De ce que vous en racontez, de ce qu’en a rapporté la presse et surtout du fait que vous ayez écopé d’un simple rappel à la loi, on comprend que les policiers de la DGSI comme ceux qui ont géré votre garde à vue après vos interpellations en grandes pompes, n’avaient en réalité rien à vous reprocher. Comment interprétez-vous le fait que la DGSI se soit lancée dans une opération aussi ridicule et que vous ayez fait malgré cela 30 heures de garde à vue ? Quelles étaient leurs intentions selon vous ? 
 
Tout d’abord, je dirais que c’était ridicule mais qu’ils l’ont fait. Cela ne prouve pas seulement que le ridicule ne tue pas. Cela atteste encore que la DGSI et l’appareil gouvernemental sont prêts à assumer publiquement qu’envoyer les services secrets arrêter armes aux poings et la cagoule en fête, en pleine rue, des manifestants présumés sous prétexte qu’on leur connaît une activité politique, fait désormais partie des moyens à disposition du pouvoir exécutif pour encadrer une manifestation. Quel que soit le caractère dérisoire de notre arrestation, c’est un message dont il ne faut pas négliger la portée. Pensaient-ils trouver plus dans notre coffre que ce qu’ils y ont trouvé ? On ne le saura jamais. Mais si du dehors le contraste entre la méthode et le résultat semble frappant, je crois que du point de vue de la police et du pouvoir ça n’apparaît même pas comme un inconvénient. Ils s’agit pour eux de revendiquer la légitimité de ces moyens comme aussi bien l’usage massif d’armes qui mutilent, comme les rafles arbitraires, comme l’envoi des blindés, comme le fait de communiquer sur le possible usage sur les foules de liquides incapacitants, comme le fait d’empêcher même des centaines de gens de monter dans les trains quitte à ce que les trains partent vides. Le pouvoir est aux abois, et le déchaînement de ces moyens extraordinaires lui sert autant à communiquer qu’à se rassurer sur le fait qu’il aura tout tenté. Dans ce contexte, j’interprète les prolongements de garde à vue, pas seulement les nôtres, comme une petite punition dissuasive. On peut imaginer aussi que les magistrats n’étaient pas en mesure de traiter ces centaines de dossier en 24h et qu’à défaut ils n’ont pas répugné à cette punition collective. Que cela les mène à l’échec, que par exemple les Bordelais qui n’ont pas pu prendre le train pour Paris aient finalement fait plus de dégâts à Bordeaux qu’ils n’en auraient peut-être pu faire à Paris, que parmi les centaines d’interpellés - il faut même dire les milliers, il y en a eu plus de 3000 ces dernières semaines -, ceux qui ne sont pas terrorisés soient naturellement conduits à revenir avec moins d’innocence et sans doute là où on ne les attend pas, que les mensonges grossiers des médias s’usent très vite d’eux-mêmes et définitivement, ne serait-ce que parce que presque tout le monde connaît désormais au moins quelqu’un qui a pu opposer sa version vécue des événements à celle retravaillée par le langage de la propagande, c’est ce qui me semble le plus vraisemblable.

Si l’intuition des services secrets avait été la bonne et que vous aviez pu rejoindre les rassemblements de gilets jaunes ce jour-là pour dégrader les murs des Champs-Elysées à l’aide d’une bombe de peinture, qu’auriez-vous inscrit ?
 
C’est évidemment difficile à dire hors contexte ! Ça dépend du moment, du lieu précis de l’inscription, etc. Mais bon, si j’imagine les Champs-Elysées, la proximité de cet Arc de Triomphe (triomphe de quoi ?) dont on nous a tant rabattu les oreilles, il me vient deux idées entre lesquelles je n’arrive pas à choisir. « Ici est passé le peuple inconnu » ou bien « Tu n’auras pas même droit à Sainte-Hélène ».
paru dans lundimatin#169, le 14 décembre 2018 

mardi 4 septembre 2018

L’AMOUR ET LA RÉVOLUTION, EXARCHEIA EN TOURNÉE



 
 
 
QUARTIER REBELLE D’ATHÈNES
EXARCHEIA EN TOURNÉE
DU 31 AOÛT AU 7 SEPTEMBRE 2018
À MILAN, MARSEILLE, TOULOUSE,
BORDEAUX, ZAD NDDL, PARIS ET LYON

Projections, rencontres, débats et repas partagés en présence de camarades libertaires et antifascistes venus d’Exarcheia qui ont participé au film L’Amour et la Révolution.

Les 5 intervenants de la tournée :

GIORGOS DU GROUPE ANARCHISTE ROUVIKONAS
Basé au cœur d’Exarcheia et très célèbre en Grèce, ce groupe anarchiste multiplie les actions coup de poing contre tous les pouvoirs depuis plusieurs années et fait souvent la une des journaux télévisés. Malgré la propagande inquiétante contre lui, il bénéficie d’une grande popularité parmi les opprimés et donne une image courageuse et solidaire de l’Anarchisme. Beaucoup de ses membres sont également impliqués dans la lutte contre Aube Dorée au centre d’Athènes et dans des initiatives solidaires autogérées.
---> Ici, une vidéo en français de 10 minutes <---
qui présente ROUVIKONAS et montre ses actions. 
 
 MIMI DU SQUAT DE MIGRANTS NOTARA 26
Premier squat historique de la crise des réfugiés en 2015 au centre d’Athènes, le Notara 26 occupe un immeuble appartenant au ministère du travail dans le nord-ouest du quartier. En 2016, il a été victime d’une attaque incendiaire fasciste, mais a rapidement été reconstruit. Au total, il a accueilli plus de 6000 migrants de 15 nationalités différentes, dont beaucoup d’enfants, dans l’autogestion, la solidarité et la démocratie directe.


 PERSEUS ET KINIMATINI DU CONTRE-MÉDIA PERSEUS 999
Contre-média réputé en Grèce et au-delà, Perseus 999 est une chaîne youtube qui propose un autre regard sur les résistances libertaires et antiautoritaires à Athènes : vidéos au cœur des émeutes, actions antifascistes, musiques rebelles, comptes-rendus d’événements politiques et preuves irréfutables de la répression.

LE RÉALISATEUR YANNIS YOULOUNTAS
Militant libertaire et antifasciste proche des trois collectifs ci-dessus, initiateur d’actions solidaires et de convois vers Exarcheia, Yannis est aussi l’auteur d’un livre sur le quartier (Exarcheia la noire aux Éditions Libertaires) et le réalisateur de la trilogie Ne vivons plus comme des esclaves, Je lutte donc je suis et L’Amour et la Révolution. Il diffusera des extraits du troisième film montrant Rouvikonas, Notara 26 et Perseus 999 en actions et aidera à la traduction durant les échanges.
 

lundi 6 août 2018

Même l'été ça colle !!





Non à la nouvelle loi asile-immigration


Mercredi 1 août, le parlement a définitivement adopté la nouvelle loi asile immigration qui durcit encore les modalités d'accueil des immigré-e-s et facilite les expulsions. Le gouvernement, au travers de son ministre de l’intérieur G. Collomb, avait déjà lancé son grand plan anti-migrant-e-s et sans papiers dès le 12 décembre 2017 en publiant la nauséabonde circulaire autorisant le « recensement » des personnes étrangères dans les centres de d’hébergement d’urgence par des « équipes mobiles » de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Ces équipes seront composées d’au moins un agent de préfecture compétent en droit des étrangers et d’agents de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, auxquels peuvent s’ajouter «des personnels compétents en matière de veille ou d’évaluation sociale» elles ont pour but de «s’entretenir avec les personnes étrangères» pour «procéder à l’évaluation administrative» de leur situation.
Sous couvert de pouvoir mieux les « orienter en fonction de leur situation », comme le disent très bien les associations d’aide aux migrant-e-s, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une logique «de recensement, d’étiquetage et de triage» qui va conduire à instaurer un contrôle généralisé des personnes étrangères. Cette mesure n’aboutira qu’à augmenter la précarisation, le passage à une certaine forme de clandestinité des personnes et enfants en les éloignant des centres d’accueil, les renvoyant de fait dans la rue, impliquant déscolarisation, rupture de soins, …
On peut craindre aussi des sanctions financières envers les associations qui s’opposeraient à cette circulaire, sachant que pour la plupart elles dépendent d’aides publiques.
Le juge des référés du conseil d'Etat a été saisi par des associations d’aides aux migrant-e-s pour en demander la suspension, le ministre de l'Intérieur a assuré qu'elle serait maintenue qu’elle qu’en soit la décision.
La loi « asile-immigration », qui vient d'être définitivement adoptée, s’inscrit dans la continuité des lois anti immigré-e-s qui se sont succédées ces vingt dernières années. Le président la présente comme une loi « d’humanité et de fermeté », mais n’est en fait qu’une loi anti-migrant-e-s et sans papiers, compliquant les démarches administratives, facilitant les mises en rétention et les expulsions, qu’ils appellent maintenant avec sobriété « éloignement ».
Pour faire croire à son « humanité » et donc nous la « vendre », le gouvernement annonce que cette nouvelle loi va améliorer, faciliter le traitement des demandes d’asile. Ce traitement passerait de 1 an à moins de six mois, en regardant de plus près, toutes les mesures ne sont faites que pour, au contraire, compliquer la dépose de dos-siers par les migrant-e-s, voir même les dis-suader et aug-mente par contre les possibilités de fichage et facilite les ex-pulsions. On pourra noter l’absurdité qu'entre le dépôt et la réponse de demande, les personnes ne sont pas considérées comme des demandeuses d’asile et peuvent donc avoir des difficultés à obtenir un hébergement d’urgence, voir même être placées en en centre de rétention.

Plus précisément dans la loi concernant la demande d'asile :

  • Le délai pour déposer un dossier de demande d'asile passe de 120 à 90 jours
- Le budget 2018 prévoit 150 postes supplé-mentaires en préfectures, le gouvernement voulant réduire le traitement de la demande d’asile, en passant de onze à six mois. Problème, ces nouveaux postes ne sont pas uniquement alloués au traitement des demandes d’asile donc comment cela impactera la vitesse de traitement des dossiers ?
  • Création de 200 places en centre d'accueil et d'examen des situations (CAES) dans chaque région, soit plus de 2 600 places sur l'ensemble du territoire. 1 300 places seraient opérationnelles depuis le 31 janvier. Avec ces centres, l'Etat développe des structures couplant accueil et contrôle administratif afin de mieux parquer/surveiller et faciliter les expulsions
  • Restriction des conditions d'accès au titre de séjour «étranger malade» alors que dans le même temps il y a la création d'un "passeport santé" pour la patientèle solvable des hôpitaux

En ce qui concerne les sans-papiers :
  • Passage de 6 à 24 h pour la durée de retenue administrative pour vérification du droit au séjour
  • augmentation du délai maximum de rétention, il passe de 45 à 90 jours avec prolongation possible de 15 jours si la personne fait obstacle à son éloignement
  • Maintient en rétention dans le délai courant entre l’ordonnance de libération prononcée par le juge et l’appel du préfet.
  • 400 places de plus pour la rétention administrative
  • Possibilité de recourir à l’assignation à résidence pendant le délai de départ volontaire
  • Renforcement du régime de l'assignation à résidence avec obligation de demeurer au domicile pendant une plage horaire
  • Possibilité de placer en rétention un demandeur d'asile présentant une « menace grave pour l'ordre public » (arrêté d'expulsion, interdiction du territoire)
  • Limitation du droit du sol sur l’île de Mayotte. Seuls les enfants dont au moins un des deux parents en situation régulière depuis plus de trois mois sur l'île avant la naissance pourront désormais demander la nationalité française.


Le gouvernement se félicite d'avoir augmenté les expulsions de 14 % en 2017 et de 100% celles concernant les « dublinés » (personnes ayant fait des demandes d'asiles dans plusieurs pays européens), pourtant Emmanuel Macron annonçait encore le 5 septembre 2017 : "Nous reconduisons beaucoup trop peu" d’où cette nouvelle loi asile-immigration qui va plus loin dans le fichage, le parcage et les expulsions. Car ne soyons pas dupe, quand le président parle « d’humanité » dans cette loi c’est avant tout pour une immigration choisie, des mesures « en faveur de l'attractivité et de l'accueil des talents et compétences » en passant par notamment l’ex-tension du "passeport talent" à de nouvelles catégories, la directive facilitant l'installation en France des étudiants cher-cheurs, … Cela se retrouve même dans le domaine de la santé où bientôt seul-e-s les patient-e-s étrangers/ères ri-ches auront accès au soin, le président ré-affirmant que les migrants économiques n'ont pas vocation, selon lui, à rester sur le territoire. On voit clairement la politique anti-migrant-e-s mise en place par ce gouvernement, en organisant le recensement, le fichage, le parcage, la rétention, l’expulsion des demandeurs/euses d’asile et des sans papiers qui ne seraient « pas assez bien pour la France ».

La fédération anarchiste s’est opposée et s’opposera toujours aux lois racistes, anti-immigré-e-s et contre les sans papiers des gouvernements en défendant la liberté de circulation, d’installation par l’abolition des frontières et des nations.

4 Aout 2018
La Fédération Anarchiste

lundi 23 juillet 2018

Communiqué : Même plus beoisn d'être flic pour tabasser

23/07/2018

Les bavures et autres intimidations de la part des forces de « l'ordre » sont déjà plus que fréquentes, on voit maintenant un membre de la garde rapprochée du président Macron en la personne d'A. Benalla jouer au flic en paradant avec le brassard « police » lors 1er mai à Paris. Puis arborant un casque de CRS, il passe à l'arrestations de personnes et au tabassage d'un manifestant devant des CRS et bacceux complices. V. Crase, ami et membre du service de protection de « en marche » est lui aussi pris en flagrant délit d'usurpation d'identité.
L'Etat, à grand renfort de médias, nous a expliqué des semaines durant qu'il fallait condamner la violence des manifestant-e-s et particulièrement des black bloc, par contre celles de la garde rapprochée de Macron doivent être étouffées et minimisées. Il aura fallu 2 mois et demi pour que les vidéos soient rendues publiques et qu'A. Benalla et son comparse V. Crase, gendarme réserviste, soient démasqués. Sous la pression publique, l'Etat, dos au mur, a engagé une procédure de licenciement contre A. Benalla qui a été mis en garde à vue puis mis en examen avec son comparse.
A l'inverse, combien d'arrestations dites préventives avant des manifs ? combien d'heures de garde à vue immédiate pour avoir porté du noir en manif, occupé un lycée ou une fac ? Combien de jours de prison pour avoir jeté un pétard ou cassée une vitrine ? L'Etat se croit tout puissant avec la violence et la répression comme seuls discours, les bavures policières comme celle de l'entourage présidentiel se déroulent en toute impunité.
Comme le disaient si ironiquement les Bérurier Noir, « aux mains de l'Etat, la force s'appelle droit, aux mains de l'individu, elle se nomme crime », combien de temps allons-nous accepter cela ?
La Fédération Anarchiste apporte tout son soutien aux proches et aux victimes d'un Etat toujours plus violent et meurtrier.

Fédération Anarchiste

Fin du concours «Capturez le drapeau»

Il y a qques jours s'est fini le fameux concours «Capturez le drapeau» en Allemagne, bilan : + de 600 drapeaux et articles de fans "confisqués", mis bout à bout cela fait un rectangle de 5m par 70m, le tout a été bien évidemment détruit, voir la vidéo de l'action.


mercredi 11 juillet 2018

Lettre de prison de l’anarchiste Lukas Borl de République Tchèque

Voici une lettre du compagnon anarchiste Lukáš Borl, inculpé pendant l’opération Fenix, qui a frappé des anarchistes de République Tchèque. Depuis, il est sorti de prison. Pour un aperçu global de ce qu’a été l’opération Fenix, lire le texte en dessous de la lettre du camarade.
 
*****

Dimanche septembre 4 septembre 2016, j’ai été arrêté par la police dans la ville de Most et incarcéré en préventive dans la prison de Litomerice.
Malheureusement, est arrivé ce que je ne voulais pas qui arrive ; cependant, je savais depuis longtemps que cela pouvait se produire à tout moment. Heureusement, je me suis préparé mentalement à une telle éventualité, ce qui me permet de gérer avec calme ce type de réalité désagréable, à laquelle je suis exposé en ce moment, tout comme le sont mes proches.
J’ai été capturé par ceux qui défendent la domination du Capital sur nos vies. Toutefois, cela ne change rien à ma volonté de continuer le long du chemin que j’ai choisi. Je continuerai à détruire et à créer. A lutter et à aimer. Je reste anarchiste, avec tout ce que cela signifie. J’ai décidé pour l’instant d’écrire quelques lignes à propos de ma détention. Dans peu de temps, je m’exprimerai certainement sur d’autres sujets que je considère importants.



Avant l’arrestation
Ce n’est un secret pour personne qu’à partir d’un certain moment j’ai choisi de « disparaître », car je craignais que la police prévoie de m’arrêter. J’ai exprimé mes raisons dans le texte « Disparition de la surveillance du pouvoir d’État » [à lire en anglais ici : https://lukasborl.noblogs.org/disappearing-the-state-control/ ], qui a été publié sur différents sites du mouvement anarchiste. Le choix que j’ai fait m’a permis de vivre caché et assez heureux pendant quelques mois. Je me suis déplacé librement et j’ai mangé de la bonne nourriture. Le monde entier est devenu ma maison et j’ai pu y trouver des havres d’existence sociale et culturelle.
Grâce au soutien émotif et matériel reçu, j’ai eu assez d’énergie pour continuer à me battre pour l’émancipation. J’avais connaissance des risques qui étaient associés à un tel choix, mais je n’ai jamais pensé arrêter et je ne le pense pas maintenant non plus. Se libérer de l’autorité de l’État et du capitalisme est un but tellement attrayant que ça m’est impossible d’en distraire mon attention. Même le fait que le pouvoir me menace de ses mains, ses bâtons ou ses prisons… Être anarchiste signifie pour moi voir chaque menace comme une conséquence inévitable de mon désir manifeste de liberté. Cela est lié à la vie quotidienne des rebelles. Un fait que je ne peux pas éviter, mais que je peux défier. Chose que je fais et que je continuerai à faire.
Les circonstances de mon arrestation
La police m’a arrêté à Most, la petite ville où je suis né et où j’ai longtemps vécu. J’ai une partie de ma famille et beaucoup d’ami-es. A Most, au côté d’autres personnes, on avait fait vivre le centre « Ateneo » et on avait organisé une longue série d’événements liés au mouvement anarchiste. Bref, dans cette ville, je suis assez connu, et par les gens et par la police et les bureaucrates.
Certains jugeront « stupide » ma décision de venir dans cette ville pendant que j’étais sous le coup d’un mandat d’arrêt européen. Même si les personnes qui me sont les plus proches le pensaient, je ne les blâmerais pas. Parce qu’elles observent cela à partir d’une position différente de la mienne. Du coup, je conçois que certaines personnes ne comprennent pas les pensées et les actes de quelqu’un qui est en clandestinité depuis longtemps. La vie d’une personne en cavale est marquée par la séparation avec les personnes qu’elle aime et avec lesquelles, auparavant, elle était en contact strict et fréquent. C’est une des choses les plus dures à affronter pour une personne qui se trouve dans une telle situation. Trouver de l’argent, de la nourriture, un abri ou la sécurité sont, par rapport à cela, des tâches relativement faciles. Il y a deux façons d’affronter une telle séparation. Soit l’accepter passivement, ce qui signifie aussi s’exposer à la douleur et à une frustration infinie. Ou bien essayer de surmonter la séparation par des contacts occasionnels, ce qui, bien entendu, augmente de beaucoup le risque d’être capturé par la police. J’ai « instinctivement » choisi la deuxième option. Je savais ce que j’étais en train de risquer et ce que je pouvais perdre. Mais je savais aussi que dans l’isolement je pouvais perdre quelque chose de très important pour moi – les contacts avec les personnes auxquelles je tiens et qui tiennent à moi. C’est pourquoi j’ai décidé de venir à Most, en ayant conscience des risques.
Tout aurait pu bien se passer et j’aurais pu très prochainement me déplacer en lieu plus sûr ; cela n’était pas difficile et j’avais tout préparé avec soin. Mais, comme tout le monde le sait, dans la vie arrivent parfois des événements inattendus, qui ne peuvent pas être prévus ni évités. Dans de tels cas, la préparation, la volonté ou l’habilité n’aident pas. On est entraîné par les événements, sans être capable de les prévoir ou de les changer. C’est exactement ce qui m’est arrivé. Du coup, non seulement je n’ai pas pu voir mes proches, mais j’ai également été arrêté. Je n’expliquerai pas maintenant pourquoi et comment cela est arrivé. Je le ferai peut-être à l’avenir.
Déclarations de la police
Peu après mon arrestation, on m’a présenté un document qui officialisait ma mise en cause dans une affaire criminelle. J’ai décidé d’exercer mon droit au silence pendant toute cette procédure L’enquête est menée par la section de police pour la lutte contre le crime organisé (ÚOOZ). Ils m’accusent d’avoir fondé, supporté et promu un mouvement visant à la suppression des droits humains et des libertés. Selon l’ ÚOOZ, j’ai fondé le Réseau des cellules révolutionnaires (SRB), participé à certaines des actions du SRB et j’aurais écrit certains de ses communiqués, ainsi que publié ces derniers sur le site web « Asociace Alerta ». De plus, ils déclarent que j’ai perpétré une violation de la propriété et la dégradation de la propriété d’autrui, cela à quatre reprises. Deux fois lors d’incendies de voitures de police. Une fois lors de l’incendie de la porte d’un magasin. Et une par un tag sur la prison Ruzyne de Prague. Enfin, l’ÚOOZ m’accuse aussi de la campagne de boycott du propriétaire du restaurant de steaks « Rizkarna ».
J’ai étudié attentivement toutes ces accusations, pour trouver sur quelles bases l’ÚOOZ croit que j’ai mené ces actions. Honnêtement, cela m’a tranquillisé, parce que ces « preuves » sont un mélange de spéculations et d’évaluations de « pistes » qui, en réalité, ne prouvent pas ma participation à ces actions.
Défense
Cela est bien connu, je n’ai pas de sympathie pour le système judiciaire. Je le considère comme une partie des instruments répressifs du capitalisme, dont je suis un ennemi. J’ai néanmoins décidé d’essayer de me défendre au tribunal, au vu de la faiblesse des « preuves » que le ÚOOZ présente contre moi. Je me rends compte que ce choix signifie se battre sur le terrain de l’ennemi avec des armes limitées. Cela est la raison pour laquelle je n’ai pas des attentes exagérés ou des illusions sur le fait que le tribunal soit une institution indépendante qui puisse servir aux luttes d’émancipation.
Je me défendrai au tribunal, mais je reste toujours sur l’idée que la lutte anarchiste doit se baser en premier lieu sur la logique subversive de l’action directe plutôt que faire confiance à des instruments institutionnels de l’État et à des formes d’action indirectes (avec des représentant-es médiateurs-trices). Au vu de ce que j’ai dit et fait depuis des années, le type de lutte que je préfère est clair. Je continuerai à agir en accord avec cela et je veux que ce soit la même de la part des personnes qui se solidarisent avec moi.
Encore armé et dangereux
Pendant ma période de cavale, la police et les médias me définissaient comme « dangereux et armé ». J’ai confirmé cela dans un texte (Lukas Borl in viewfinder of the police). Au moment de mon interpellation, la police m’a pris ma gazeuse de défense, mon poing américain, un pistolet à gaz avec deux chargeurs et 23 recharges (ces armes peuvent être achetées légalement en République Tchèque, sans un permis de port d’arme). Maintenant ils me gardent en taule. Je maintiens que je suis encore armé et dangereux. Dangereux (pour la capitalisme) parce que, même derrière ces barreaux, je refuse de m’adapter aux conditions d’exploitation et j’encourage d’autres à se rebeller contre celles-ci. Je suis encore armé, grâce à ma volonté d’être solidaire. Jusqu’à présent, ils ne sont pas parvenus à me l’enlever et l’ont considéré comme quelque chose d’important pour les poursuites criminelles. La solidarité et l’esprit de révolte sont des armes que j’ai encore en moi et que je suis prêt à utiliser. Je l’ai déjà fait, je le fais et je continuerai à le faire.
Terrain de lutte
En tant qu’anarchiste, j’ai toujours été conscient de la possibilité d’être arrêté. Après tout, chaque régime supprime ses opposants de cette manière. Maintenant, je suis en détention préventive mais je ne considère pas cela comme la fin de mon parcours anarchiste. La prison est simplement une des nombreuses étapes qu’un révolutionnaire peut (mais ne doit pas nécessairement) traverser. Ce n’est pas la fin. Juste un changement de circonstances et du terrain où je lutterai à présent contre les oppresseurs. Ça me fait plaisir de pouvoir continuer à combattre au côté d’autres anarchistes. Avec ceux qui comprennent que la lutte collective est la seule issue pour sortir du marécage capitaliste.
Actions de solidarité
Tou.te.s ceux/celles qui sentent le besoin de me soutenir peuvent choisir leur façon et temporalité, selon leurs propres considérations. Je ne dirai à personne quoi faire, ni comment. Mais clairement je ne veux voir personne, sans mon consentement, renier des actions directes faites en solidarité à mon encontre. Si je ne suis pas d’accord avec une action, je le dirai moi-même, si je le considère important.
Un conseil pour ceux/celles qui ont des doutes sur quel type d’action serait la bienvenue : prenez des informations sur mon passé, pour comprendre quelle sont mes positions idéologiques. Si cela vous fait sens. De cette manière vous pourrez mettre de côté tout doute sur quel type d’action serait la bienvenue pour moi et quel type ne le serait pas. Pas de temps à perdre.
Aucune paix sociale avec ceux/celles qui nous oppriment et nous exploitent. La lutte continue !
Salutations anarchistes depuis la taule.
Votre frère, ami, compagnon Lukáš Borl
11.9.2016, Litoměřice 
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Répression dans la soi-disante République Tchèque

Anti Fenix (traduction reçue par mail) / avril 2018



Sur un mur de la prison de Prague. « La répression n’arrêtera pas le désir de liberté ! »

Les répressions et la surveillance policière dirigées contre les mouvements anti-autoritaires et subversifs ont toujours été présents. Ces dernières années, nous avons pu en faire l’expérience à une échelle jusqu’alors inconnue dans le contexte et l’histoire de la République Tchèque, avec coup monté, des accusations de terrorisme, large diabolisation médiatique, tentatives de diviser le mouvement, propagation de la paranoïa, emprisonnement et de longues et exténuantes audiences pénales. « L’Opération Fenix », le nom donné par la police à l’opération de provocation policière qui a eu lieu, a un rapport avec d’autres mesures répressives dans des contextes d’Europe et d’Amérique du Nord. Particulièrement parce que le status quo utilise la tactique de diviser pour mieux régner, au cœur même de ses sens et objectifs. Nous espérons que cette chronologie vous aidera à mieux comprendre notre expérience et à savoir à quoi vous attendre à l’endroit où vous vivez et où vous vous organisez.
28 avril 2015 : Les mesures répressives majeures ont débuté. Tôt le matin, la police perquisitionne plusieurs maisons, ainsi que le centre social Ateneo dans la ville de Most. Ils confisquent plusieurs outils informatiques, notamment un serveur qui hébergeait des pages web radicales et du matériel imprimé. Ils arrêtent 11 personnes et de nombreuses autres sont convoquées pour un interrogatoire. Les personnes furent obligées de donner leur ADN et leurs empruntes digitales, contre leur volonté. Trois anarchistes, Petr, Martin et Aleš sont placés en détention provisoire. La police garde le silence total sur les informations concernant l’affaire.
Mai 2015 : Petr, Martin, Aleš et Sasa (Sasa n’était pas placé en détention provisoire) sont accusés de conspiration en vue de la préparation d’une attaque terroriste sur un train transportant de l’équipement militaire. Deux autres anarchistes sont accusés d’être des co-conspirateurs, étant au courant du projet d’attaque, mais ne l’ayant dénoncé à la police. Malgré le silence sur l’affaire, les médias publient l’information fuitée selon laquelle l’objectif officiel de l’opération Fenix est de révéler et de se débarrasser du Réseau de Cellules Révolutionnaires, un groupe qui a incendié de nombreux véhicules de police, barrières de péage, ainsi que les véhicules d’un patron et propriétaire de restaurant qui ne payait pas les salaires.
Le collectif AntiFenix est fondé en tant que groupe de radicales-aux qui sentent qu’on ne peut pas rester calmes face à une telle répression. AntiFenix coopère de près avec l’Anarchist Black Cross, avec une attention particulière sur les événements autour de la répression immédiate de retour à la maison.
6 mai 2015 : Après trois ans d’existence, le squat Cibulka est expulsé. L’expulsion est une énorme et coûteuse opération policière, avec plus de 120 flics anti-émeute lourdement équipés.
L’information sur le coup monté est diffusée.
6 juin 2015 : Les médias sont remplies d’informations selon lesquelles une maison du ministre de la défense de République Tchèque a été attaquée avec plusieurs cocktails molotov. Il n’y a pas eu de feu, les pompiers n’ont pas été appelés et la femme du ministre a trouvé les bouteilles plus de 24 heures après « l’attaque » et a ensuite appelé la police. Les anarchistes se demandent si cette attaque visible et suspecte aura des conséquences et se tournera contre nous.
Juin 2015 : L’information sur le coup monté est diffusée. Le groupe accusé de conspiration était infiltré depuis 2014 déjà par deux agents provocateurs qui ont gagné leur confiance. Les agents enregistraient les réunions avec pour but de développer un plan afin de commettre des actions plus combatives, pour pouvoir commencer l’opération répressive contre le mouvement. En dépit de l’affirmation de la police, selon laquelle toute l’opération a détruit le Réseau de Cellules Révolutionnaires (un groupe insurrectionnel), les sabotages et incendies contre la police et les capitalistes continuent, et leur nombre augmente.
26 juin 2015 : Un autre anarchiste, le compagnon Igor S. est arrêté et reste en détention provisoire, accusé de l’attaque incendiaire contre la maison du ministre de la défense de République Tchèque. Aucune preuve n’est fournie, et cependant les conditions les plus strictes lui sont imposées.
9 août 2015 : Aleš, un des quatre anarchistes emprisonnés, sort de prison alors qu’il était en préventive. La police abandonne l’accusation d’attaque terroriste et l’accuse de port illégal d’armes [NdT : 310 000 personnes possèdent un permis de port d’arme en République Tchèque], accusation basée sur la perquisition de son domicile. Après plusieurs mois, Aleš est déclaré coupable et écope d’un contrôle judiciaire pour ce délit. Aleš ne fait pas appel de la décision de la Cour.
Fin d’été 2015 : Un autre anarchiste, Lukáš Borl, prend la décision de passer en clandestinité, à cause de la surveillance et du harcèlement policier envers lui et celles et ceux qu’il aime.
25 septembre 2015 : Igor est libéré sous caution de sa détention provisoire. Petr et Martin restent en prison.
Novembre 2015 : Petr est libéré de prison grâce aux manquements dans la procédure et au bon travail de son avocat.
Hiver 2015 : La police publie sur internet un profil de Lukáš Borl, comme étant « Recherché » et affirme qu’il est dangereux et armé. Nous considérons ce moment comme étant le début de Fenix 2.
5 avril 2016 : La police débarque dans l’appartement de nos compagnon-nes à Prague. La raison officielle est la recherche de Lukáš Borl. Le jour suivant, le 6 avril, les flics pénètrent dans un autre appartement à Brno, donnant la même raison pour réaliser la perquise.
26-27 avril 2016 : Les premières audiences au tribunal depuis le début de Fenix débutent. Pendant ce grand moment de théâtre judiciaire, l’affaire concernant Igor S. est close à cause du manque de preuves, ce qui est intéressant à la lumière de la décision de la Cour de première instance du sixième district de Prague, de changer la classification de l’acte et de l’accusation de terrorisme. Néanmoins, comme punition pour un graffiti solidaire sur un mur de prison, Igor écope de 2 années de déportation hors de République Tchèque – après que le proc’ a demandé une déportation et de 4 à 8 mois de prison. Igor fait immédiatement appel.
9 juin 2016 : Martin commence une grève de la faim pour protester contre sa détention, contre l’opération Fenix et les mauvaises conditions en prison, telles que l’isolement des activités sociales et sportives, et contre le non-respect de son régime vegan de la part de la cantine de la prison. Martin arrête la grève après 10 jours, en raiosn de la mauvaise santé de sa mère.
20 juillet 2016 : La Haute Cour change la punition de Igor. Il est toujours reconnu coupable d’avoir enregistré quelqu’un qui taguait les murs de la prison. Au lieu de la déportation, il est banni de tous les événements anarchistes publiques pour une durée de 3 ans. Utilisant cette punition comme un outil de contrôle, la police coopère avec le service de liberté surveillée et bannit Igor de tous les événements ou actions qu’elle considère comme anarchiste – des Food not bombs aux manifs, à n’importe quel événement publique annoncé dans un espace gauchiste ou anarchiste, aux concerts ou aux discussions ; pour faire sa liste mensuelle des événements dont il est interdit, la police utilise la page internet radar.squat.net.
Août 2016 : Début des seconde et troisième audiences des anarchistes accusés dans l’opération Fenix.
3 août 2016 : La police débarque à nouveau dans le même appartement à Brno, comme lors du 6 avril 2016, à la recherche de Lukáš Borl. Pareil que pour la fois précédente, ils n’avaient aucune autorisation officielle.
4 septembre 2016 : Lukáš Borl est arrêté à Most, ville où il réside après une année en clandestinité, et placé en détention préventive avec l’accusation de fonder, soutenir et faire la promotion d’un mouvement ayant pour objectif la suppression des droits et de la liberté humaines, de chantage, ainsi que d’attaques incendiaires.
27 septembre 2016 : Après 17 mois de détention préventive, Martin L. est relâché sur décision de la cour Constitutionnelle concernant l’illégalité de n’importe quel prolongement de son incarcération.
Automne, hiver 2016 : Auditions de l’affaire Fenix. De 1 à 5 anarchistes sont accusé-es d’une attaque terroriste contre le train.
13 avril 2017 : Lukáš Borl est libéré sous caution de détention préventive après 7 mois d’emprisonnement.
24 avril 2017 : Petr Blahuš, membre de la Cour, en est exclu pour non-objectivité. Il s’est avéré qu’il a travaillé pendant 13 ans avec la même unité de police, celle qui a en fait créé l’opération Fenix.
10 mai 2017 : Igor est totalement innocenté. Selon la Cour Suprême et la sixième administration de la ville de Prague, il n’a pas commis ne serait-ce que le moindre délit. Le Ministre de l'(in)justice s’excuse des actions illégales de la police et paye une compensation d’envergure d’environ 14,000 euros.
Juin 2017 : La police débarque avec de nouvelles accusations dans l’affaire Fenix 2, accusant 4 personnes supplémentaires, toutes et tous accusé-es de 16 crimes au total. La police fait un lien entre ces quatre personnes et Lukaš et les accuse « d’établir, de supporter et de diffuser un mouvement visant à la suppression des droits humains et de la liberté » pour avoir mis des communiqués en ligne ou pour avoir certaines brochures chez elles et eux.
22 septembre 2017 : Le tribunal de Prague innocente de toutes les accusations les anarchistes accusés par Fenix 1 (l’attaque contre le train). L’avocat d’État fait immédiatement appel. Toute l’affaire ira en Cour Suprême. Il y a toujours une possibilité de peine de prison, dont de la prison à vie pour deux personnes. Les médias ont changé de discours et sont généralement neutres quant aux accusés, ils écrivent sur les provocations policières.
27 mars 2018 : La Cour Suprême de Prague confirme l’acquittement de toutes et tous les accusé-es. Le plus probable, c’est que c’est la fin de la première partie de l’opération Fenix, mais pas de la répression en tant que telle. On reste attentif-ve-s..

FENIX EST-ELLE TERMINÉE ? QUE VA-T-IL ARRIVER ENSUITE ?
Igor est totalement innocenté, les anarchistes accusés par Fenix 1 ont totalement gagné le premier cas, vont-illes donc arrêter de nous appeler terroristes ? Eh bien, l’un de nos efforts est de faire une compréhension commune, que la manière dont nous labelle les institutions répressives ne pose pas vraiment de problème. Ce n’est pas vraiment notre tâche de nous battre contre les grands médias et de prouver que nous ne sommes pas des terroristes ou des extrémistes. On peut plutôt penser à comment se connecter avec des personnes autour de nous et continuer d’expliquer pourquoi un objectif de créer de vraies communautés basées sur l’entraide et la solidarité a toujours été et sera toujours en conflit avec l’État et ses institutions répressives.
Pour beaucoup d’entre nous, le verdict de la Cour est un soulagement. On peut respirer pour un moment, se voir pour dîner et voir nos ami-es dans un état d’esprit plus relaxé, hors des murs de la prison. Ces moments sont importants dans la vie et c’est chouette que l’on puisse en profiter. La Prison est une institution inutile, elle divise les relations, isole les gens et détruit des vies. C’est pourquoi le verdict, peut importe à quel point il soit plus plaisant que « coupable », n’est pas une victoire totale pour nous. Nous n’oublions pas ce que trois années d’investigations ont signifié. Aleš, Martin et Petr ont été emprisonnés pour 27 mois au total et Lukaš a passé un an en clandestinité et après ça 7 mois en prison. N’oublions pas Igor, aujourd’hui innocenté, qui fut cependant dans la plus dure des détentions provisoires pendant trois mois. Il doit toujours faire face à de difficiles restrictions et a du se signaler aux services de liberté surveillé pendant un an et demi. Par dessus le marché, il risque toujours une expulsion de République Tchèque à cause de son séjour en détention provisoire. Les familles, les ami-es et les personnes les plus proches des accusé-es et des emprisonnés tout autant que toutes celles et ceux directement affecté-e-s par l’affaire « Fenix » font face à un gros deal de pression émotionnelle et de séparation. Les perquisitions, les comportements menaçants, la surveillance, les expulsions. Pour résumer, il n’y a rien à fêter. Dans des affaires comme Fenix, il est nécessaire de comprendre ce dont il s’agit réellement. La police ne cherche pas essentiellement de longues peines de prison pour quelques anarchistes. Les unités de répression n’ont pas peur de nous tous-tes seuls-es. Ce qui les effraie c’est que de plus en plus de personnes peuvent en venir à s’identifier à nos idées, plus spécifiquement s’ils utilisent une plus large variété de tactiques. Les défenseurs du statu quo investissent beaucoup d’énergie et de ressources pour garder les gens dans la croyance que c’est la liberté dont ils et elles rêvent.
Nous avons appris une chose. Si nous voulons que nos actions et que notre façon de s’organiser soient vraiment efficaces et dangereuses pour les structures d’oppression qui nous gardent sous contrôle, cela doit venir de discussions collectives et de négociations (sic?) qui vont au delà des contours dans lesquels l’État s’assoit pour nous. Nous avons appris qu’il n’y a pas d’intérêt à se cacher face à la répression, il vaut mieux être prêt-e à lui faire face et créer les conditions qui rendront de telles opérations inefficaces.
Fenix n’est pas une opération visant quelques anarchistes naïf-ves, mais une attaque contre la subversion future dans sa totalité. Prenons soin des un-es les autres, pour être dangereux-euses ensemble.

LA SOLIDARITÉ EST NOTRE ARME
Dans cette chronologie nous nous sommes concentré-es sur des événements menés par l’État et ses institutions pour éclairer ce qu’on a traversé. Ça ne veut pas dire que nous devrions nous concentrer et agir en fonction de l’oppresseur. Une des plus grande tâches pour nous en tant qu’abolitionnistes est d’analyser les motifs de la répression partout dans le monde et de transformer notre organisation en une qui soit proactive plutôt que coincée dans la réaction constante. Nous n’avons pas mis les différentes événements et actions solidaires dans cette chronologie parce que les informations sur la répression se seraient presque dissoutes dans toutes les petites actions locales qui ont lieu partout dans le monde. Cependant, nous voulons toujours rester critiques. Au début, quand les choses ont mal tourné, il y eut une grande confusion, un manque de solidarité et une assez grande division au sein de la scène anti-autoritaire. Ce que nous avons trouvé de plus important, c’était d’assurer la solidarité avec les accusé-es et celles et ceux qui les entourent, et principalement de briser la peur et la paranoïa qui s’est rapidement diffusée au sein de la scène de gauche. Nous sentons surtout la nécessité de nous étendre comme un pont au dessus des espaces entre les différents groupes et les différentes approches, pour en venir à une compréhension qu’il nous faut rester uni-es au delà de nos différences quand il s’agit de répression. Nous pensons que créer une défense forte contre la répression ainsi qu’une base solide de solidarité passe par la compréhension de la répression et de ses objectifs, ainsi qu’en s’éduquant les un-es les autres au niveau local et international avec une attention portée sur l’amélioration de la culture de la sécurité.
En tant qu’Anarchist Black Cross/AntiFenix nous avons tenu plusieurs présentations et discussions sur différents sujets, publié plusieurs affiches, brochures et autocollants. Nous maintenons un contact avec les compagnon-nes persécuté-es et leur familles et les soutenons émotionnellement et matériellement par les collectes, des nuits d’écritures de lettre, du bruit ou d’autres manifestations etc…
Dès le début de Fenix, nous avons pu voir de nombreuses actions se tenir partot dans le monde. Des banderoles, des tags, des manifs, des actions aux ambassades tchèques jusqu’aux incendies de voitures de flics, aux banques enflammées ou la libération de visons et d’autres sabotages de fermes à fourrure. Les tactiques sont autant diverses que nous le sommes, et de nombreuses différentes actions et activités peuvent être connectées avec la solidarité et il est important d’agir en solidarité avec différentes luttes et parmi les un-es les autres.
[Traduit d’une affiche publiée en plusieurs langues, avril 2018.]